‹ De Temiskaming a la baie d'HudsonChapitre 12 sur 18 · III · texte numérisé non relu

III

La Mission d' Albani.

Pas plus que nos ' ' lumbermen ' ' les traiteurs de la Baie d'Hudson ne sont des colonisateurs. Comme les premiers veulent pour eux seuls le bois, ceux-ci se feront hacher plutôt que de ne laisser aucun rival poursuivre en paix la moindre concurrence dans la traite sacrée des pelleteries.

Aussi leur devise " Pro pelle cutem " est-elle chez eux un véritable cri de guerre, elle est le mot d'ordre et de ralliement de tout une légion de pionniers actifs, infatigables, rapaces et rusés qui sont passés maîtres dans leur métier. Ces agents de la Compagnie sont les seuls blancs qui fréquentent ces immenses régions. Ils forment une hiérarchie admirablement disposée, où de bas en haut règne la discipline la plus sévère,

dont le Code peut se réduire à trois points principaux, savoir : lo Ne laisser entrer aucun blanc dans le territoire ; 2o N'en laisser sortir aucun indigène ; 3o Mettre la main sur toutes les pelleteries.

Les missionnaires seuls sont admis mais à la condition ' ' si?te qua non ' ' de respecter inviolablement la loi.

Voilà ce qui nous a permis de fonder à Fort Albani une mission relativement assez florissante. Nous y avons bâti une jolie église de 100 pieds sur 40, fréquentée par une population de quatre à cinq cents âmes.

Ce nombre n'est que la moitié de la population totale dont l'autre partie appartient au ministre protestant qui a là sa résidence et une église assez considérable. Les deux camps vivent en assez bonne harmonie ; c'est-à-dire que nos voisins ne réussissent guère à faire de propagande que dans les temps de disette.

Les sauvages d' Albani et ceux de tout ce territoire de la Baie James en général sont de mœijrs douces, très intelligents, et susceptibles de beaucoup d'éducation. Au physique, ce sont de beaux hommes, robustes, bien proportionnés ; leurs traits n'ont rien de difforme ni de repoussant, leur teint est clair, l'œil vif. Ils sont bons chasseurs mais très pauvres. Ce n'est pas à dire que la somme de pelleteries qu'ils apportent chaque année au bourgeois de la Compagnie ne

serait pas plus que suffisante pour tenir une famille canadienne dans le luxe pendant douze mois, mais au Fort, on ne leur donne en retour de ces immenses richesses, qu'à peu près le strict nécessaire pour retourner au bois et ne pas mourir de faim.

Que de fois j'ai vu ces pauvres affamés errer en haillons autour des palissades d'où on les repousse avec à peu près autant d'humanité que l'on en aurait pour des chiens galeux. Voilà le côté agréable de tous les monopoles. Et c'est un de ces messieurs qui me disait un jour, dans les transes où il était de voir ce pays s'ouvrira la colonisation : " Father Paradis you should write against that confounded railroad ! Dont you see that they will destroy your mission /"

Il faisait allusion au chemin de fer de Callen- - dar à la Baie James dont on parlait beaucoup en

C'est toujours la belle histoire de nos lumbermen. Et dire que c'est entre de telles mains qu'on a laissé jusqu'ici les grands intérêts de la colonisation ! . . . .

§ iv

Les Prahies.

Entre Moose Factory et la rivière Albani, et des centaines de lieues encore au nord de ce fleuve, il existe sur tout le littoral de la Baie James et de la Baie d'Hudson des prairies sem-

blables à celles du Nord-Ouest auxquelles du reste elles se rattachent. Quand je dis que ces prairies sont en tout point semblables à celle du Manitoba, je puis me dispenser d'en donner une description car tout le monde sait ce que sont les terres en question. Quant au climat, il suffira de remarquer qu'Albani se trouve à peu près sous la même latitude que Prince Albert.

J'ai démontré de plus que le voisinage de la Baie James loin d'être une cause de gelées les prévient au contraire.

Il resterait donc acquis que les prairies dont je m'occupe seraient très avantageuses à la colonisation. L'élevage du bétail pourrait s'y pratiquer en grand et donner lieu à toutes les industries qui en découlent.

L'herbe de ces prairies a un suc et une saveur particulière qui communique au lait et au beurre des animaux qui s'en nourrissent des qualités exquises que l'on chercherait en vain dans nos climats.

Il y a aussi des millions d'acres de terre inoccupée qui pourrait recevoir des milliers de familles si une fois pouvait se construire ce " confotcnded railroad" delà Baie James. Quel beau champ pour notre industrie fromagère sans parler du commerce des animaux qui pourraient se faire directement par mer avec l'Europe. En effet si de gros navires peuvent chaque année partir de Londres pour venir se charger de nos précieuses

fourrures, je ne vois pas pourquoi d'autres vaisseaux ne pourraient également suivre la même route pour d'autres fins de commerce. Poser la question c'est la résoudre.

Je ne puis quitter les bords de la Baie James sans dire un mot d'une richesse toute particulière à ce pays. Ce sont les myriades d'oiseaux de toute espèce qui fréquentent ces parages, qui y font leurs nids, et qui s'y multiplient sans contrôle depuis le quatrième jour de la création. On sera peut-être curieux de savoir qu'est-ce qui peut attirer tant d'oiseaux dans ces parages.

Une bonne raison est peut-être parce que on les y laisse tranquilles; mais il en existe une autre qui, à mon avis doit être la véritable. C'est que l'animal de même que l'homme, se plaît à habiter là ou il trouve sa nourriture et ses plaisirs. En effet ces vastes prairies ne sont autres que des tables disposées par la Providence et somptueusement garnies de toutes les friandises qui peuvent rendre un oiseau heureux. Si vous voyiez les champs immenses de folle-avoine que vous diriez avoir été semés par la main de l'homme tant ils semblent soignés et bien entretenus ; ailleurs, c'est le pois sauvage non moins abondant et mille autres graines et herbages que se disputent l'outarde, le canard, la sarcelle, etc.

Ces heureux habitants sont à peine troublés quelques jours chaque automne, par les chasseurs

de la Baie d'Hudson, qui viennent faire leur provision d'outardes. On en tue pour chaque fort une moyenne de 36,000 par année. Ce qui n'y paraît pas plus que de puiser une goutte d'eau dans la mer.

N'y aurait-il pas là une branche de commerce à développer ?

Je sais que la Compagnie de la Baie d'Hudson exporte annuellement des quantités considérables de plume et de duvet, sans compter le luxe qu'elle se donne des viandes les plus délicates pendant toutes les saisons.

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