‹ De Tolstoi à Lénine: Contribution à l'étude historique de l'évolution agraire en RussieChapitre 4 sur 41 · LAON · texte numérisé non relu

LAON

Nice ou Deauville que Pétrograd ou Moscou ? Certes ceux-là, habitucs depuistoujours aux frottements des relations mondaines, ont des manières élégantes et un esprit charmant, à tel point que nous les croyons de mœurs et d'idées identiques aux nôtres... Quelle erreur ! !! Ils sont une infime minorité. Le Russe, le paysan russe surtout, est tout à l'opposé de nous. Profondément mystique, sans scrupule, sans aucun amour-propre, vaniteux, cruel et doux à la fois, lâche et paresseux, mais aussi merveilleusement doué, s’assimilant toutes choses avec une extrême facilité, le’ Russe devient un instrument supérieur entre les mains de qui sait le prendre et le mâter.

C’est un poète de chez eux, Merykowsky, qui nous: le dit, dans la préface deson livre Le Psaretla Révolution », dans lequel il a prévu onze ans à l'avance les événements actuels :

« L'âme du peuple russe est devenue une éternelle émigme pour l’Europe. Ge qui est chez wousest chez nous, mais dans l’autre sens. La Russie est à l'envers de l’Europe.

« Votre génie, c'est la mesure; le nôtre l'excès. Vous savez vous arrêter à temps. Arrivés au mur, vous: en faites le tour ou vous revenez. Nous, nous nous brisons la tête contre le mur !

QI} nous est difficile de nous remuer, une fois partis, nous ne nous arrêtons plus ; nous ne marchons pas, nous courrons ; nous ne courrons pas, nous volons. « Nous tombons les talons en l'air, selon l'expression de Dostoïewsky ».

« Vous possédez la cité du présent, nous sommes les chercheurs de l'avenir. Enfin, au-dessus de la plus grande liberté que vous puissiez avoir, vous reconnaissez la puissance de l'État. Nous, au fond de notre esclavage, nous n'avons jamais cessé d’être en secret des rebelles, des anarchistes. »

L'âme du peuple russe est ainsi composée d’un mélange de bonnes et mauvaises impulsions. Estelle bien impressionnée ? Elle sera linspiratrice des actions les plus nobles et les plus glorieuses ; les beaux soldats du début de la guerre, ont su en donner la preuve. A-t-elle une mauvaise impulsion ? Elle se rend capable d'organiser les terribles journées des deux révolutions et les massacres en. masse des propriétaires agraires. | Le peuple russe, représente donc bien le type habituellement inconscient de la foule. Mais dans ce grand troupeau humain russe, à côté des bonnes « brebis », on trouve toujours de méchantes « bêtes envieuses », avides de pouvoir, et l'âme remplie de mauvaises passions; ces hommes-là, parce qu'ils s'imposent, ont toujours une influence singulière et néfaste. Mais ils réussissent, parce qu'ils savent que le russe se sent un besoin inné d’avoir une idole ; le paysan surtout a besoin de plier, d’être guidé, d'obéir à quelque chose qu'il ne veut même pas approfondir. La preuve en est dans les événements de ces dernières années: la révolution de mars 1917 a libéré le paysan d'un pouvoir qu'il subissait, somme toute volontiers; il s'incline actuellement

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