LA VIERGE NOIRE DE PARIS
neuve contribue également, avec le désordre de ses bâtisses, les barreaux de prison de ses fenêtres et les cahots de ses toits, à assurer à ce bout de la rue de Sèvres une physionomie, très à part, d« province pieuse.
Et cependant ce quartier, jadis si placide et quasi-désert, est devenu une bruyante halle ! a mesure qu'il s'est étendu, le Bon-Marché, que je connus minuscule, a attiré tout autour de lui les foules ; et c'est maintenant un tohu-bohu de voi tures et de tramways, un va-et-vient affairé de paquets et de femmes; mais, si vous franchissez la porte de l'un de ces deux monastères, c'est fini; Paris n'est plus ; vous êtes à la campagne, très loin ; et, à certains moments du jour, cet aspect particulier, cette senteur spéciale de province et de cloître débordent de l'intérieur même de ces maisons dans la rue.
Tel, le matin, vers dix heures, l'établissement des Dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve ; aux œuvres de vanité des puissantes industries qu'il avoisine, il oppose les œuvres de Miséricorde. Une troupe d'infirmes et de loqueteux s'engouffre sous ses portes ; et des sœurs pansent les blessures, guérissent sans opération les panaris et rafraî" chissent avec du linge blanc les plaies ; puis tous ces malheureux passent devant un guichet dont le
caissier est une religieuse, plus pâle que les hosties qu'elle découpe et que les cierges qui l'environnent, et celle-là, au lieu de recevoir de l'argent, en donne et distribue à chacun du pain.
Ces sœurs ont, en effet, pour patron un archevêque de Valence, un moine augustin du xv* siècle qui fut surnommé l'Aumônier, à cause de l'affection qu'il témoignait aux malades et aux gueux ; elles suivent donc, en s'occupant des va-nu-pieds et des infirmes, son exemple. Leur congrégation fut fondée, en ié6o, à Lamballe, en Bretagne, pai le P. Chaboiseau et le P. Ange Leproust, prieui d'un couvent d'Augustines, qui la soumit à la règle mitigée de son ordre. De Lamballe, ces nonnes se sont répandues par toute la France où elles desservent des hôpitaux, des dispensaires, des orphelinats et dirigent des écoles ; elles sont les domestiques des miséreux. La règle qui les régit est, en effet, formelle. On y lit, au chapitre ii, articles 6 et 7 : « La charité pour les pauvres est le but
et comme l'âme de notre institution notre
grande étude doit être de vaincre nos répugnances et notre délicatesse ; ne marquons jamais, s'il est possible, aucune horreur des plaies les plus dégoûtantes Il faut qu'il y ait parmi nous une
douce et sainte émulation à qui servira les malades auprès desquels il y a davantage à souffrir, soit à