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LA VIERGE NOIRE DE PARIS II

cause de l'humeur, soit à cause de la nature du mal...»

Et ces injonctions se résument en ce symbole : pour bien spécifier leur mission, quand les novices sont admises à la profession, une femme indigente les embrasse et leur ceint le doigt d'un anneau, en leur disant : « Rappelle-toi, ma chère sœur, que tu es maintenant une servante des pauvres. »

Le couvent de la rue de Sèvres est la maisonmère de cette communauté. Si l'on pousse la porte dont un vantail est toujours laissé contre, l'on entre dans une cour pavée et couverte et, à droite de la loge vitrée des tourières, l'on enfile un corridor qui longe la rue et s'achève dans le vestibule d'une chapelle, orné des statues de saint Michel, de sainte Geneviève et de saint Expedit ; des haies de cierges brûlent devant ces statues et les murs sont tapissés d'ex-voto, dédiés au grand Archange, ce qui est naturel, et à saint Expedit, ce qui l'est moins. Quant à la patronne de Paris, son apport d'inscriptions dans ce local est nul.

Cette nouvelle dévotion de saint Expedit qui repose sur un calembour, car on l'invoque à cause de son nom pour obtenir qu'il expédie les affaires pressées, semble avoir son centre, à Paris, dans ce corridor et dans cette pièce ; saint Michel ne compte même plus, car ses quelques ex-voto

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disparaissent sous l'amas des plaques qui célèbrent les mérites récents de ce saint : et ces plaques commencent à franchir l'antichambre et pénètrent déjà dans la chapelle où elles auront bientôt fait de refouler la Vierge !

Edifiée, en 1829, par un architecte qui s'appelait Huvé, cette maigre église s'étend en ligne droite et se termine en rond ; elle est soutenue par une double rangée d'arcades qui rappellent en plus petit celles de la rue de Rivoli ; elle est couverte d'un plafond plat, divisé en des caissons munis d'une rosace et le jour vient par des croisées, rondes du haut et carrées du bas, dont les vitres blanches sont liserées d'une raie de lie de vin et de bleu e traversées, à leur mitan, d'une croix jaune.

Cette chapelle exiguë est partagée par ces colonnades en trois allées : une large, celle du miheu, menant au maître-autel, et deux étroites : une, à gauche, parée sur son parcours d'un saint Augustin peint en gris et tenant à la main un cœur d'or et d'un saint Joseph polychrome ; celle-ci conduit à un autel voué à saint Thomas de Villeneuve ; une autre, à droite, agrémentée d'un saint François de Sales également badigeonné de gris et d'un ange gardien, en niche au-dessus d'une porte; et cellelà aboutit à un autel placé sous le vocable du Sacré-Cœur

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Ce sanctuaire dont l'incroyable laideur s'accroît encore de lustres à girandoles de cristal, tels que l'on n'en rencontre plus que dans les salles de concert de province, et d'un ignoble pot à gaz moderne qui se balance au bout d'une tige, ne mériterait même point qu'on le citât, s'il ne possédait, au-dessus du maître-autel, dans un baldaquin en demi-lune, l'une des Mères les plus vénérées de Paris, Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance, la Vierge noire.

L'histoire de cette statue de pierre coloriée, dont on ne sait ni l'origine, ni la date de naissance, est curieuse. On la cite, fameuse déjà au XVI' siècle, dans l'église de Saint-Étienne-des- Grès ou des Grecs, située alors dans la banlieue, et le peuple de Paris s'y rendait en pèlerinage et invoquait cette Madone pour les iemmes enceintes et les prisonniers. En 1578, saint François de Sales obtint d'Elle d'être délivré d'une tentation de désespoir et saint Vincent de Paul et Claude Bernard, le pauvre prêtre, passèrent de longues heures à ses pieds. Le premier jour de mai et le 24 août, une procession solennelle partait de l'église de Saint-Etienne et se rendait dans une paroisse désignée de la ville.

Dans cette procession où foisonnaient les bannières et les torches allumées, l'on promenait

« une belle image de Nostre-Dame, environnée de rayons de soleil et d'anges », une grande croix « au soubassement d'argent bien efflabouré », les images « de Monsieur sainct Pierre tenant une clef d'argent, de sainct Jehan Baptiste, de Monsieur sainct Roch, de sainct Sébastien, attaché à un arbre, ayant au-dessus de la teste un ange qui le couronne » et ces saintes reliques « étaient portées chacune sur un brancard orné de parements de damas blanc, rouge, verd et jaune, sur les épaules de deux jeunes hommes habillés d'aubes de fine toile, bien plissées et nuds pieds ».

« Et devant icelles allaient des bedeaux revestus, l'un d'une belle grande robe violette, l'autre d'une robe mi-partie de blanc et de bleu et le troisième d'une robe mi-partie de bleu et de tanné, ayant des chapeaux de fleurs sur leurs testes... »

Le tout, précédant un nombreux clergé qui arborait des chapes de velours et d'or et était également coiffé de chapeaux de fleurs et tenait à la main un bouquet.

Ce furent là les beaux temps de la Vierge noire; au moment de la Révolution, alors que l'égUse Saint-Étienne fut saccagée, la comtesse de Carignan Saint-Maurice acheta secrètement des oÉEciers municipaux la statue delà Vierge et la cacha. Arrêtée quelques jours après comme suspecte,

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