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néant.
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la plus fi chi vers blées : u milieu d COuvrir, souciait pour don qu'avec u on était viendrait vingt-sept pénétrable perçait en le centre.
toute sa S] nous reno aussitôt la mât. D’:
de fumée saphir; pu etit autou
Rien de triste comme cette nuit en plein jour qui parfois ne permet pas à un matelot de distinguer son voisin sur le pont. Autour de lui tout est nuageux et opaque ; la mer est là qui confond ses teintes grisâtres avec le ciel fumeux, et sans le monotone clapotis de la vague qui se brise sur le flanc du navire, l’homme à la roue croirait que son capitaine vogue vers le néant.
Au milieu de ce chaos, nous devions nous orienter et veiller au plus près, car on se trouvait sur la route la plus fréquentée par les navires. La brise avait fraichi vers la tombée de la nuit ; les vigies étaient doublées : une houle grosse et longue nous balançait au milieu du rideau de crêpe qui ne cessait de nous couvrir, et toujours facétieux, Agénor Gravel, qui se souciait fort peu des collisions, profita de l’occasion pour donner du courage à un passager en lui assurant qu'avec un vapeur en fer de la force du Vapoléon 711 on était certain de couler n’importe quel voilier qui viendrait se mettre par notre travers. Pendant quatrevingt-sept heures nous eûmes ainsi sur les yeux l’impénétrable tissu du brouillard. Quelquefois le soleil perçait en curieux ce dôme de brume, dont nous étions le centre. L’azur du ciel nous apparaissait alors dans toute sa splendeur sereine, mais ce n’était que pour nous renouveler le supplice de Tantale, car tout
aussitôt la voute sombre se refermait sur notre grand mât. D'abord, ce n’était que de légers flocons de fumée qui tachetaient rapidement le fond de saphir; puis des teintes laiteuses se groupaient petit à petit autour du disque solaire : d’éblouissante Ja
où aire somisiansn
eme.
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lumière devenait pâle peu à peu: elle passait au jaune blafard, puis au roux, puis elle allait s’amoindrissant jusqu’à ce que le brouillard plus dense et plus entêté que jamais, eût ramené la tristesse sur nos fronts, en étouffant le soleil dans sa chape de plomb.
Je ne le cache pas, ce fut avec un sentiment d’indéfinissable plaisir que nous débarquâmes à la pointe Sud ; car plongés dans cette demi-obscurité, ne respirant que moiteur et humidité, la vie du bord était devenue d’une monotonie désespérante. Invariablement, la conversation roulait sur le vent qu’il faisait et sur celui qui souflerait le lendemain. L’œil se fatiguait à interroger l’horizon qui restait muet: les uns avaient un faible pour le baromètre et le consultaient constamment ; d’autres n’avaient foi que dans les sondages et se dressaient à chaque instant comme des points d'interrogation devant l'officier chargé de cette délicate opération; puis le soir, chacun s’endor. mait du sommeil du juste, faisant des rêves dont les
moins farouches leur montrait le Vapol/éon ZIZ passant à
toute vapeur sur le corps des navires assez imprudents pour venir se placer sur son passage.
Dès le petit jour une seule interrogation partait de tous les coins du carré :
— Raphaël, quel temps ce matin ?
—De la brume, messieurs, encore de la brume, toujours de la brume ! répondait le maître d'hôtel, tout en veillant à ce que la table fût préparée pour le déjeûner.
Nouv ceul ; il pouvaiei sissable.
Sud, tot quinze p placée à éclat tou vaient gi petite et et l’autre tempêtes meux, fait
La gard ministère qu’énergiq ment voûte gnet de fer représentai esprit chev:
son impulsi te ses conna
américain, | révenant au du voyage, | une de ses lo que M. Dav de sable qui,
Mme, | tel, r le
Et les heures succédaient ainsi aux heures sans que le jour pût voir le jour.
Nouveau Lazare, le soleil avait enfin quitté son linceul ; ilétait là qui se mirait dans la mer, et nos yeux pouvaient se reposer sur autre chose que sur l’insaisissable. Ils avaient devant eux le phare de la pointe Sud, tour blanche, hexagone qui atteint soixantequinze pieds de hauteur, et dont la lumière blanche placée à cinquante-quatre pieds du sol donne un éclat toutes les vingt secondes. Près de là,se trouvaient groupées quelques bâtisses, dont l’une trop petite et mal construite, est destinée au gardien, et l’autre renferme un engin à vapeur qui pendant les tempêtes de neiges ou par les temps obscurs et brumeux, fait résonner un sifflet dix secondes par minutes.
La garde du phare de la pointe Sud est confiée par le ministère de la marine à un homme aussi instruit qu’énergique, M. David Tétu. Grand, les épaules légèment voûtées, l’œil doux et serein, possédant un poignet de fer et une santé à toute épreuve, notre ami nous représentait bien ce type du canadien-français de jadis. esprit chevaleresque et aventureux qui, n’obéissant qu à son impulsion et ne se laissant guider que par son flair te ses connaissances, parcourait en toussensle continent américain, y faisant des découvertes merveilleuses et ne revenant au pays que pour léguer à d’autres son amour du voyage, de la liberté et de l'inconnu. Ce fut dans une de ses longues promenades sur la côte du Labrador que M. David Tétu découvrit ces fameux gisements de sable qui, bien exploités, donneraient les plus beaux
minerais magnétiques du monde (1). Ce fut aussi grâce à son courage que les maraudeurs de Saint-Alban purent échapper aux limiers qui les traquaient comme des fauves. Rendez-vous avait été pris au milieu de la nuit sur le pont de glace, en face de Québec. Là, un homme se faisait reconnaître d’eux au moyen d’un signe connu, et ils devaient alors se remettre aveuglé ment à sa discrétion. Malheureusement, les confédérés s’égarèrent sur le fleuve, et ce ne fut qu’au point du jour qu’ils purent rejoindre Tétu, près de la pointe de l’île d'Orléans. Sous sa conduite, ils descendirent en voiture le long de la côte Nord jusqu’au Saguenay, puis à pied jusqu’à Moisie, où, au printemps, ils s’embarquèrent sur une goëlette que Tétu commanda pour l’occasion. Cet excellent marin, profitant alors d’une tempête qui rendait la mer intenable, put courir déposer ses passagers à bord d’un croiseur qui les attendait dans le golfe.
L'esprit d'aventure et le goût de la solitude rendaient notre ami on ne peut plus apte à remplir les fonctions de gardien de lumière. Les longs quarts de nuit qu’il lui fallait faire, lui permettaient de se livrer à ses études favorites sur l’histoire naturelle. Il aimait son phare comme un chasseur d'Afrique aime son cheval arabe: une partie de la journée :e passait à
(x) Dans ses notes sur les minerais de fer du Canada et leur gisements, adressées en 1874 par M. Harrington à M. Selwyn, directeur de l'exploration géologique du Canada, ce savant donne sur le sable magnétique du golfe Saint-Laurent les intéressants détails qui suivent :
‘« Quant à l’âge des dépôts du sable de fer, SR Le sont modernes et sont encore en voie de formation, tandis que d’autres appartiennent à l’âge
ost-pliocène, lorsque l’élévation de la terre était bien moindre qu’elle ne ‘est maintenant: en certains endroits on les trauve jusqu'à 100 et même 209 pieds au-dessus du niveau de la marée," ,
vareuse, portant prendre sans m rouges, de-Fauc
précieus truites 1 cet hom de savoi
Le 50:
encore l:
et de ce celle de
Tétu :
attérir à qui sait t'aidera de pein toute l’ lorsqu
l’astiquer et à le mettre en ordre, puis quand la besogne était terminée, quand l'hiver était venu et que sa lumière avait été éteinte, le vingt décembre, alors commençait la saison des chasses et des explorations.
Vite, on chaussait ses raquettes; les fusils étaient démontés et nettoyés, les piéges éprouvés, et bientôt, le jarret solide et alerte, enveloppé dans une chaude vareuse, on voyait David Tétu, la carabine sur l’épaule, portant avec lui des provisions pour plusieurs jours, prendre la lisière du bois et aller déclarer une guerre sans merci aux loutres, aux ours et aux renards gris, rouges, noirs, et argentés. Rarement ce nouvel Œilde-Faucon revenait bredouille, et plus sa chasse ou sa pêche avait été abondantes, plus ses voisins et ses amis les pauvres s’en ressentaient. Alors fourrures précieuses, morceaux de venaison, grosses pièces, truites monstrueuses, tout passait entre les mains de cet homme qui se souciait fort peu, en ces temps-là, de savoir ce que sa gauche ou sa droite faisaient.
Le soir, au coin du feu, maints trappeurs racontent encore les histoires merveilleuses de ce pêcheur habile et de ce chasseur adroit, mais nulle à mon avis ne vaut celle de l’ours tué au vol.
Tétu avait ouï-dire qu’une baleine morte était venue attérir à quelques lieues de son habitation. En homme qui sait profiter du vieux dicton : aide-toi, le ciel t’aidera—il part, accompagné de Crispin, son homme de peine, bien décidés tous deux à tirer du cétacé toute l'huile qu’il pourrait rendre. La nuit tombait lorsqu'ils arrivèrent au lieu de l’échouage, et comme
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avant de camper Tétu tenait à être renseigné sur la valeur de l’épave, les chasseurs se dirigèrent du côté de la baleine. Mais ils avaient été devancés par des rôdeurs de grève encore plus alertes qu’eux, et deux ours noirs s’en donnaient à cœur joie, le museau plongé dans les flancs du monstre, mangeant comme deux clercs échappés de carême, et ne s’interrompant de fois à autre que pour respirer longuement et pour lécher leurs babines toutes ruisselantes de lard.
Le domestique de Tétu était devenu pratique au contact de son maître.
—M. David, lui dit-il doucement, en glissant une balle dans son fusil, permettez-moi de tirer le plus gros ? J'ai besoin d’une robe de cariole, lorsque je retournerai chez moi, à l’automne ; et ma foi! plus d’un faraud m'’enviera cette peau d'ours, lorsque le dimanche mon cheval piaffera à la porte de l’église de Berthier.
Sa vie de trappeur, autant qu’une certaine fable de Lafontaine, avaient mis Tétu au courant des habitudes rusées de maître Ursus ; aussi fit-il signe à son compagnon de ne pas trop se presser de tirer. L’ours, dont la fourrure soyeuse devait orner l'arrière d’une des carrioles de Berthier, se présentait mal ; et puisque Crispin tenait absolument à celui-là, il fallait attendre le moment favorable pour le prendre à l’œil ou au cœur.
Mais la chanson de Nadaud aura toujours raison :
L'ambition perd les hommes,
et Crispin, rendu nerveux par l’appât du butin, avait déjà épaulé, V'lan! le couppart: la balle ricachesur
Celle-ci compagi surpris le bois cariole deux ve réciter,
Venc
David talents di à dédaig inventeu monde, « la maiso multiples des pisto perches « de pharn coudoyai
es
DE TRIBORD A BABORD 141 le museau de l’ours, et va, comme Jonas, se perdre dans le ventre de la baleine. Le second ours, plus gourmet et sans doute de meilleure famille que son camarade, avait réussi, pendant le colloque des chasseurs, à se hisser sur le dos du cétacé ; c'était sa manière à lui de mettre la main au plat. La détonation du fusil était venue le surprendre là, et tout effrayé, perdant la tête comme Balthazar au milieu de son festin, mais ayant moins de décorum que ce roi, il s'était élancé dans l’espace, où la balle de Tétu était venu le rejoindre. Celle-ci l’envoya rouler roide mort sur le dos de son compagnon qui, hurlant de douleur, le museau haché, et surpris par cette avalanche d’un nouveau genre, prend le bois au galop, laissant le propriétaire de la petite cariole de Berthier réfléchir à la philosophie de ces deux vers, que Tétu prenait le malin plaisir ‘le lui réciter, en rechargeant sa carabine :
ss 11 ne faut jamais Vendre taf peau x Dans qu'on ne l’ait mis par terre.
David Tétu avait reçu de la nature certains petits talents de société qui, sur l’île d’Anticosti, ne sont pas à dédaigner. Tour à tour cordonnier, mécanicien, inventeur, zoologiste, géologue, lettré, homme du monde, cordon bleu et trappeur, il avait su donner à la maison qu’il habitait le cachet de ses occupations multiples. Aux murs étaient accrochés des canardières, des pistolets, une carabine, un fusil de rempart et des perches de ligne; dans un coin on voyait un coffre de pharmacie sauvé du naufrage du Skandon. Tout se
coudoyait dans sa petite bibliothèque, depuis le
142 DE TRIBORD A BABORD Cornhill Magazine, V'almanach de Raspail jusqu’à l’Imitation de Jésus-Christ et un traité d’entomologie. Une courte pointe en fourrure couvrait un lit de sangle, auprès duquel se dressait une table de nuit surchargée de boîtes de fossiles et de paperasses, où le maître, au moment où nous entrions, venait d’insérer ses dernières observations météorologiques, et sur lesquelles il avait négligemment jeté, en guise de presse-papier, une énorme défense de morse.
Inutile de peindre la joie de Tétu en nous apercevant. Quoique beaucoup plus âgé que moi, il avait été mon ami d’enfance, et bien qu'un mois de causeries n’eût pas suffi pour nous dire tout ce que nous avions vu et appris depuis une séparation de douze ans, il fallut subir les exigences de la consigne et le laisser libre de son temps, car nous n’avions que cinq heures devant nous pour ravitailler ce phare. Mais avant d’aller sur la grève prendre livraison de ce que lui expédiait le ministère de la marine, Têtu donna des ordres pour faire organiser en notre honneur une chasse aux homards.
Cette chasse se fait au moyen de chiens de Terreneuve qui plongent et vont, à marée basse, chercher ces délicieux crustacés dans ces herbes marines que Denys appelait des platins, et que les pêcheurs du golfe ont baptisé du nom de prairies à homard. Enfouis dans d'énormes bottes sauvages que l’on avait eu la la complaisance de nous prêter, et armés chacun d’un panier et d’un bâton, au bout duquel était fixé un crochet en fer, nous cheminions dans l’eau et suivions
de poin fallait
aux terre et dès « homards, déposer :
En m changem de nouve d’aile, ac elle deve danger, « échelle €
opposée à au Vapo,
En acc faillimes
de point en point les instructions de notre guide. Il fallait marcher à pas comptés, avoir l’œil vif pour distinguer dans cette herbe verte et qui suivait les ondulations de la mer, la carapace noir ou les longues serres de ceux que nous cherchions. En voyions-nous un, vite nous plongions notre engin de pêche pour tâcher de l’attrapper, mais, prompt comme l’éclair, le crustacé nous avait dépassé d’un coup de queue, et la chasse était à recommencer, aux grands éclats de rire de notre guide. Celui-ci, plus expert, n’avait qu’à glisser hypocritemennt son croc sous le ventre de la pauvre bête, à la chatouiller quelques secondes, puis à l'envoyer rejoindre brusquement la douzaine et demie de camarades qui, tout abasourdis par leur changement de garnison, se livraient à la plus excentrique des manœuvres pour sortir de leur prison d’osier. Quant aux terreneuves, ils n’y mettaient pas tant de façons, et dès qu’ils avaient flairé un de ces malheureux homards, ils le happaient hardiment et allaient le déposer sur la grève.
En mer, cinq heures peuvent apporter bien des changements, et le temps, qui s'était mis au beau, fut de nouveau gâté par l’impitoyable brume, qui à tire d’aile, accourait du large. La houle s'était refaite ; elle devenait creuse, et bien qu’elle n’offrîit aucun danger, comme la baleinière remorquait une longue échelle et que le vent soufflait dans une direction opposée à la marée, nous arrivâmes couverts d’embrums au Vapoléon IIZ.
En accostant, les hommes se défendirent mal; nous faillimes emplir, et la vague poussa l’impudence
jusqu’à s'approprier la vieille casquette d’Agénor Gravel, qui s’en vengea en parodiant le fameux vers de Racine :
Le flot qui l’emporta recule épouvanté,
L'alexandrin de Théramène fut la seule oraison funèbre que reçut ce vieil ami de vingt ans.
En voyant venir le brouillard, Tétu avait craint que nous eussions quelques difficultés à retrouver la route du steamer, et, prenant sa boussole, il avait tenu à nous faire la conduite. Fermement assis sur le banc d’un esquif long de dix pieds, qu’il gouvernait comme une plume au moyen de deux légers avirons, il vint ainsi jusqu’au Vapo/éon ZIZ. Nous sachant alors en sureté, il revira de bord, salua de la main et ramant vers terre, la dernière fois que nous le vimes, comme l'oiseau précurseur des tempêtes, il se laissait bercer ainsi qu'un petrel sur le dos des vagues énormes.
Trente milles séparent.à peine la pointe Sud de la Pointe-aux-Bruyères. Avec une bonne brise pour un voilier, et du temps calme pour un vapeur, cette distance n’est qu’une promenade d’agrément, mais avec le brouillard tout doit compter en mer. Il fallut donc remettre à la cape, et nous mîmes trente-six heures à franchir douze lieues. De temps à autre le son d’une conque ou d’un porte-voix nous arrivait à travers la brume, qui s’étendait plus grise et plus épaisse que jamais. C'était un gros navire qui arrivait sur nous. Comme un fantôme on le voyait passer sous notre étrave ou couper notre sillage, puis une seconde après, il sombrait dans le brouillard où nous disparaissions à
notre oisifs
éclairci constru tour bla près le ouvert & entre le bâti sur distance apercev.
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aint er la enu panc mme vint ‘s en nant mme >rcer
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notre tour. Appuyés sur les bastingages, les matelots oisifs fumaient leurs pipes et se laissaient bercer par la mer d’un air ahuri, pendant que Jim, vieille gaffe rouillée par de nombreuses campagnes faites à bord des marines anglaise et chilienne, leur disait d’un ton goguenard, en désignant Agénor Gravel qui, se croyant protégé par la densité de la brume, se livrait à de douloureuses études sur le mal de mer :
— Weil tars ! Z think that a man who travels at sea for his pleasure might as well go to purgatory for his past time.
Ce ne fut qu’en sondant et qu’en prenant mille précautions que nous arrivämes ainsi par le travers de la Pointe-aux-Bruyères, et bientôt, à la faveur d’une éclaircie, nous pûmes apercevoir le phare, qui a été construit en 18:5, et dont la forme est celle d’une tour blanche, circulaire, haute de cent-dix pieds. D’après le livre bleu de la marine, ce phare est toujours ouvert au sud de la pointe ay Cormoran, et est visible entre les points sud-ouest-quart-nord et est. Il est bâti sur une pointe très basse qui, vue d’une certaine distance en mer, s’efface complètement pour ne laisser apercevoir que la tour. Celle-ci par un curieux effet d’optique ressemble alors à une voile sur l'horizon.
Notre aimable camarade de route, M. Gagnier, devait nous quitter ici; mais avant de nous dire adieu il avait tenu à nous faire lui-même les honneurs de son domaine, qui ressemble plutôt à une ferme modèle qu’à l'emplacement d’un phare. Nous sautâmes donc ensemble dans la baleinière, et bientôt nos vigoureux rameurs nous débarquaient sur l’étroite lisière
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de grève qui sépare la mer d’un petit lac d’eau douce. Le voyageur, en parcourant cette partie de l’Anticosti, rencontre assez fréquemment ces lagunes, peuplées d’anguilles. Elles sont creusées dans une vaste tourbière qui, d’après M. James Richardson, s’étend ie long des terres basses de la côte sud de l’île, depuis la Pointe-aux-Bruyères jusqu’à huit ou neuf milles de la pointe Sud-Ouest. Cette plaine continue de tourbe a plus de quatre-vingt milles d’étendue ; sa largeur moyenne est de deux milles ; elle présente une superficie de plus de cent-soixante milles carrés et les sondages lui ont donné une épaisseur de trois à dix pieds. En y pratiquant des canaux, on pourrait aisément l’assécher et la rendre propre à l’exploitation ; c’est, autant que je sache, ajoute M. Richardson, la plus vaste tourbière du Canada (1). On y a tracé une route qui conduit au phare. Elle n'est pas très longue, un mille tout au plus, mais ce jour-là elle nous parut interminable, £ar nous étions accompagnés par un énorme terreneuve qui nous montrait <les dents à rendre jalouse n'importe quelle coquette par leur blancheur, et à faire trembler n'importe quel mollet par leur longueur. ‘ Ce terrible échantillon de la race canine était appuyé par un petit taureau noir, à l’encolure puissante, qui, à l’œil en feu, les naseaux frémissants de colère, faisait de droite et de gauche des charges à fond de train sur les envahisseurs de son île. Heureusement que Gagnier était très bien avec
(x) Il y a aussi À nd lambeaux isolés de tourbe entre la pointe sudouest et l'extrémité ouest de l’Anticosti. Ils varient de 100 à ro0o âcres. Rapport de 1856.—%Yamss Richardson explorateur.
le terren douait de second a pierre et dégénéré, illustrés a
Une ré excellent Gagnier.
questions de la tabl fondateur George C
panier en ainsi que enfants de tait perdu battues s’é et les pare leur pauv Quelques
dans une] tique ; ils coup de v.
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pu pénétr vouloir si
le terreneuve, et pendant qu’il le cajolait et l’amadouait de son mieux, nous nous débarrassions de notre second assaillant en faisant pleuvoir un déluge de pierre et de bois flotté sur cet animal farouche et dégénéré, dont les paisibles ancêtres s'étaient jadis illustrés au service des rois fainéants.
Une réception cordiale nous attendait à latour,oùun excellent dîner avait été servi par les soins de madame Gagnier. Pendant que nous y faisions honneur, les questions et les réponses pleuvaient des quatre coins de la table. L’un apprenait avec surprise la mort du fondateur de la confédération canadienne, de Sir George Cartier, pendant que l’autre, interpellé sur les affaires de France, annonçait la présidence du maréchal MacMahon. Bref, chacun vidait le dessus de son panier en échange des nouvelles locales, et ce fut ainsi que nous apprîimes la fin terrible d’un des enfants de la famille Bradley qui, tout en jouant, s’était perdu dans les bois. De longues et de fréquentes battues s’étaient organisées, mais tout avait été inutile et les parents s'étaient déjà résignés, lorsqu'ils virent leur pauvre cœur soumis à une nouvelle épreuve. Quelques mois plus tard un second enfant partait dans une petite embarcation, conduite par un domestique ; ils se rendaient à trois milles de là, mais un coup de vent du nord les surprit en vue de la côte, et ils furent entraînés vers la haute mer. Ont-ils été receuillis par un navire qui passait ? le golfe leur a-til donné une de ses vagues pour linceul ? Nul n'avait pu pénétrer encore un secret que l’abîme semblait vouloir si bien garder.
man a notes, . —
lanterne rait le ca
Hélas durer, et
Notre amphitrion était l’ami intime de David Tétu, et que de fois ils avaient franchi à pied ou en berge les trente milles qui les séparaient l’un de l’autre, pour avoir le plaisir de causer et de fumer une pipe ensemble. Comme tous les inséparables, leurs caractères faisaient antithèses, et ils ne s’occordaient que sur deux chose, la pêche et la chasse. Autant Tétu qui est et mourra célibataire, adorait sa liberté et ses franches coudées, autant Gagnier aimait le comfort et la vie domestique. Sur cette île déserte, et livré aux aux seuls ressources de son bon sens et de sa modeste bibliothèque, il avait réussi à former et à élever la plus charmante famille du monde. Il est vrai qu’une femme pieuse et dévouée l’avait aidé à mener à bonne
qui en ce sait à m voyages
En 18 naufrage monde a sauf, mai
EURE matelo fin cette tâche sublime, et que le Dieu qui aime tant is î NE PE - a fièvre cér les petits enfants avait béni leurs efforts chrétiens. ps l'homas ON À É consompt L'intérieur du phare de la Pointe-aux-Bruyères : mt À nn à G C ressemblait plutôt à celui d’une de nos riches chaude Deroy,
‘| mières canadiennes-françaises qu’à un poste jeté au | milieu de la solitide pour guider ou secourir les naufragés. En homme prudent, Gagnier avait su
tirer parti de tout ; pas un coin où l’œil ne rencon-
trât une armoire. Un poêle toujours ronflant, des
couvre-plats bien étainés, une longue file d’assiettes,
de bols et de soucoupes rangés dans des buffets à jour,
donnaient à la cuisine un perpétuel air de fête. Le
pourrait o donna des tour. Tou:
de vingt-t A cmportéa ne l'avait camarade
du à dns /(F QE h É ; LR troisième salon était joli, bien disposé et aurait trouvé grâce LU. obligé de devant le plus difficile ; des chambres à coucher CURE à descerdre He sortait ce parfum de linge net et blanc qui fait l’or- d'éitidst AE gueil des ménagères de notre pays, et depuis la te
Ce -
écrin manmseap té anntnp en rapenee cure cenrerpatentétienririarnretirinete catihilà
DE TRIBORD A BABORD 149 lanterne jusqu’au rez-de-chaussée du phare tout respirait le calme, l’ordre et la propreté.
Hélas ! cette tranquillité ne devait pas toujours durer, et bientôt l’impitoyable mort devait venir faire jaillir des larmes amères au milieu de cette douce joie. Deux ans plus tard, mon ami Gagnier m’apprenait la mort d’un de ses enfants, de ce joli chérubin qui en ce moment me sautait sur les genoux, et s’amusait à me poser toute sorte de questions sur mes voyages et sur mes aventnres.
En 1874 un brigantin, l’A/exina, était venu faire naufrage près de la Pointe-aux-Bruyères. ‘Tout le monde avait pu quitter l’épave et gagner terre sain et sauf, mais à la suite du froid et de la misère, un matelot de l’Islet du nom de Deroy fut atteint d’une fièvre cérébrale. Depuis quelque temps déjà le jeune Thomas Gagnier — il avait treize ans — souffrait de la consomption ; on le voyait dépérir promptement sous ce rude climat, mais en apprenant la terrible position de Deroy, le père du poitrinaire oublia les fatigues que pourrait occasionner à sa famille un nouveau malade, et donna des ordres pour que le matelot fut transporté à la tour. Tous les soins fvent prodigués à ce jeune homme de vingt-trois ans, mais sans résultat. Deroy mourut, emporté au milieu d’une attaque de délire, et celui qui ne l’avait pas abandonné un seul instant, son fidèle camarade M. Adélard Couillard-Desprès — aujourd’hui troisième lieutenant à bord du Wapo/éon 711— fut obligé de prendre le cadavre dans ses bras, de le descer dre sans bruit, à onze heures du soir, crainte
d'attirer l'attention du jeune Gagnier qui se mourrait, 10 ,
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lui aussi, et d’aller le déposer dans un hangard où il passa le reste de la nuit à l’ensevelir, à lui faire un cerceuil et à ouvrir à grand’peine une fosse dans la terre gelée. Ceci se passait au commencement d’avril. Le sept du même mois, l’enfant du gardien de la Pointe-aux-Bruyères rendait à son tour le dernier soupir ; et comme Desprès et les autres naufragés avaient trouvé l’occasion de regagner la côte sud, le malheureux père, laissé à sa propre initiative, fut forcé de faire l’ensevelissement, la tombe et la fosse, de porter lui-même son enfant jusqu’au petit enclos qui sert de cimetière, et de l'y enterrer au milieu de sa famille au désespoir qui sanglottait un de profundis.
— Je me sentis alors tellement fou de douleur, me disait le brave Gagnier, avec des larmes dans les yeux, que j’oubliai les vivants pour ce cher petit mort. Je faillis prendre mes jambes à mon cou et me sauver dans les bois.
Ce ne fut qu’en 1875 que j’eus l’occasion de visiter le dépot de naufragés, où les gens de l’A/exina avaient passé l'hiver. Notre lieutenant M. Couillard-Després nous faisait les honneurs de cet abri, qu’un gouvernement prévoyant a érigé là, pour les malheureux jetés à la côte. Lui-même y avait été sauvé d’une mort certaine. L'habitation se compose d’un seul appartement et d’un grenier. Une double rangée de couchettes en bois, superposées les unes sur les autres, fait le tour de cette unique chambre, et les hôtes que le hazard loge à pareille enseigue n'ont pour tout matelas que de la paille qui parfois n'est point
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(1) En 18 ve et douze
très fraîche. Un grand poêle en fonte occupe le milieu de ce réduit, et seule sa lueur l’éclaire à la veillée, car le ministère de la marine ne fournit pas le luminaire.
La provision réglementaire d’un dépôt de naufragés consiste en quinze quarts de farine, sept de pois, du sucre et du thé, et sept barils de lard (1).
Tant pis pour ceux qui arrivent les derniers, et la ration quotidienne donnée à l'équipage de l’4/exina se compoñ:'t d’un demiard de pois, d’une livre et demie de ijarine et de trois-quarts de livre de lard. Després avait été acclamé le baron Brisse de cette bande d’affamés, et comme la batterie de cuisine mise à sa disposition ne se composait que d’un poêlon, ainsi que d’un plat de fer-blanc, et que les couteaux étaient surtout remarquables par leur absence, il avait eu un trait de génie en se promenant un jour sur: la grève. Remarquant une large coquille, il l’avait ramassé et y avait adapté une pince en bois; ses camarades en avaient fait autant, et on peut s’imaginer tous les services que cette cuillère improvisée rendit alternativement à la purée au pois et aux vareuses des naufragés de l’A/exina. Le frugal menu détaillé plus haut ne rappelle pas précisément celui des Frères Provençaux, et que de fois les gardiens de phare, se laissant attendrir par la vue des maladies et des privations qui fondent sur ces délaissés, leur fournissent des provisions prises sur leur propre réserve.
(1) En 1874, on a ajouté à ces provisions deux boîte: de viandes en conserve et douze couvertes. ,
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er mingnn bamagaare carre nm re pre g mgten * menti
Le ministère de la marine s’est montré d’unegran de sollicitude pour tout ce qui touche à l’habillement des naufragés. Le maître du phare distribue à chaque homme, dès son arrivée, un excellent gilet de laine bleue, un pantalon en serge, une paire de caleçon, deux vestons de flanelle, des bas, des bottes, des mocassins, des raquettes, un bonnet de fourrure, des mitaines et une chaude vareuse. Pour peu qu’un homme ait de l’énergie et ne se laisse pas abattre par par l’oisiveté et l'isolement, il peut ainsi passer un hiver assez confortable, et la chasse, la pêche et la coupe du bois de corde peuvent toujours le tenir en haleine et empêcher ses muscles de s’engourdir.
La vue de cette chambre désolée où un interminable hiver s'était passé, avait rappelé au lieutenant Després tout ce qu’il y avait souffert. Devant ses yeux repassait le naufrage de l’A/exina, l’attérage miraculeux de son unique embarcation, la maladie de Deroy, sa triste agonie et la nuit terrible de l’ensevel'ssement. Tout en songeant à ces choses, ses pas distraits l'avaient mené jusqu’à l’endroit où dormait son camarade de danger, et je lui aidai à planter une croix sur ce tertre solitaire, pour indiquer au passant qu’un chrétien s'était endormi là, sur les bords de la mer, en attendant paisiblement l’heure solennelle de la résurrection.
Mais ces réminiscences d’une troisième croisière, que je dois, pour ne pas me répéter, mêler sans cesse à ceux de mon premier voyage, me font oublier qu’il nous faut retourner à bord. Gagnier et son excellente famille ont reçu nos adieux. Les avirons frappent le flot en cadence, et pendant que nous tournons le dos à cette
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d'argent où j'étai maisiln
terre inhospitalière de l’Anticosti qui pour nous a menti si gracieusement à sa réputation, jeso ze à ce que l’avenir peut réserver à cette île qui a une longueur de cent vingt-deux milles, une largeur de trente, et une circonférence de deux cent soixante-dix. Privée de ports et en-
.tourée d’une redoutable ceinture de récifs, j'ai bien peur
que tous les efforts faits pour la coloniser ou la défricher restent infructueux. Depuis le jour où elle fut découverte et baptisée par Jacques Cartier du nom de l’Assomption, l’Anticosti n’a guère changé d’aspect. C’est toujours cette terre que Champlain trouvait ‘‘ blanchâtre comme les fal:::es de la côte de Dieppe,” et que le routier de Jean Aiphonse de Saintonge nous présente dans son langage poétique, comme étant ‘‘ assise sur des rochers blancs et d’albâtre, couvertes d’arbres jusques au bord de la mer.’”’ Seulement ces représentants du règne végétal sont en certains endroits tellement rabougris et tellement enchevêtrés les uns dans les autres, qu’on peut marcher des arpents sur leurs cîmes métamorphosées en ressorts élastiques.
Quelques-uns ont prétendu que l’île renfermait des richesses minérales, mais je ne sache pas qu’il se soit fait quelques travaux en ce sens, depuis le jour où Charlevoix crut devoir livrer à la postérité la désopilante histoire de la première tentative.
—““Il courut un bruit il y a quelques années, assure cet écrivain, qu’on avait découvert à Anticosti une mine d'argent, et faute de mineurs on fit partir de Québec, où j'étais alors, un orfèvre pour en faire l’épreuve ; mais il n’alla pas bien loin. Ils’aperçut bientôt au
154 DE TRIBORD A JABORD
discours de celui qui avait donné l'avis, que la mine n'existait que dans le cerveau blessé de cet homme, lequel lui recommandait sans cesse d’avoir confiance en Dieu. Il jugea que si la confiance en Dieu pouvait par miracle faire trouver une mine, il n’était pas nécessaire d’aller jusqu’à l’Anticosti, et il revint sur ses pas.”
Pendant l'été, l’île d'Anticosti est parcourue par des bandes nomades de pêcheurs qui exploitent le saumon, la morue, le maquereau, le homard et le hareng. Au printemps, les chasseurs de loups-marinsarrivent à leur tour, et avec ces poissons et cet amphibie, la chaux, la tourbe, la pierre de taille et les collections
de fossiles, demeurent, à tout prendre, les seules et
véritables richesses de l’île.
L'hiver, la population sédentaire ne dépasse guère soixante-quinze personnes. Pareil nombre compte peu ‘aux yeux de la statistique ; mais n’oublions pas que l’île d’Anticosti réserve pour le jour du jugement dernier la terrible quote-part qu’elle doit au recensement des humains. Alors, de ses rives désertes se lèveront officiers, soldats et matelots, portion considérable de l’immense foule des fils de ces pauvres
gens qui,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus.
Une ma dej anir mer giqt Qua Le terri Mar ciale bitat tribu d’un sugg Oise.
Cap naufi mea — E Bayñ Déco en a que 5 pense Deux plain Les c — Irr ration Diver procè:
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Une marine, — Comment s’estropient les noms.— L'île Brion J de jadis et l’île Brion d’aujourd’hui, — Grandes bêtes, — Les animaux qui s’en vont. — Un axiome incontestable, — Pro- 4 | menade dans Brion, — Ses habitants, — Dissertation géolo- | ; gique. — Au rocher! — Trois cent quarante ans avant, — | r Quatre-vingt-douze ans après. — Le Rocher-aux-Oiseaux. —
Le Blanc devient rancunier. — À l'escalade ! — Moment |
terrible, — Le royaume des ailes. — Journées de juin, — |
Margot! Margot! lève ton sabot, — Dépression commer- | y ciale. — Grives et fauvettes. -— Le phare du Rocher. — L’ha- . | e bitation du gardien et ses dépendances. — Væ sodi / — Les { : |
tribulations d’un instituteur, — Son rêve. — Bombardement
d’un nouveau genre, — Courage de nos hommes. — Une
= suggestion, — Comment peut être utilisé le Rocher-aux- | Oiseaux.— Paysage, — Déviation, — L'ile Saint-Paul.— Le
k Cap Breton. — Une vision. — Le vieux Louisbourg. — Le |
1S naufrage du P. Noyrot. — Perte de la flûte du roi le CXa-
st meau. — Catastrophe de l’Auguste. — Un mauvais cigare.
| — Encore une marine. — Coup de crayon de l'amiral
Bayfeld — Se défier de la pastorale. Pris au talon. —
Décourazement, — Le Vapoléon 7/7 en danger. — Vapeur
€ l en arrière !— Les caliers improvisés. — Où il est prouvé
que 5 heures et 10 minutes sont plus longues qu’''n ne le
pense. — Le doigt de la bonne Sainte-\nne-du-Nord, —
ao Deux ouragans — Visites de Jacques Cartier et de Chum-
plain au groupe de la Madelaine. — À qui concédé. —
Les caprices d’un capitaine anglais. — Nouvelle concession.
— Irréparable injustice. — Le parlement s’informe.— Décla-
se rations de certains habitants des îles dé la Madelaine. —
Diverses espèces de baux. — Deux ‘ristes cas. — Plaintes er
procès, — Apathie. — Les rois et les parias de l’archipel —
ES Où un Irlandais fait une certaine réflexion — C'mmence-
ment de désertion. — L’unique remède, — T'Anse-à-la
Cabane, — Père et mère tu honoreras — M. Vigneault. —
Réminiscences de la Garonne. — Notre compatriote l’Ara-
dien, — Ses traviux.— Une vieille amitié. — L'ile d’Entrée,
— La pierre Meulière. — Ja maison Leslie. — Causerie en }
famille, Un portrait de femme. — Départ. — Etonne-
ments. — L'ile du Corps Mort. — Vers la Nouvelle-Ecosse, |
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Pour ravitailler le Rocher-aux-Oiseaux, il faut que la La mer-soit parfaitement calme ; car au moindre souffle | che
qui court sur la surface du golfe, la vague agit comme un bélier contre la falaise escarpée de l’ilot et réduit en atome tout ce qui commet l’imprudence de passer à portée de son étreinte. Il ne faut donc pas s'étonner si, dix heures après son départ d’Anticosti, le Vapo/éon ZZ7 luttant contre une petite brise, faisait l’île Brion et allait jeter l’ancre dans une des criques de ce groupe. Il était alors cinq heures de l’après-midi. Devant nous se détachaient les flancs rougeûtres de l’île, qui tranchaient à ravir sur le fond bleu de la mer, et vu du tillac, le paysage qui nous entourait, semblait devenir l’avant-plan d’une marine superbe, dont le fond se serait composé des îles de la Madelaine et du Rocher-aux-Oiseaux.
Ce fut le 25 juin 1534 que Jacques-Cartier découvrit cette partie de l’archipel de la Madelaine. Il lui donna le nom de Brion en l’honneur de l’amiral de France du temps, le vicomte de Chabot seigneur de Brion, mais comme ici-bas tout se perd, même la mémoire des amiraux, cette île est connue par la plupart de nos marins canadiens français sous le nom de Brillante, pendant que les cartes anglaises la désignent sous le nom de Bryon Island, et que la géographie élémentaire à l’usage des élèves des frères de la doctrine chrétienne, au Canada, l’appelle poétiquement l’île de Byron. En y débarquant, Cartier et ses compagnons
furent si émerveillés par sa prodigieuse fertilité, que le capitaine malouin crut devoir rappeler dans le ‘€ Discours de son voyage ‘’ le souvenir de ce qu’il y vit ce jour-là,
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—‘ Ces îles sont de meilleure terre que nous eussions oncques rencontrées, en sorte qu’un champ d’icelles vaut plus que toute la Terre-Neuve. Nous la trouvàmes pleine de grands arbres, de prairies, de campagnes pleines de froment sauvage et de pois qui étaient fleuris aussi épais et beaux comme l’on eût pu voir en Bretagne, et qui semblaient avoir été semés par des laboureurs. L'on y voyait aussi grande quantité de raisins ayant la fleur blanche dessus, des fraises, roses incarnates, persil et d’autres herbes de bonne et forte odeur.’
Hélas ! depuis le jour où Cartier mit le pied dans ce lieu enchanteur, Brion a perdu ses airs de paradis terrestre. Ses grands arbres sont disparus les uns après lesautres; ses vignes se sont desséchées et ses roses incarnates sont mortes, étouffées par les âpres baisers de la bise du Nord. Seule, la terre de l’île a su conserver sa fécondité, et ses prairies sont restées fameuses dans tout le golfe Saint-Laurent ; car elles fournissent à l'élevage une nourriture saine, qui peut soutenir la comparaison avec les meilleurs gazons anglais. Aussi le bétail qu'on y fait paître est-il superbe, et ses moutons ne dépareraient pas l’étal du plus difficile de nos bouchers canadiens, un jour de foire de Pâques.
Jadis, Brion jouissait d’une autre célébrité, et L’était là que se réunissaient ces troupeaux de vaches marines qui faisaient naïvement consigner la remarque suivante dans le livre de loch de Cartier :
—‘{ A l’entour de cette île il y a plusieurs grandes bêtes comme grands bœufs, qui ont deux dents en la
er » = En ve Conan
am. = SES]
bouche comme d’un éléphant, et vivent même en la mer.’
Champlain fait la même remarque quelque part, et longtemps après eux, on venait à l’abri des falaises de cette île se livrer à la chasse productive de l’ivoire. Depuis plus d’un siècle les morses ont disparus : ils ont cherché un refuge dansles solitudes arctiques, et à peine d'années en années trouve-t-on sur les rivages du Labrador ou sur la côte d’Anticosti une défense ou un crâne entraînés là par les courants ou les glaces, pour indiquer au voyageur que le golfe Saint-Laurent a perdu l’une de ses plus précieuses ressources. Pourchassés sans trêve ni merci, comme l'était autrefois la baleine, comme l’est aujourd’hui la morue, le flétan et le loup marin, les vaches marines ont fini par suivre la loi commune des animaux qui doivent s’éteindre dans un avenir assez rapproché.
—‘{ C’est ainsi, nous assure M. l’abbé Provencher — un savant canadien, dont le clergé et la patrie s’honorent à bon droit—c’est ainsi que le lion qu’on ne voit plus qu’en Afrique, se trouvait autrefois en Grèce: l’auroch qui paît encore dans les forêts de la Lithuanie, se rencontrait jadis en France ; le loup a disparu de la Grande-Bretagne ; le cerf à bois gigantesque a déserté l'Europe ; le castor n’y est plus qu’extrêmement rare, de même que la tortue, la loutre et le lynx ; le bouquetin ne se voit plus que dans les Pyrénées et les Alpes et l’ours dans les montagnes de la Suisse ; enfin il y a plus d’un siècle que l’ojseau appelé le douée a disparu de
l'Ile-de-Fr Le cachalo golfe depu pêchait aut à présent chassait j trouve plus y sont devé Saint-Laurd mun sur les que rareme
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l'Ile-de-France (1) La même chose se voit en Amérique. Le cachalot, .a vache marine n’ont pas été vus dans le golfe depuis plus de soixante ans; la morue qui se pêchait autrefois jusqu’à Kamouraska, se rend à peine à présent à Rimouski (2) ; le cerf du Canada qu’on chassait jadis sur les bords du Saint-Laurent ne se trouve plus que dans l’ouest ; le castor et l’orignal y sont devenus rares ; le lynx roux a quitté l’est du Saint-Laurent, et le dindon sauvage qui était si commun sur les bords du lac Huron, ne s’y rencontre plus que rarement.’?
A ces judicieuses observations de l’abbé Provencher j'ajouterai l’expérience des enseignements de l’histoire. Pendant plus d’un siècle et demi l’anguille fut une des principales ressources de nos habitants, qui en prenaient des quantités prodigieuses entre Trois- Rivières et Québec, et en 1646 le Journal des Jésuites rapporte que la seule pêcherie de Sillery en donna
(rt) Lady Burdett Coutts, dans une lettre au 7?mes, appelle l'attention sur l'habitude qu'ont prise les dames d'orner leurs chapeaux d'oiseaux et d'ailes d'oiseaux.
La question, dit Sa Seigneurie, est aussi intéressante pour les naturalistes que pour la Société protectrice des animaux. La race des oiseauxmouches sera, selon toute probabilité, exterminée, L’ année dernière, le professeur Tomlinson a fait au comité des dames, dont je suis présidente, une communication portant que quarante mille de ces charmants oiseaux avaient été consignés à une maison seule,
Un savant ornithologiste anglais, John Newton, a calculé que le mois dernier, dans une seule vente aux enchères publiques à Londres, on avait adjugé 15,574 oiseaux-mouches, rubis, topaze ou émeraude, 25,009 perroquets, 7,000 martins-pêcheurs et 10,000 aigrettes.
Il paraît que des ventes aussi importantes ont lieu chaque semaine à Londres. En Espagne, !l se fait une destruction i ineroy ol le de chardonnerets, de mésanges, de rouges-gorges et même d’hirondelles, A Jaën, à Malaga et dans tout le midi de Ja Péninsule, on voit chaque jour sur les marchés des milliers de ces oiseaux que l'on vend 5 et 10 c. la pièce pour servir de jouet aux enfants espagnols, qui les martyrisent et finissent par les tuer (Le Fieia),
{2) Elle ne dépasse guère Matane, maintenant.
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quarante milliers ! Que devient aujourd’hui cette branche importante d’un commerce jadis si lucratif ? Faute d’avoir été protégé, l’anguille va diminuant de jour en jour. Du temps de Charlevoix, les marsouins et les pourcils venaient prendre leurs ébats jusque dans la rade Q'iébec ; aucun de.ces souffleurs ne se hazarderait maintenant au-delà de Sainte-Anne-de-la- Pocatière. En 1720, Tadoussac était encore remarquable par la pêche de la baleine ; qui peut se vanter maintenant d’avoir harponné l’un de ces cétacés, dans les eaux de l’ancien moulin Baude ? Enfin l’île Rouge qui, au XVIIème siècle, était célèbre par ses pêcheries au loup-marin nel’est plus guère que par sa solitude et ses raufrages (1).
Quand donc nos lacs, nos rivières, nos mers et nos forêts seront-ils controlés par de sages règlements, et quand donc nos parlements et nos conseils d'état se mettront-ils bien dans la tête cet incontestable axiome :
— Légiférer pour les bêtes, c’est protéger l’homme.
En attendant la solution de ce problème élémentaire d'économie politique, les habitants de Brion ont fait leur deuil de la vache marine, et ont essayé de se rattraper sur l’agriculture.
Quelques-uns d’entre eux étaient déjà à bord, et nous offraient leurs services. L’un surtout, M. William Didgewell, insistait pour nous mener à sa métairie qui se trouve à un mille et demie dans l’intérieur, nous
(1) — Au mois de juin, M. Abraham avec deux de ses gendres, s’en alla pour la première fois à la pêche des loups-marins ; il en prit la veille de la Saintss atarante à l'île Rouge, et il en fit six barriques d'huile, Jowrma/ des
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invitant sarrazin, pastorale tion de d’un énc Au mon installer de ce gé:
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Parmi lé lîmes sur ] composait dans les cit ception d’u de Brion.
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1, et liam è qui nous
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invitant à venir y goûter du lait, des gâteaux de sarrazin, et à nous laisser aller aux douceurs de la pastorale. Nous acceptâmes de grand cœur, à l’exception de Gravel qui se fit débarquer sur la grève, près d'un énorme billot que la mer avait porté au plein. Au moment où nous le quittâmes, nous le vîimes installer sans façon un calepin de voyage sur le dos de ce géant de la forêt, et commencer à dessiner la petite rade où nous abordions. Mais notre ami comptait sans la bise de mer. L'air était déjà vif et pur ; bientôt il tourna au froid, puis au piquant, et comme au couchant du soleil, le vent s'était accentué, un léger engourdissement vint alors se glisser en tapinois au bout des ongles de maître Agénor. Il n’y avait plus d’illusion à se faire ; c'était l’onglée qui arrivait, et pendant que ious flânions à notre aise et que nous causions avec nos hôtes de l’île, notre malheureux camarade s’amusait à arpenter fièvreusement la grève, tout en faisant au Wapoléon ZIZ des signaux qui se perdaient dans le crépuscule, et jurant mais un peu tard qu’on ne le prendrait plus -— sous cette latitude — à dessiner pour l'album de l’auteur du Crevalier de Mornac.
Parmi les notes et les informations que nous receuillimes sur Brion, nous apprîimes que sa population se composait d’une cinquantaine de personnes, réparties dans les cinq maisons de l'île. Elle est écossaise, à l’exception d’un français qui habite seul, à l’autre extrémité de Brion. La pêche, l’amour du travail et une grande connaissance de l’agriculture mettent ces insulaires à
l’abri du besoin ; car chacun jouit ici d’une modeste aisance et de la plus complète liberté, Ces braves gens ont résolu le problême difficile de vivre sans l'entremise du code municipal, et ce n’est pas vers leur île que doivent se dériger les avocats en quête d’un cours d’eau en litige ou d’un procès de bornage. Néanmoins, l'isolement les a rendus défiants.envers les étrangers, et l’un d’eux me demandait si un piège ne se cachait pas sous la série de questions imprimées que lui avait officiellement adressées le comité chargé par l’Assemblée Législative de la province de Québec de s’enquérir de la tenure des terres dans l'archipel de la Madelaine. J’eus beau lui donner les meilleures raisons du monde pour l’engager à y répondre, je ne pus le convaincre, et je ne crois pas qu’un seul habitant de Brion ait pris la peine de se déranger pour venir en aide à la commission d'enquête.
Leur île a un peu plus de quatre milles de longueur sur une largeur de un mille et quart, et ses plus hautes falaises ne dépassent pas deux cent dix pieds de hauteur. Les flancs de Brion sont parsemés de cavernes et de trous qui indiquent l’action incessante de la mer sur cette terre poreuse, où l’eau fraîche est assez rare.
Les savants sont d'opinion que tout ce groupe de la Madelaine a dû former jadis une masse compacte, et je n’ai pas de peine à les croire, car l’amiral Bayfeld a constaté que Brion est relié à mi-chemin, d’un côté, aux îles de la Madelaine — distance de 103% milles, par une lisière de roche ou la sonde donne quatre brasses, et que, de l’autre côté, un second banc qui donne sept
brasse milles sous le là qu’ surtou n’emp qu'ils bouché que la d'aller leurs bé
De vers de sur Brio ce ne fl maîtreet cargu et par ul travers € nous gri saluait c faire l’e ailée,
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brasses la rattache au Rocher-aux-Oiseaux, sis à 1034 milles. Par un temps bien calme, l’œil distingue sous le flot ces dangereux récifs, et on peut déduire de là qu'une tempête doit être terrible dans ces parages, surtout avec une mer qui crève ainsi du fond. Cela n'empêche pas les habitants d’être aussi hardis marins qu’ils sont habiles agriculteurs. Leur principal débouché est Amherst, une des Madelaine, et il faut que la brise soit bien carabinée pour les empêcher d'aller échanger sur ce marché leur poisson, leur foin, leurs bestiaux et leurs denrées. |
De frais qu’il était, le vent tomba complétement vers deux heures du matin. Notre longue promenade sur Brion nous avait donné un sommeil de plomb, et ce ne fut qu'après bien des efforts réitérés que notre maître-d’hotel parvint à nous faire hisser nos pantalons et carguer nos bonnets de nuit. Avec une mer calme et par un soleil radieux nous venions d'arriver par le travers du Rocher-aux-Oiseaux. Cinq minutes après, nous grimpions sur le pont, et un cri d’admiration saluait ce récif étrange, jeté au milieu de la mer pour faire l’effroi des matelots et le bonheur de la gente ailée.
Nous étions rendus au 25 juin, et ce matin-là, il y avait précisément 340 ans que ces rochers avaient été découverts par Jacques Cartier qui, poussé par un vent du nord-ouest, avait été obligé de courir quinze lieues dans le sud-est, et s'était ainsi approché ‘‘de trois îles, desquelles y en avait deux petites droites comme un mur, en sorte qu’il était impossible de monter dessus,
et entre icelles, un petit écueil. Ces îles, ajoute ce marin, étaient plus remplies d’oiseaux que ne serait un pré d’herbe, lesquels faisaient là leurs nids, et en la plus grande de ces îles, il y en avait un monde de ceux que nous appellions A/argaux, qui sont blancs et plus grands qu’oysons, et étaient séparés en un canton, et en l’autre part y avaient des Godets….... Nous descendîmes au plus bas de la plus petite et tuâmes plus de mille Godefs et Apponats (1), et en mîmes tant que voulûmes en nos barques, et en eussions pu en moins d’une heure remplir trente semblables barques. Ces îles furent appelées du nom de Margaux (2).”
Ceci se passait en 1534: quatre-vingt-douze ans plus tard, en 1626, Champlain croisait dans ces parages et ne constatait plus que la présence de deux îlots, au lieu des trois relevés par Jacques-Cartier. L'un s'était effondré dans la mer, et ses habitants surpris par ce cataclysme, avaient tourbillonné un instant sur le gouffre qui venait d’engloutir leur domaine, puis, oublieux comme tout être créé, ils étaient partis à tire-d’aile pour aller demander l’hospitalité aux camarades restés en possession des deux rochers qui sont encore debout aujourd’hui. De même que Cartier, Champlain trouva en passant par là, ‘ telle quantité d’oyseaux appelé Zangneux qui ne se
(1) On les nomime perroquets aujourd'hui; c'est le grard snacarenux du nord,
(2) Discours du voyage fait par le capitaine Jacques-Cartier, en la terre du Canada, dite Nouvelle France, en l'an 1534, p. 9, publié par la Société littéraire et historique de Québec,
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