LA THÉORIE DE MARX
Entre la conception que nous venons d'exposer, et celle des théoriciens du Marxisme, il n’y a pas de différence essentielle quant au but final.
Les Marxistes, en effet, sont partisans de l’entrée à la propriété collective des moyens de production,: y comptis la terre. Les adeptes de Colins, d'autre part, ne se bornent pas à réclamer la socialisation du sol ; ils demandent, en outre, « que tous les capitaux acquis par les générations passées, moins la partie restée aux mains des familles pour que la production soit toujours portée au maximum possible, appartiennent à la propriété collective. »
Entre ces deux formules, on le voit, la différence n'est pas considérable et la conciliation ne serait pas bien difficile. Mais où les deux conceptions s’opposent nettement, c'est dans les méthodes à employer, dans les moyens à mettre en œuvre.
Pour les Marxistes, la substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste n’est possible que
<— 123 par l'effort du prolétariat, prenant conscience de l'exploitation dont il est victime et luttant contre ses exploiteurs. Or, cet effort porte, naturellement, avant tout, sur les branches de la production et de l'échange où la concentration capitaliste est la plus avancée. |
Pour les partisans de Colins, la transformation sociale, dans le sens de collectivisme, devantanéantir les injustices qui. existent dans la société actuelle, sans faire tort à qui que ce soit, sera la conséquence nécessaire de l'anarchie en résultant.
Les Marxistes conçoivent la révolution sociale comme faite par le prolétariat lui-même ; les Colinsiens ne la considèrent comme possible qu'avec le concours de ceux qui se trouvent à la tête de la société par l'intelligence ou par la richesse, et qui, pour échapper à l'anarchie font eux-mêmes la révo- Jution.
Or, de cette différence de méthodes découlent nécessairement des conséquences pratiques considérables. ;
Les Colinsiens, persuadés que l'entrée du sol à la propriété collective constitue l’unique solution libératrice, la poursuivent inflexiblement dans tous les pays, sous quelque forme de régime quil se trouve. Les Marxistes, au contraire, partisans en principe de la socialisation du sol, considérent la socialisation . intégrale comme impossible aussi longtemps que les pouvoirs publics restent aux mains de la classe capitaliste et que le sol se trouve partagé entre des
milliers de propriétaires. D’après eux, pour que la socialisation du domaine foncier, dans son ensemble, ne se heurte pas à d’insurmontables difficultés, il faut, d’une part, que la terre n'appartienne plus à ceux qui la cultivent, et, d'autre part, que le prolétariat, maître des pouvoirs publics, soit en mesure d'effectuer lui-même une socialisation que les classes maîtresses se refuseront toujours à réaliser.
En effet, les classes propriétaires des grands domaines russes, nous l'avons vu, n'avaient jamais voulu cette socialisation, que ne cessaient de réclamer les partis extrémistes des socialistes. Et cest justement par la méthode que Lénine a employée qu'il se rattache au Marxisme.
Ainsi donc, à l’exposé de ces deux principales conceptions collectivistes, on peut facilement se rendre compte que le dictateur, encore actuel, de la Russie n'a rien innové, quand il a rédigé et signé son fameux décret sur la socialisation des terres russes. Mais 1l faut reconnaître que c'était la première fois que les théories collectivistes étaient mises en pratique.
Nous nous proposons dans la conclusion de cette thèse de voir si cette pratique, dans un pays aussi vaste que la Russie, à été suivie d'effets aussi heureux que ceux qu'on en attendait, et s'il n'aurait pas été préférable d'adopter un nouveau mode d’exploitation du sol moins radical, mais aussi plus utile à la nation.