‹ De Tocqueville's voyage en Amérique. Edited with introduction, notes, and vocabulary by R. Clyde FordChapitre 13 sur 47 · An Outpost of Civilization · texte numérisé non relu

An Outpost of Civilization

Nous avons remonté rapidement le lac Saint-Clair et 25 la rivière du même nom, et après avoir été arrêtés un jour à l'entrée du lac Huron par les vents contraires et le manque de bois, nous sommes entrés enfin dans cet immense lac, qui ressemble en tout à la mer, sinon que ses eaux sont d'une limpidité merveilleuse et laissent voir

les objets à trente pieds de leur surface. Nous marchâmes deux jours et une nuit sur le lac Huron, faisant nos trois lieues à l'heure et ne pouvant en trouver la lin. Le matin du troisième jour nous découvrîmes pour la première fois un lieu habite' par les blancs. C'est le Saut-Sainte- 5 Marie, ^ situé sur la rivière du môme nom, qui joint le lac Supérieur au lac Huron. Là nous jetâmes l'ancre et descendîmes à terre. L'immense étendue de côtes que nous venions de parcourir ne présente pas de points de vue remarquables. Ce sont des plaines couvertes de 10 forêts. L'ensemble, cependant, produit une impression profonde et durable. Ce lac sans voiles, cette côte qui ne porte encore aucun vestige du passage de l'homme, cette éternelle forêt qui la borde: tout cela, je vous assure, n'est pas seulement grand en poésie. C'est le plus 15 extraordinaire spectacle que j'aie vu dans ma vie. Ces lieux, qui ne forment encore qu'un immense désert, deviendront un des pays les plus riches et les plus puissants du monde. On peut l'afïirmer sans être prophète. La nature a tout fait ici; une terre fertile, des débouchés^ 20 comme il n'y en a pas d'autres dans le monde. Rien ne manque que l'homme civilisé: et il est à la porte.

Je reviens au Saut-Sainte-Marie. En cet endroit, la rivière n'est plus navigable. Notre vaisseau s'arrêta: mais non pas nous. Les Indiens ont appris aux Euro- 25 péens à faire des canots d'écorce, que deux hommes portent sur leurs épaules. Je rapporte un peu de l'écorce avec laquelle ces embarcations sont faites. Vous penserez comme moi que celui qui le premier s'est embarqué là-dedans était un hardi compère. Les sauvages font un 30 canot de cette espèce en cinq jours de temps. C'est une chose effrayante à voir qu'une pareille coquille de

noix lancée au milieu des récifs de la rivière Sainte-Marie et descendant les Rapides'^ avec la vitesse d'une flèche. Le fait est cependant qu'il n'y a aucun danger, et je m'y suis trouvé plus d'une fois déjà avec des dames, sans que 5 personne témoignât la moindre crainte. Dans la circonstance actuelle on mit les canots sur le dos des bateliers, et ayant gagné le dessus des Rapides, nous lançâmes nos embarcations et nous nous couchâmes au fond. Toute la population de Sainte-Marie est française. Ce sont de

10 vieux Français gais et en train comme leurs pères et comme nous- ne le sommes plus. Tout en conduisant nos canots, ils nous chantaient de vieux airs qui sont presque oubliés maintenant chez nous. Xous avons retrouvé ici le Français d'il y a un siècle, conservé comme

15 une momie pour l'instruction de la génération actuelle.^

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