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LE Q.UENTIN METSYS D ANVERS

En résumé, ce tableau est ordonné de îa sorte ; d'abord, le cadavre couché du Sauveur, puis, à gauche trois hommes Nicodème, Joseph d'Arimathie et un inconnu ; — au centre, la sainte Vierge, saint Jean, une femme dont on ignore le nom ; — à droite, Marie Salomé, Marie Cléophas et Marie Mngdeleine. On peut donc ranger les personnages par série de trois.

Si nous les prenons à part maintenant, nous lisons sur la physionomie et dans l'attitude de chacun deux le caractère spécial de la peine qu'il éprouve. Nicodème réfléchit, regarde accablé devant lui, sans voir. Il s'éplore, replié sur lui-même, se demandant s'il ne rêve pas, si cette scène à laquelle il assiste est bien réelle ; Joseph d'Arimathie fronce les sourcils et sa bouche se contracte dans l'effort qu'il fait pour ne pas pleurer, car lui, ne s'absorbe point, mais entretient, cultive, pour ainsi dire, son angoisse, en examinant et en palpant cette joaillerie du martyre, cette couronne de perles de sang qui ceignit le crâne de Jésus déjà meurtri par les soufflets et souillé par les crachats des Juifs ; quant au soldat enturbanné, il a l'œil d'un chat en embuscade; il scrute l'horizon, protège les autres, monte la garde auprès du petit camp.

Mais l'image sublimée de la douleur, c'est en

la Vierge qu'elle apparaît, une Vierge livide, dont les traits délicats et cliarmants sont, à force d'avoir pleuré, bouffis. Elle considère avec des yeux qui ne sont plus, avec des yeux qui, après avoir brûlé, se sont éteints dans l'eau de ses larmes, car l'on n'aperçoit plus, sous la paupière mi-close, qu'un point de charbon mort, le cadavre effrayant du Fils ; muette, presque aveugle. Elle jaillit en un élan désespéré, retombe sur des genoux qui tremblent, tend des mains suppliantes et ses sanglots l'étoutFent. Sa douleur fait mal, car dans ce tableau Elle n'a pas l'allure compassée, roide, de ces grandes Madones qui s'évanouissent, s' affaissent, tout d'une pièce, à la renverse, dans les toiles flamandes des Primitifs ; celles-là perdent au moins le sentiment de leurs maux, mais la Vierge de Metsys, plus vaillante et plus forte, conserve toute s-i raison, se meurt, en gardant connaissance, pour mieux souffrir.

Je ne crois pas que jamais la Mater dolorosa ait été plus humainement et, sans ruse dramatique, plus tragiquement peinte. Elle et ce saint Jean qui s'empresse auprès d'EUe sont d'une beauté dont rien n'approche ; saint Jean si déférent, si affectueux pour Celle dont il est devenu, dans la Nativité du Calvaire, l'enfant, et qui, seul, dans ce taieau, Lout en ne pouvant détacher ses regards du

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