LA VIERGE NOIRE DE PARIS I
M°" de Carignan fut internée dans le couvent des Oiseaux de la rue de Sèvres, converti en une maison de force, et là elle se lia avec des religieuses de Saint-Thomas-de-Villeneuve et avec leur supérieure générale, la MèreWalsh de Valois, qui y étaient détenues ; elles firent ensemble des neuvaines à Notre-Dame de Bonne Délivrance et le Comité de Salut public les oublia. Elles furent libérées le 4 octobre 1794, et M™° de Carignan fit don de la statue à ses amies de prison. Désarmées s'écoulèrent, la Mère de Valois mourut et ce fut une autre supérieure, la Mère Sébire, qui eut la malencontreuse idée de démolir l'ancienne chapelle pour y substituer celle que nous voyons encore debout aujourd'hui.
Seulement, afin d'être juste, il convient aussitôt d'ajouter que, pour quelques-uns de ses fidèles, Notre-Dame consent à faire disparaître la basse pieusarderie de ses murs ; le côté de bazar religieux et de caque sentant l'âme et le linge aigrelets des bigotes finit par se dissiper; et il ne reste plus, en cet humble lieu, qu'une chapelle de village charmante. Ceux qui sont là y prient de si bon cœur ! Et il n'est pas jusqu'au costume des nonnes^ rappelant le pays de Bretagne où leur congrégation est née, 'qui n'ajoute à l'illusion qu'on est loin de Paris, dans un sanctuaire bien in-
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time, peuplé de paysannes et de braves gens.
Notre-Dame s'y révèle, telle qu'une Vierge familière, douce à tous venants. Elle n'a point la moue un peu dédaigneuse de Notre-Dame-des- Victoires qui est une reine et, dans son églisette de la rue de Sèvres, l'habituelle valetaille de ses temples, les sous-ofFs déguisés en suisses et les larbins à chaîne manquent. Elle est une sœur dej: Vierges noires de Moulins, de Dijon, de Bourg, de Liesse, de Rocamadour, de Chartres, et il semble que les Vierges de cette couleur qui sont les aïeules de nos Madones blanches, sont pour nous plus des grand'mères que des mères ; on compte plus sur leurs gâteries et leur faiblesse ; on les sent plus indulgentes, plus prêtes à pardonner et l'on aime mieux leur raconter ses trasques qu'à la Mère qui gronderait un peu et au Père qui pourrait se fâcher.
Puis, devant Notre-Dame de Bonne-Délivrance, l'on éprouve aussi cette impression qu'il faut tâcher de redevenir enfant et de la prier plus avec le chapelet qu'avec des livres. Elle est si rustique et tant implorée par de candides femmes, qu'Elle est habituée aux oraisons naïves et aux suppliques simples !
Elles font, en tout cas, autour d'EUe, une atmosphère lénitive et douillette qui rend, à toutes les