‹ De tribord à bâbord [microforme]Chapitre 26 sur 53 · REA ERET NE TRE · texte numérisé non relu

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brisants qui masquent presqu’entièrement les bancs de sables et les lagunes. Garde à vous matelots! et n’approchez pas alors impunément de la Madelaine. En voulant la serrer de trop près vous talonneriez, et vous seriez naufragés avant d’avoir pu même éventer le danger.

C’est ce qui arriva au Vapoléon IIZ,lors de sa croisière de 1875. En voulant lui faire prendre la passe du chenal de Sandy ook, le capitaine Desprès— un brave et excellent marin dont le nom reviendra plus d'une fois sous ma plume, dans le cours de ces récits — rasa de trop près un banc de sable qui change avec les années. Pris au talon dans sa course, le Vapoléon ZIZse mit à battre l’obstacle en brèche, mais une secousse de la vague dégageant son arrière, porta son milieu sur un bourrelet de sable. Cette nouvelle situation pouvait avoir pour lui les plus fâcheuses conséquences, car ses deux extrémité cessant d’être soutenues, le steamer devait inévitablement fléchir et se casser. Sur l’ordre du capitaine, la machine est renversée, deux canots commandés par le lieutenant LeBlanc sont mis à la mer et font le tour du Vapoléon ZZZ. A un quart d’encablure de nous, on annonce partout trois brasses de fond (1). Il devenait évident

(1) La société royale de Londres exposait dernièrement un bathomètr: inventé par le docteur Siemens pour indiquer la profondeur de la mer, sans faire usage de la ligne de sonde. Cet instrument d’après le Fowrnal officiel de la république rançaise, consiste en une colonne de mercure contenue dans un tube d’acier s’élargissant aux deux extrémités en forme de coupes. La coupe inférieure est fermée par une mince feuille d'acier.

Le mercure est influencé par l’eau de mer suivant sa ‘ profondeur, et les indications de l'instrument sont marquées au moyen d’un contact électrique, de telle sorte que le capitaine, dans sa chambre, peut vérifier la profondeur des eaux dans lesquelles il navigue, sans avoir à subir les lenteurs d’un sondage. Il paraît que cet instrament a été expérimenté dans deux voyages à

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que nous étions saisis par le bout du banc de Sandy Hook, et déjà le brouillard se dissipant, nous laissait apercevoir la lumière rouge du phare de l’île d’'Entrée. Une petite ancre de touée est alors portée à l'arrière ; la vapeur est reversée de nouveau, et la manœuvre est conduite de manière à ce que nous puissions égrener l’extrémité du banc, en pivotant sur notre axe. Mais peine inutile, le cable de touée, mal soutenu, se prend dans l’hélice, se rompt, et bien que tout le monde fasse son devoir, le découragement s’empare de quelques-uns. Un conseil rassemblé à la hâte décide d'attendre la marée du lendemain, ce qui était plus facile à dire qu’à faire, car la houle travaillait lourdement une de noshanches, et c'était vraiment pitié que d’entendre et de sentir sous ses pieds craquer cette puissante membrure.

Mais ici-bas, il ne faut douter de rien, et si l'Océan à souvent de folles colères, souvent il présente aussi des ressources inattendues. Un paquet de mer vient frapper le steamer par le travers, lui fait violemment

prêter la bande et le force à se relever. Tout trem-

blant sous ce terrible coup de bélier le Vapo/éon 711 frémit depuis la quille jusqu’au mât de hune ; mais

bientôt on sent le pont glisser sous nous.

— Le Vapoléon II] remue, s’écrie notre camarade Brault d’une voix formidable, et cette exclamation

travers l’Atlantiqne, et que ses résultats, controlés par les sondages ordinaires, ont été reconnus exacts à 1/10e près, résultat aussi approximatif qu’on pouvait, dit-on, l’espérer, ‘‘ parce que la ligne de sonde donne la profondeur directement au-dessous du bâtiment, tandis que le bathomètre donne les differentes profondeurs prises sur une certaine superficie qui dépend pour l'étendue de la profondeur elle-même.” Au moyen de ce nouvel instrument, on espère pouvoir déterminer avec un certain degré de précision la situation d’un vaisseau, quand les observations astronomiques sont impossibles.

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