‹ De tribord à bâbord [microforme]Chapitre 25 sur 53 · TER SEE RERO ARE · texte numérisé non relu

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troisième plus aristocratique, ne voulait servir de suaire qu'aux naufragés de l’Aweuste, et courait porter sur la grève désolée les dépouilles de messeigneurs de Varennes, de Portneuf, de la Verendrye, d’Espervenche, de la Corne de Saint-Luc, de Marolles, de Pécaudy de Contrecœur, de Saint Blin, de Villebond de Sourdis, de la Durantaye et des nobles et puissantes dames de Saint Paul, de Mezières, de Sourdis et de Senneville. A côté de ces noyés de haute lignée flottaient épars les corps des grenadiers des régiments du Béarn et du Royal Roussillon, glorieux débris échappés aux batailles des plaines d'Abraham et de Sainte-Foye pour servir de pâture aux requins du golfe Saint-Laurent et blanchir de leurs os les rives désertes du Cap Breton.

Franchement, le cigare que je fumais ne me tournait pas les idées à une folle gaieté. J'en secouai les cendres sur le plat-bord et, le lançant à la mer, j'allais essayer de jeter avec lui l'étrange vision qui m’obsédait, lorsque j’aperçus le ravissant groupe des îles de Il: Madelaine. Le soleil était à son couchant, et les collines rouges qui bordent la grève se détachaient admirablement sur le vert des prairies qui prenaient une teinte mordorée sous les rayons solaires. Le steamer venait d'arriver dans l’Anse-à-la-Cabane. En face de nous était le phare, et un peu à gauche le village Acadien éparpillé le long du demi-cercle formé par la crique. Tout autour du Vapo/éon IIZ des berges aux voiles peintes en rouge couraient chargés de poisson et laissaient arriver sur la grève. On ferlait la toile, puis on démâtait, et tout aussitôt de robustes pêcheurs au teint

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hâlé, aux bras nus, faisaient la chaîne et jetaient la morue, le hareng, le homard aux femmes qui les ramassaient et les empilaient sur le rivage. Dessinez à l’extrémité de ce paysage une petite grotte, sombre, mystérieuse qui montre aux poissons sa gueule béante ; jetez un peu plus loin un rocher percé à jour, en ayant soin de laisser entrevoir à travers son arche les franges

bleues de la mer, et vous aurez une marine de ces plus originales.

Bien d’autres voyageurs que nous ont été frappés par l’aspect poétique des îles de la Madelaine, et l’un d'eux, le savant amiral Bayfield qui a été chargé d’en faire le relevé hydrographique, ne pouvait s'empêcher de consigner en ces termes, dans son ‘“Pr/ofe du Saint- Laurent,'’ les impressions que luiavait causé l’approche de ce groupe :

—Par une journée chaude et ensoleillée, l’œil ne peut se rassasier de contempler ces falaises multicolores où le rouge est la couleur dominante, et où le jaune blafard des lagunes de sable fait antithèse au vert tendre des pâturages, au vert sombre des bois et au bleu saphir du ciel et de la mer. Ces contrastes produisent alors un effet extraordinaire et contribuent à donner à cet archipel un cachet artistique, qu’on ne saurait retrouver aux autres îles du golfe Saint-Laurent. Par les jours de gros temps, lorsque le vent d’est fouette et fait rage, le paysage change, il est vrai, mais n’en reste pas moins aussi caractéristique. Alors les pics isolés des îles, leurs falaises échiffées, se glissent apparaissent confusément à travers la pluie et le brouillard, et semblent reliés entre eux par une ceinture de

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