‹ De tout un peu (volume 2)Chapitre 48 sur 50 · SAISON MUSICALE · texte numérisé non relu

SAISON MUSICALE

Paris, 2b avril \m.

A tout seigneur tout honneur. Nous commencerons aujourd’hui par Berlioz, dont le premier concert a été le début de la saison musicale, et lui a pour ainsi dire servi d’ouverture. Les productions plus ou moins nouvelles qu’on y a exécutées, ont trouvé un juste tribut d’applaudissements, et même les âmes les plus indolentes furent entraînées par la puissance du génie qui se révèle dans toutes les créations du grand maestro. Il y a là un battement d’ailes qui ne montre pas un ordinaire oiseau chanteur, c’est un rossignol colossal, une alouette de grandeur d’aigle, comme il en a existé, dit-on, dans le monde primitif. Oui, la musique de Berlioz en général a pour moi quelque chose de primitif, sinon d’antédiluvien, et elle me fait songer à de gigantesques espèces de betes etemtes, à des mammouths, à de fabuleux empires aux péchés fabuleux , à bien des impossibilités

entassées; ces accents magiques nous rappellent Babylone, les jardins suspendus de Sémiramis, les merveilles de Ninive, les audacieux édifices de Mizraïm, tels que nous en voyons sur les tableaux de 1 anglais Martin. En effet, si nous recherchons des productions analogues dans l’art de la peinture, nous trouvons une parfaite ressemblance ou affinité élective entre Berlioz et l’excentrique Anglais : le même sentiment téméraire du prodigieux, de l’excessif, de l’immensité matérielle. Chez l’un les effets éclatants d’ombre et de lumière, chez l’autre {'instrumentation fougueuse; chez l’un peu de mélodie, chez l’autre peu de couleur, chez tous les deux parfois l’absence de la beauté et point de naïveté du tout. Leurs œuvres ne sont ni antiques ni romantiques, elles ne rappellent ni la Grèce païenne, ni le catholique moyen âge, mais elles nous reportent plus haut dans la période de l’architecture assyrico-babylonio-égyptienne, de ces poèmes de pierre qui nous retracent le drame pyramidal de la passion de l’humanité , le mystère éternel du

monde.

Quel homme réglé et sensé est, à côté de ces deux fous de génie, notre compatriote vénéré, Félix Mendelsohn-Bartholdy, que nous mentionnons aujourd’hui surtout à cause de la symphonie de sa composition, qui a été exécutée cet hiver dans la salle de concert du Conservatoire! Quoique cette symphonie de Mendelsohn y ait été très-froidement accueillie, elle mérite cependant l’approbation de tous les vrais connaisseurs. Elle est

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