ALICE WRIGHT
September 22 years: 1865.
Rien de triste comme cette jeune mère abandonnée avec ses enfants, dans cette solitude, et n’ayant pour
tout regret que les gémissements du flot qui déferlait à quelques pas.
Deux années plus tard, lors de ma troisième croisière dans le golfe Saint-Laurent, en faisant une nouvelle visite à cette tombe, en compagnie de
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avait, sa Cette gais com à ces ch nous acce docteur € en missio avec ordr et comme d’un long pousser u la pointe cipal de déià ente de la fina baie d’EI damisée 1 de chemi:
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MM. Alexandre Brault et Gravel, nous vimes que la mort, cette grande pourvoyeuse, avait envoyé une nouvelle compagne à la pauvre Alice Wright. C'était une petite fille de dix ans, du nom de Béliveau qui, un matin de juin, s’en était allée jouer dans les bois d’alentour, pendant que ses parents défrichaient une terre nouvelle. Après les courses sur l’herbe, la cueiiiette des rares fleurs sauvages de l'île et les chasses données aux petits oiseaux, la pauvrette s'était sentie fatiguée. Un nid de verdure s’offrait au milieu d’un taillis, à quelques pas de là ; elle s’y blottit pour ne plus se réveiller que parmi les anges, car son père, étant venu mettre le feu à ces brousailles, avait, sans le savoir, brûlé vive son unique enfant. Cette navrante histoire avait coupé ia verve à mes gais compagnons de route, et maintenant que je songe à ces choses, je me rappelle que pour nous en distraire, nous acceptâmes ia proposition d’un brave garçon, M. le docteur de la Terrière, que nous avions trouvé sur l’île, en mission difficile. Le gouvernement l'y avait envoyé avec ordre de vacciner tous ceux qui se présenteraient, et comme il y avait chômage ce jour-là, armés chacun d’un long bâton ramassé sur la grève, nous étions allés pousser une reconnaissance à deux milles du phare, à la pointe des Anglais. C’est là qu'était le siége principal de la compagnie Forsyth dont nous avions déià entendu dire monts et merveilles. Ces utopistes de la finance voulaier‘ i plus ni moins que relier la baie d’Ellis à celle du Renard, par une route macadamisée longue de 120 milles. Des ensbranchements de chemins de fer devaient sillonner l’île en tous sens.
Bientôt ce remuement de capitaux faisait de la pointe
ouest à la pointe aux Bruyères un vaste champ en cul-
ture, et l’Anticosti réalisait la première ce rêve de l'ami Dupont, qu’Alfred de Musset a rendu avec tant
de verve :
Là, de sa roue en feu le coche humanitaire
Usera jusqu'aux os les muscles de la terre ;
Du haut de ce vaisseau les hommes stupéfaits
Ne verront qu’une mer de choux et de navets.
Le monde sera propre et net comme une écuelle ; L’'humanitairerie en fera sa gamelle,
Et le globe rasé, sans barbe ni cheveux
Comme un grand potiron roulera dans les cieux.
Nous arrivâmes à cet Eldorado par un sentier couvert çaet là de pierre à chaux, une des seules richesses de l’île. De fois à autres, nous étions bien obligés de passer à gué quelques ruisseaux, ou, appuyés sur nos gourdins, de renouveler le sault périlleux du vaillant compagnon de Cortès, de don Pedro de Alvarado qui, serré de près par les Mexicains, le soir de la nuit triste, et se trouvant en face d’un canal qu’il fallait traverser à la nage, ficha le fer de sa lance en terre, s’appuya fermement sur le manche et franchit ainsi une distance qui ne fut égalée que plus tard, dans les contes de Per. rault, par les fabuleuses enjambées du petit Poucet.
En route, la causerie roula sur les extravagances de ‘la compagnie, mais en bon voyageur j'ai contracté l'habitude de prendre un peu et de laisser beaucoup de ce qui se dit autour de moi. J'avoue qu'il me fallut ici abandonner cette habitude. . Nous étions
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arrivés, et dans les vastes hangards qui s’élevaient devant nous, on avait entassé...…... :
—Des pelles, des pioches, des charrues, des vivres, des habillements, enfin tout ce qui convient à de nouveaux colons, dira le lecteur prévoyant.
—Nenni! homme prudent, et à la place de ces premières nécessités de la vie, on voyait pour des milliers de piastres de chevilles en fer pour les bottes, des masses, des enclumes, des perches de ligne superbes, des marche-pieds de carosses, des poignées de cercueils, une imprimerie, bric-à-brac impossible envoyé d'Angleterre par des gens qui avaient trompé la compagnie, et qu’il fallut revendre plus tard à des prix infimes, puisque notre lieutenant Le Blanc nous assura qu’en échange de cinq piastres il avait reçu des effets pour une valeur de quarante-cinq dollars, parmi lesquels se trouvait un magnifique UZs{er coaf, qu’un loustic baptisa du nom de ‘sortie d'hôpital.” Au milieu de cette pacotille impossible, pendant que dans les vitrines s'étalaient des selles anglaises, des livrets d’hameçons et de mouches, des boucles de harnois, on avait oublié le nécessaire, et le lard se vendait une piastre la livre !
Autour de ces magasins, vides aujourd’hui, est venu se grouper un village assez propret, habité par des acadiens et quelques familles irlandaises. Nous trouvâmes tout le monde en liesse; chacun était endimanché, et ce petit Landerneau était en l'air, car ce jour-là un photographe avait fait son apparition dans ces endroits reculés. Ce noble représentant de l’art était une femme de l’Islet qui avait frété un
goëleton et se faisait accompagner par sa fille et par trois hommes d'équipage. Elle courait, pendant la belle saison, x Labrador et les îles du Golfe, prenant le portrait de celui-ci pour trois gallons d'huile de loup marin, échangeant la binette de celui-là contre de l’édredon, des œufs d’oiseaux, confectionnant la caricature d’ n troisième pour la valeur d’une peau de renard, bref, se tirant toujours d’affaire, et réuss'ssant à faire louvoyer tant bien que mal sa goëlette sur les flots du Pactole. L'occasion, l'herbe tendre, et je pense, quelque diable aussi nous poussant, nous fimes comme les autres, et nous eûmeslasatisfaction de voir nos têtes, hâlées par le vent de mer, ressortir à côté du minois frais et éveillé d’une gentilie acadienne, mademoiselle Lelièvre qui, partie il y a quelques mois de la Grande Rivière, accomplissait ici une mission de dévouement et d'utilité publique. Enfermée pendant cinq heures chaque jour dans un cabaron en bois rond, dont la porte était décorée d’une planche noire, d’où ressortait en lettre d’or le nom d’un navire naufragé, le Zanaro, elle faisait avec grand succès l’école à quarante-trois élèves, et rarement nous n’avons rencontré d’enfants plus propres, mieux élevés, répondant plus poliment, et saluant les passants avec plus de courtoisie.
C'est ici, à la pointe des Anglais, c’est-à-dire à une lieue de la pointe ouest, que Mr. Ferland place le principal établissement de Jolliet (1).
Jolliet ! voilà un nom qui, avec celui du P. Marquette, éveille dans tous les cœurs français le souvenir
[x] Notes sur les registres de Notre Dame de Québec.
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Cinq a était créé Lonnée ‘‘
[1] Ces beau de la découver vis aux com
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an ————————————__——————@ ntm termmet
Ê des gloireë du passé, de longues marches data les \- solitudes de l’ouest, de nuits d’insomnie employées it à se défendre contre les embûches de l’indien, les 1, intempéries des saisons, les morsures des moustiques, 1, d'interminables courses en canot d’écorce, entreprises n dans le but de réaliser le grand rêve de la découverte se du Mississipi :
er À e. Le voyez-vous, là-bas, debout comme un prophète, ta Le regard rayonnant d’audace satisfaite, La main tendue au loin vers l'Occident bronzé, et Prendre possession de ce domaine immense, le Au nom du Dieu vivant, au nom du roi de France lé Et du‘monde civilisé ?
4 Jolliet ! Jolliet! « : ‘iècles de conquêtes, ch Deux siècles sans rivaux ont passé sur nos têtes, Ite Depuis l’heure sublime où, de ta propre main, ur Tu jetas, d’un seul trait, sur la carte du monde ait Ces vastes régions, zône immense et féconde, tre Futur grenier du genre humain. | Ile Oui, deux siècles ont fui ! La solitude vierge DIS N'est plus là. Du progrès le flot montant submerge ats Les vestiges derniers d’un passé qui finit. at, Où le désert dormait, grandit la métropole ; | | Et le fleuv asservi courbe sa large épaule (] Sous l’arche aux piliers de granit. (1) | Li [LH ASS le Cinq ans après son voyage au Mississipi, Jolliet | | 40e était créé seigneur de l’île d’Anticosti, qui lui était | Lr- Lounnée ‘‘ en considération de la découverte que le Ro ir | | [r] Ces beaux vert: at partie d’une pièce lue, lors du 200ème anniversaire f
de la découverte du imississipi, par l’auteur M. L. H. Fréchette, député de Lévis aux communes du Canada
ro
dit sieur Jolliet avait fait du pays des Illinois, dont il avait envoyé la carte, depuis transmise à monseigneur Colbert, ainsi que d’un voyage qu’il venait de faire à la baie d'Hudson, dans l'intérêt et l’avantage de la ferme du Roy.”
Dès lors il s’occupa du soin d'améliorer les ressources de son île, en faisant la traite avec le nord, et en chassant le loup-marin.
Ses actes ne sont plus signés que Jolliet d’Anticosti, et plus tard un de ses fils se faisait appe!=r Jean Jolliet de Mingan. Six ans après avoir pris possession de sa seigneurie, en 1681, un recensement cité par M. Ferland donne de curieux détails sur la famille du découvreur du Mississippi.
D'abord apparaît Louis Jolliet agé de 42 ans ; puis vient sa femme Claire Bissot, fille de Normands de Pont-Audemer, agée de 23 ans; puis leurs enfants, Louis agé de cinq ans, Jean agé de trois ans, Anne de deux ans et Claire d’un an. La maison du sire de céans se composait de six domestiques armés de six fusils, et Jolliet était propriétaire de deux bêtes à cornes et de deux arpents de terre défrichée.
Si l’on en croit Charlevoix, en donnant cette seigneurie à Jolliet, le roi de France ne lui fit pas un grand présent. Elle n’est absolument bonne à rien, remarque cet historien. Elle est mal boisée ; son territoire est stérile, et elle n’a pas un seul havre ou un bâtiment puisse être en sureté. Les côtes de cette île sont assez poissonneuses ; toutefois je suis persuadé, conclut Charlevoix, que les héritiers du sieur Jolliet
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[x] Lettre de
troqueraient volontiers leur vaste seigneurie pour le plus petit fief de France.
Jolliet mourut très pauvre, en 1700, dans son Anticosti prétendent les uns, sur une des îles Mingan, — celle située devant le gros Mécatina, au Labrador—assure M. Henry Harrisse, et celui qui avait donné la moitié d’un hémisphère à la France, cet hydrographe du roy qui avait eu la patience de faire quarante neuf voyages (1) pour prendre connaissance de la rivière et du golfe, avant de dresser sa carte du Saint-Laurent, celui que la Grèce aurait mis au rang des dieux et que Rome aurait porté au Capitole, cet homme fut enfoui modestement par une main inconnue, sur une grève quelconque, n’ayant pour seule épitaphe que la page émue que lui a consacré l’histoire reconnaissante.
O mon pays! que fais-tu donc de tes gloires ? Crois-tu qu'un peuple se déshonore en érigeant des statues à des gens comme Jacques Cartier, Champlain, de Maisonneuve, Joliette, Dollard et Montcalm ?
Mais ces réminiscences du passé semblent m’entrainer loin de cet humble récit de voyage, et me faire oublier le phare de la pointe de l'Ouest où, au milieu de la canonnade qui nous avait accueilli le matin, j'avais remarqué la voix vibrante d’une pièce assise sur un affût de gazon. Ce canon ne ressemblait nullement à celui que le ministre de la marine fait livrer aux gardiens de lumière. C'était un spécimen de l'artillerie anglaise du
[r] Lettre de M, de Denonville, 13 novembre 1685.
ae + eme mge