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XVIIe siècle, pièce longue, en fer battu, pesant 2,800 livres, qui avait été ramassée, il y a une vingtaine d'années, sur les brisants qui font face au phare. A cette époque, elle était entourée de plusieurs autres canons qui, à marée basse, servaient aux chasseurs d’outardes et de canards pour les aider à défiler le gibier. Mais petit à petit, ces témoins muets d’un autre époque disparurent. L’an dernier, il ne restait plus que deux de ces puissants engins de guerre ; encore n’asséchaient-ils que lors des grandes marées, et ils finirent à leur tour par être entraînés en eau profonde, lors de la débâcle du printemps. M. Malouin m’assura qu’au jusant de la grande mer le voyageur qui se promènerait en chaloupe dans les environs, apercevrait encore une foule de ces pièces qui détachent sur le vert sombre des algues marines leurs longs cous rouillés et couverts de coquillage.
Quel terrible drame s’est donc passé sur cette pointe de brisants? et qui jamais viendra raconter les péripéties de ce désastre ?
Je l’ai dit, ces pièces d’artillerie sont anglaises, et elle ressemblent à s’y méprendre aux canons du XVIIe siècle que l’on montre encore dans la Tour de Londres. Ne serait-ce pas sur les récifs de la pointe Ouest que le capitaine Rainsford, commandant une des frégates de l’amiral Phipps, serait venu se heurter et se briser en fuyant à pleines voiles cette ville de Québec, dans la cathédrale de laquelle le comte de Frontenac avait pieusement suspendu le pavillon du contreamiral anglais, humilié et vaincu ?
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L'histoire du temps rapporte qu’il fit naufrage sur l'île d’Anticosti, où il réussit à débarquer avec quelques-uns de ses compagnons. Plusieurs se noyèrent en voulant prendre terre trop précipitamment, et comme les survivants n'avaient que peu de provisions, il fut entendu que la ration de chaque homme serait de deux biscuits, une demi-livre de lard, une demi-livre de farine, une pinte et quart de pois et deux petits poissons. Quelques épaves du navire leur servirent à élever une hutte, où ils s’installèrent tant bien que mal, jusqu’à ce que le froid et le scorbut fussent venus éclaircir leurs rangs. Le premier qui mourut fut le chirurgien: on l’enterra le 20 décembre 1690, et quarante hommes le suivirent en quelques semaines. La faim de ces malheureux était extrême: nuit et jour les plus faibles étaient obligés de se cacher ou de veiller, crainte de se voir voler leur maigre ration ou d’être assommés et mangés par les plus forts. Un jour, un matelot Irlandais enfonça, malgré les protestations de tous, le dépôt à provisions, et mangea à lui seul dixhuit biscuits, ce qui le fit tellement enfler que deux heures après il faillit crever comme une peau de bouc. Enfin, à bout de ressources et d’expédients, cinq des matelots de Rainsford se décidèrent, le 25 mars 16917, à mettre en mer une petite chaloupe échappée au naufrage et qu'ils avaient calfatée le mieux possible. Ils mirent le cap sur Boston, où ils arrivaient à demimorts d’épuisement, après trente-cinq jours de navigation. Un navire de guerre fut expédié de suite au secours de Raïinsford, et ces naufragés décimés par la misère ne furent tirés de leur triste position que par un
miracle, —c'est le capitaine qui l’assure lui-même, —plus heureux en cela que bien d’autres de leurs camarades qui périrent au nombre de plus de 1000, soit dans le golfe Saint-Laurent, soit dans la mer des Antilles, où leurs vaisseaux avaient été pourchassés par
l’ouragan (1).
Le secret du capitaine Rainsford n’est pas le seul que la tempête ait confié à la discrétion des brisants de la pointe Ouest de l’Anticosti, et mon interlocuteur à qui je rappelais les déboires de l’amiral William Phipps, m'apprit à son tour qu’un matin, en sortant du phare, il avait trouvé sur la grève un brigantin, la quille en l’air, et tout son monde noyé à bord.
Oh! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont ensevelis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l’aveugle Océan à jamais enfouis.—
Combien de patrons morts avec leur équipage ! L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l’abime plongés, Chaque vague en passant, d’un butin s’est chargée : L'une a saisi l’esquif, l’autre les matelots
[+] This was a sad misfortune (admiral’s sir William Phips). By the New England accounts, about a thousand men pyraies in it, one way or other. The fleet was separated in its return, some ships driven as for as the Leeward
Islands, one was wrecked, another never heard of, a third foundred and all the crew lost, a fourth was driven ashore on the desolate island of Anticosti, where captain Rainsford and his company, forty at first, were reduced by want and weatherto half the number, in a month’s time, and then saved almost miraculously. This expedition cost the colony of New-England 40,000
Ur en ré à nou l’hon lente elle a toür d et d’u tograf une di mes y sœur moisel ramen:
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Une journée charmante s’était écoulée en études, en récits et en pérégrinations. M. Malouin avait tenu à nous offrir à souper : on avait tué le veau gras en l'honneur du retour inespéré de son fils, et cette excellente réception devait terminer notre relâche comme elle avait commencée. Pour cette fois, c'était à mon toür d’être agréablement surpris. Nous étions au salon, et d’une main distraite je feuilletais un album de photographies, pieux legs laissé à la famille du gardien par une de ses filles qui s’était fait religieuse ; tout-à-coup mes yeux étonnés tombèrent sur le portrait de ma sœur ainée Augusta qui avait été l’amie de mademoiselle Malouin. Aussitôt cette joyeuse trouvaille me ramena aux joies de la famille absente ; mon œil se mouilla au souvenir de ceux qui m’aiment, et tout rêveur je restais là, en contemplation devant cette douce visiôn, lorsque la rude voix de Le Blanc vint nous crier que la chaloupe était prête. Il fallait partir. Le Vapoléon IIJ était déjà sous vapeur : notre pavillon salua, une salve lui répondit du rivage, et deux heures après nous passions devant Ellis Bay, mieux connue de nos navigateurs canadiens-français sous le nom de baie de Gamache.
crowns for which they ran in debt, and paid it off by Bills which they made current like our Exchequer Bills in England.
—British Empire in America vol. 1 p. 67 imprimé en 1708.
De son côté Walker assure, à la page 30 de l'introduction de son Fournal que ‘the great Sir William Phipps who (after his attempt on that place (Quebec ?) from were the men he landed were forced off and retreated in such precipitation that they left their cannon behind, in vain endeavouring to recover them a gain) returned to Boston with the loss of above a thousand men and one shit only besides his own, out of between thirty and forty sails that went with Ris, the rest being scattered, some wrecked, foundred and driven ashore in their return.
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Les souvenirs que Louis Olivier Gamache a laissés dans le golfe Saint-Laurent sont des plus vivaces. Les combats de Le Moyne d’Iberville et de ses rudes matelots, les aventures du baron de Saint-Castin, les désastres de Phipps et de Walker sont depuis longtemps oubliés de la foule, mais dans cent ans et plus les caboteurs et les mariniers canadiens-français se raconteront encore le soir, au pied du grand mât, les merveilleux exploits de Gamache, la manière dont il s’y prenait pour faire la contrebande des fourrures, en évitant les croiseurs de la baie d'Hudson,—ses tours incroyables et ses relations avec le malin esprit qui lui obéissait comme un mousse et poussait la condescendence jusqu’à souffler dans ses bonnettes et ses perroquets, pendant que la proue du mystérieux navire glissait à tire-d’aile sur une mer polie comme l'acier.
Louis Olivier Gamache était né à l’Islet en 1784 d’une famille originaire des environs de Chartres, et il débuta sa longue vie par l’école de la garcette. Matelot dans la marine anglaise, son enfance se passa à courir le monde, mais ces excursions lointaines finirent par le blaser. Après avoir essayé un petit commerce le long de la côte de Rimouski, Gamache avait fini parse fixer dans l’île d’Anticosti, et le farouche aventurier ne tarda pas à se faire reconnaître comme le souverain absolu de cette solitude. Du fond de sa baie, où il cultivait quelques arpents de terre, élevait quelques animaux, et faisait la pêche en grand, l’ancien matelot dirigeait des excursions sur la côte nord, trafiquait avec les mont’.snais et se moquait du monopole de la Compagnie de la baie d'Hudson.
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Si son hospitalité était proverbiale, ses excentricités ne l’étaient pas moins, et, jointes à sa vie solitaire et à sa mort mystérieuse, elles donnèrent naissance aux légendes qui se racontent encore sur son compte. Pas n’est besoin d’ajouter qu’à bord longues-vues, jumelles et lunettes avaient été mises en réquisition pour regarder un coin de cette terre illustrée par maître Gamache, mais hélas ! la maison qu’avait habité le célèbre marin était brulée. Nous ne vimes qu’un pâté de maisonnettes groupées près de ses ruines, et des enfants jouer et folâtrer à deux pas de la tombe de celui qui fut si longtemps le croquemitaine du golfe Saint-Laurent.
Poussés par la marée et la vapeur, nous arrivâmes bientôt en face de la pointe Sud-Ouest de l’île. C’est là que se trouve situé le plus ancien phare de l’Anticosti. Bâtie en 1831, cette tour circulaire, recouverte de bois blanchi, mesure une hauteur de rent pieds, et une minute d'intervalle s’écoule entre chaque éclat de la lumière, qui est visible entre les points nordnord -ouest- quart sud au sud-est et est.
. Le temps était superbe ; tout près de nous la mer venait mourir au pied d’un quai naturel, taillé par la vague dans un immense banc de calcaire gris, où les fossiles pullulent, et pendant que chacun s’éparpillait sur la grève, j'eus à loisir le temps de collectionner des coraux, des briozoa, des tentaculites, des colonnes crinoïdales et des encrinites.
(1) Cette vie a fourni à un conteur charmant, M. l’abbé Ferland, le sujet d'une jolie esquisse, publiée pour la première fois au rez-de-chaussée du
Journal de Québec : elle a été ré-éditée par la direction du Foyer, dans le rer vol, de la Littérature canadienne,
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Au point de vue géologique l’île d’Anticosti est un trésor inappréciable pour l'amateur. Le célèbre paléontologiste M. Billings écrivait au regretté sir William Logan, que le groupe de cette île était composé de lits de passage silurien inférieur et supperposé simultanément avec le conglomérat d’Onéida, le grès de Médina, le groupe Clinton des géologues de New- York et la formation Caradoc d'Angleterre.
A l’appui de cette théorie, un des employés du bureau des géologues canadiens, M. Richardson (1), assurait qu'après avoir fait une étude minutieuse de cette île, il était arrivé à la conclusion qu’elle se composait ‘de calcaires argileux ayant 2,300 pieds d’épaisseur, régulièrement stratifiés par couches conformes et presque horizontales. Tous les faits tendent à prouver, ajoute-t-il, que ces strates ont été déposées au fond d’une mer tranquiile, en succession non-interrompue, pendant la période où les parties supérieures du groupe de la rivière Hudson, le conglomérat d’Oneida, le grès de Médina et le groupe Clinton étaient en train de se déposer dans cette partie de l’océan paléozoïque qui constitue maintenant l’Etat de New-York et quelques-unes des contrées adjacentes. Si cette manière de voir est exacte, les roches d’Anticosti deviennent alors trèsintéressantes, parce qu'elles nous procurent, avec une grande perfection, une faune jusqu'ici inconnue à la paléontologie de l'Amérique septentrionale. En songeant à la grande épaisseur des sédiments
(1) Rapport de l’annèe 1856 par E. Billings, paléontologiste, adressé à Sir William E. Logad, géologue provincial, —p. 263,
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Billings :
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A l'est assure qu’
DE TRIBORD A BABORD 127 entre les groupes de la rivière Hudson et Clinton, on se convainc que leur déposition a occupé un laps de temps considérable ; et comme le conglomérat d’Onéida n’est pas fossilifère et que le grès de Médina ne fournit que quelques espèces peu marquées, nous avons été jusqu’à présent presque sans moyens de connaître l’histoire des mers américaines de cette époque. Les fossiles de la partie moyenne des roches d’Anticosti remplissent exactement cette lacune, et nous procurent les matériaux nécessaires pour relier le groupe de la rivière Hudson à celui de Clinton, par les lits de passage, contenant les fossiles caractéristiques des deux formations, associés à plusieurs espèces nouvelles qui ne se présentent ni dans l’un ni dans l’autre de ces groupes. ””
Au nombre des découvertes faites par M. Richardson, se trouvent certains fossiles, désignés par M. Billings sous le norn de genre l’africea. Ils ont, ditil, la forme d’arbre et furent receuillis, par le premier, dans les terrains siluriens inférieurs et moyens de l’île. Ces plantes, d’après la description de ce savant voyageur, se composent de tiges presque droites d’un à quatorze pouces de diamètre, perforées sur toute l'étendue par un tube cylindrique et presque central ; en dehors de ce tube se rencontrent de nombreuses couches concentriques semblables à celle d’un arbre exogène.
A l’est de la rivière au Saumon, sir William Logan assyre qu'il se présente un escarpement de soixante
pieds de hauteur, dans lequel des troncs abattus de ce fossile avancent en dehors de la falaise. Leurs extrémités circulaires et l’orifice qu’ils ont au milieu, donnent à cette côte l’aspect d’une citadelle hérissée de gueules de canons, et les voyageurs frappés de cette ressemblance n’ont pas cru pouvoir mieux faire, qu’en donnant à cet endroit le nom de Pointe-à-la-Batterie.
Que de raretés scientifiques doivent se trouver cachées ainsi sous ces bancs de calcaire et attendent là, depuis des milliers d'années, les études et les recherches de la curiosité et de la patience humaine ! Petit à petit, sans se hâter, elles révèlent leurs mystères chaque jour, et dernièrement encore un pécheur, en voulant entrer dans une des criques qui bordent ce paradis de la géologie, trouvait à son grand étonnement une énorme baleine entièrement pétrifiée et dans un parfait état de :onservation.
Tout en collectionnant ainsi un peu partout et un peu de tout, notre promenade nous avait conduit jusqu’à la tour, et là nous fimes connaissance avec son gardien M. E Pope, homme sur le retour de l’âge qui nous fit l'accueil des gens de sa race, et nous offrit cette hospitalité écossaise que les sceptiques prétendent réleguée à tout jamais au fond du libretto de la Dame Blanche. Sa famille se trouvait réunie dans la vaste cuisine du phare, dont le parquet était en pierre. Une épave de bois flotté flambait dans l’âtre, et ça et là des trophées de chasse, des ailes d’aiglons, des têtes d'ours, des carabines et des engins de pêche relevaient la couleur sombre de la boiserie. Une fenêtre entr’ouverte laissait voir un coin de paysage qui ne manquait
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pas de charmes, et tout autour de nous respirait la santé et le bien-être. Il nous paraissait évident que M. Pope possédait un secret qui manque à bien des gardiens de phare, et là où plusieurs de nos compatriotes auraient senti les étreintes de la solitude et de la gène, cet homme essentiellement pratique réussissait à se créer une aisance relative. Ses champs étaient défrichés et bien fumés, ses étables pleines, ses vignots couverts de morues, et ce qui surprenait surtout les gens de l’île, au bout d’un an ses vaches ne mourraient pas de ce mystérieux catarre qui emportait toutes les bêtes à corne de l’Anticosti ; elles seules avaient le privilége de vivre et d'attendre à point le pot-au-feu. Un joli yacht de plaisance se balançait dans la baie, au milieu d’un escadrille de barges destinées à faire la pêche sur les fonds ; bref, M. Pope avait fait fi du dicton favori de grand nombre de ses collègues qui se laissent aller à l’apathie et répondent à ceux qui essayent de les en tirer :
— Bah ! à quoi sert de défricher la terre, d’exploiter la mer ou de se créer de nouvelles occupations ? Nettoyons, allumons, éteignons notre phare aux heures réglémentaires, et pendant que vogue ainsi la galère, croisons-nous les bras. Notre salaire n'est-il pas gagné ? Gardons-nous bien surtout de faire valoir ce qui nous entoure et n’est à personne, car ce serait alors travailler pour son successeur, et la vie est trop courte pour s'amuser ainsi.
M. Pope a cru devoir prendre un autre genre d’égoïsme. Sa lumière est en ordre, ainsi que ses
champs, ses étables, ses exploitations, et, tout en faisant son devoir, il n’a pas rougi d'employer le temps de manière à. laisser à ses enfants une fortune
assez rondelette, qu’il leur léguera un jour avec
l'amour de l’économie et du travail.
À quelques arpents du phare de la pointe Sud-Ouest se trouve la cabane d’un pauvre colon du nom de Fortin qui vint nous demander si nous avions un prêtre à bord.
— Depuis trois ans, nous disait-il, ma femme et moi nous n'avons pas entendu la messe, et c’est une bien grande privation pour un catholique.
Il devait se passer encore trois longues années avant que le pieux désir de Fortin pôt se réaliser, et ce fut un des aumoniers de notre troisième croisière, M. l’abbé Marcoux, qui eut le bonheur de s'acquitter de cette douce mission et d’offrir le saint sacrifice dans cet humble cabanon, pendant qu’un de ses confrères avait changé la hutte voisine en confessional.
En me reportant ainsi vers le passé, je me rappelle toute la surprise qu’éprouva Agénor Gravel en retrouvant, parmi les plus fervents pénitents de l’île, une de ses vieilles connaissances, le père Luc Marolles.
Depuis trente-six ans le père Luc habitait l’Anticosti. Il avait été l’ami de Gamache, avait trappé et couru en tous sens les bois et les rivières de l’île, et Gravel prenait sur lui de dire que ce n’était pas à ce métier-là que Saint Augustin avait pu receuillir les notes
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qui lui servirent plus tard à rediger sa Cité de Dieu. Ce qui venait appuyer cette hypothèse d’Agénor, c’est que des mauvaises langues prétendaient avoir vu le père Luc tituber comme Noé dans ses plus belles vignes, pendant que d’autres avaient oui dire qu’il ne se gênait pas de jurer comme Samson, lorsqu'un jour de canicule, il s’était mis en tête de se promener avec les portes de Gaza sur son épaule. Mais ces commérages n'avaient plus leur raison d’être. Celui que nous avions quitté épervier plus tard nous devions le retrouver colombe, et ‘e père Luc, dépouillé du vieil homme et fier d’avoir mis en liesse tous les justes du paradis, a continué depuis à être l’exemple de l’île.
La première fois que nous le rencontrâmes chez M. Pope, il vint nous donner sans façon une vigou-
reuse poignée de main, et causer des dernières nouvelles.
Comme d’habitude, elles ne roulaient que sur des histoires de naufrage :
— Tenez messieurs, nous disait-il, en nous indiquant du doigt une pointe sombre qui se perdait sous l'horizon, voyez-vous là-bas cette langue de terre qui touche à la rivière Observation? un brick est venu y y faire côte en décembre dernier. Il neigeait à ne pas voir le bout de son nez ; l’équipage était à demi gelé, et ce ne fut qu'après des efforts inouïis qu'il parvint à descendre à la mer une de ses chaloupes. A peine cette embarcation eût-elle franchi trois encablures qu’elle se prit à talonner, et fous de
peur, se croyant sur les brisants, ses matelots remirent le cap sur leur brick naufragé et vinrent se faire écraser par la mer le long des flancs du navire. Sept matelots et le capitaine périrent ainsi, pendant que le second, accompagné d’un de ses hommes, furent rejetés à la mer par le contre-coup. Ils nagèrent ferme, mais la vague les porta malgré leur efforts vers le récif où la baleinière avait touché. Déjà ils se croient perdus, lorsque une lame en se retirant ne leur laisse de l’eau que jusqu’à la ceinture, puis venant les reprendre, les lance sans connaissance sur ces cayes qui les avaient tant effrayés un quart d’heure auparavant et qui n'étaient autre chose que le rivage! Dès le petit jour, en se rendant à la lumière, le second trébucha sur le corps mutilé de son capitaine qui était venu attérir pendant la nuit. Quant aux autres, je les retrouvai tous le lendemain, et parmi eux un
propriétaire gît aujourd’hui sous un marbre élégant,
où on filiale :
Un p
entassés sous des les corps page du à la côte
nègre qui s'était noyé la tête en bas, le pied droit pris chés dans entre un chaînon de l’ancre et l’écubier. dresse à « : d’une pl:
Tout en causant ainsi, le père Luc nous avait avec la pr entraînés du côté du petit cimetière, situé tout près de reproduis la tour. Un cuclos en bois peint y renferme le tombeau destiié aux Pope, et qu'occupent déjà deux Lt membres de cette honorable famille. L'un d'eux, si | l’on en croit lachronique, aurait poussé l’esprit métho- DA V2] je dique jusqu’à monter à Québec, quelques mois avant k sa mort, pour y faire prendre sa mesure et se faire confectionner un superbe cercueil en bois de rose, qu’il À à descendit avec lui et installa dans sa chambre. Son having b
Erected
où on lit l'inscription suivante tracée par la piété filiale :
SACRED TO the memory of . EDWARD POPE who departed this life July 2n 1871, aged 82 years and of GRACE, his wife who departed this life July zoth 1873, aged 80 years
In their death they were not devided—11 Sam—1r - 25—
Un peu plus loin, mais hors de l’enclos, sont entassés pêle-mêle, sans croix, sans épitaphes, perdus sous des monticules de tourbe couverts ue ronces, les corps de vingt-un naufragés, faisant parti de l’équipage du ‘George Channing, *” navire anglais qui vint à la côte en 1830. Neuf de ces malheureux sont couchés dans la même fosse. Une épitaphe solitaire se dresse à côté-de ce morne charnier : elle se compose d’une planche, sur laquelle une main amie a gravé avec la pointe d’un couteau les lignes suivantes, que je reproduis textuellement :
To S'the memory À È of DAVID CORMACK | GEORGE MILLER who departed this life on the 22 December 23; December aged 25 age® SI having been shipwrecked in the OTTAWA London 24 December 1835.
Erected by the remaining survivors of the crew,
Jamais de ma vie je n’ai vu quelque chose de plus triste et de plus navrant que ces tombes d’inconnus qui demeurent là sans prières, et pour oublier ces tristesse nous primes le parti de nous rendre à la gracieuse invitation de madame Pope qui devait nous ménager une charmante surprise. Sur une table au milieu du salon de la tour, étaient éparpillés une foule de croquis, d’études et de dessins signés par mademoiselle Grace Pope, jeune enfant de treize ans qui, non-seulement montrait les plus heureuses dispositions pour la peinture, mais avait encore un talent remarquable pour la statuaire. On nous fit voir un modelé en argile d’une matrone romaine agenouillée qui, certes, par l’élégance de la draperie, la pureté des lignes et la finesse du travail, n’aurait pas fait honte aux débuts de certains artistes à la mode. Les uns admiraient, et j'étais du nombre; d’autres hazardaient de timides conseils : pendant ce temps-là madame Pope faisait à ses hôtes une distribution de zoophites, de tunicières, de coquilles brachiopodes et gastéropodes, et ce ne fut que lorsque nous eûmes repris la haute mer que nous pûmes compter nos trésors et bien nous rappeler les attentions délicates de cette hospitalité.
Notre départ avait été précipité. Du haut du phare, le capitaine avait vu un banc de brume se former à l'horizon, et à peine avions-nous couru une bordée au large qu’il fallut capeyer. Déjà le brouillard nous enveloppait, pour ne plus nous quitter qu’après quatre-vingt-sept heures.