ER SIN PRE VE ME NM TU
Par leur position les îles de la Madelaine sont exposées aux coups de vent, et deux tempêtes sont restées célèbres dans les annales de l’archipel.
La première est celle du 23 août 1873, qui dura trois jours sans désemparer, et surprit quatre-vingt-quatre navires ancrés dans la baie de Plaisance. Dès les premières rafales, quarante-huit d’entre eux se mirent de suite à chasser sur leurs ancres ; dix allèrent s’ensabler sur la rive de la baie, et trente-huit firent côte dans le hâvre d’Ambherst, où ils trouvèrent vingt-six de leur camarades revenus au mouillage, pendant que dix seulement avaient pu résister sur leurs fonds. Au milieu des péripéties de cette épouvantable ouragan, qui le croirait? on n’eut à déplorer que la mort de trois personnes. ‘‘ Quelques-uns de ces malheureux navires, rapporte M. ie commandant Lavoie, après avoir été ballottés de tout côté et avoir perdu leurs ancres, allèrent se jeter sur le rocher à fleur d’eau, au pied de la côte des Demoiselles, où la lame venait briser à une hauteur de cent pieds ! Sans MM. Aimé Nadeau et James Cassidy qui virent venir à terre le Drp/oma, l' Ellen Woodward et \ Emma Rich, les équipages de ces navires auraient certainement péri. Ces deux hommes courageux descendirent le cap, à l’aide d’une corde, et aidés du chien de terre-neuve de Cassidy qui saisissait un à un les naufragés dans le ressac, ils purent opérer leur sauvetage et arracher à une mort certaine, trente et une personnes. L'année suivante, le 18 juin, nne seconde tempête vint fondre sur l’archipel; mais ces ravages ne furent pas aussi considérable, et pendant les quatre jours qu’elle dura, elle ne
nut van!
ditun € unr le N une Cap sait en f:
comr étang que d îles as il Y ' pointi fut ap au jo
Plus frappé îles re les dés déjà di plus q présen au ter
sont sont
trois aatre prent de abler ins le > leur e dix milieu qui le trois Avires;, Dir été ncres, jed de iser à leau et ploma, sde ces pmmes orde, y qui AC; ils e mort nte, le r l’arnsidéelle ne
put mettre à la côte que deux goëlettes, et balayer la
plupart des filets et des engins de pêche qui étaient à la mer.
Ce fut le 28 juin 1534 que Jacques Cartier reconnut les îles de la Madelaine, que deux jours auparavant il avait pris pour la ‘.,:. ferme. ‘* Nous allâmes dit-il le long desdites te .. * viron dix lieues, jusqu à un cap de terre rouge qui t roide et coupé comme un roc, dans lequel on voit a entre-deux qui est vers le Nord, et est un pays fort bas; et il y a aussi comme une petite plaine entre la mer et un étang, et de ce Cap de terre et étang jusqu’à un autre Cap qui paraissait a environ quatorze lieues, et la terre se fait en façon d’un demi-cercle tout environné de sablon comme une fosse, sur laquelle l’on voit des maraiset étangs aussi loin que se peut étendre l’œil. Et avant que d’arriver au premier Cap, l’on trouve deux petites îles assez près de terre. A cinq lieues du second cap il y a une île vers Sud-Ouest qui est très-haute et pointue, laquelle fut nommée Alezay, et le premier cap
fut appelé de Saint-Pierre, parce que nous y arrivâmes
au jour et fête du Saint.”
Plus tard, en mentionnant ce groupe, Champlain frappé sans doute par l’aspect singulier qu'offrait ces îles reliées entre elles par d'immenses lisières de sable, les désigne sous le nom de ‘‘ Ramées-Brion ;’’ mais déjà du temps de Denys, en 1672, elles ne s’appelaient plus que les îles de la Madelaine, et alors comme à présent, le seul souvenir gardé par les marins oublieux au temps où Champlain croisait dans ces parages,
> Donges A ADO EEE VE ET POS TR DGSE Te ee D RENE M TA EE Re ne EC Le ROUTE ENERGIES ETAT EAN RDS Gt CC US EN L PAT PR LENS APS OT ve:
était le nom de l’île Aubert, que de nos jours les Anglais appellent Amherst island, nom que les habitants français du groupe se refusent à reconnaître.
Denys assure, dans sa description de l'Amérique Septentrionale, qu’il chassa plusieurs fois les Anglais de la Magdeleine, ‘‘les Français étant en possession de ces lieux là de temps immémorial;”” néanmoins la plus ancienne concession de cet archipel remonte à la date du 19 janvier 1663, et en feuilletant le deuxième volume des mémoires des commissaires du Roy (x), je vois que ce jour-là un acte a été passé au bureau de la compagnie de la Nouvelle-France, donnant en pleine propriété au sieur Doublet,capitaine de navire, l’île Saint-Jean, — aujourd’hui l’île du Prince Edouard — les îles de la Madelaine, les îles des Oiseaux et celles de Brion, toutes sises dans le golfe Saint-Laurent. Cette concession était faite au capitaine normand ‘à condition de n'’exercer aucune traite ou négoce avec les Sauvages.’”” Doublet embarqua sur deux navires tout ce qui pouvait servir à la nouvelle colonie, mais en jetant l’ancre à l’île Percée, on lui apprit que la compagnie de la Nouvelle-France avait outre-passé ses droits, et que le sieur Denys, ‘‘ gouverneur lieutenant-général pour le Roy et propriétaire de toutes les terres et isles qui sont depuis le cap de Campseaux jusqu’au cap des Roziers,’’ était depuis dix ans en possession du groupe de la Madelaine. Le capitaine Doublet ne se découragea pas pour si peu, et faisant voile vers ces îles, y débarqua ses pêcheurs basques et
(1) Consulter la page 521 de ces mémoires.
Du gra:
acc com d'O îles [#4 C' de I de le des Mall de ] intér eux a pas L'île ment fuyan Pe y véc voulu chipe Fr
Patentes faveur dd
s les nabi-
rique ais de on de a plus a date xième )Y (x), bureau ant en navire, douard + celles aurent.
ormand négoce r deux olonie, prit que re-passé lieutebutes les pseaux ans en apitaine faisant ques et
normands, et pendant deux ans y dirigea, en compagnie de son intendant M. Brèvedent, l'exploitation de la pêche ; mais le succès ne répondant pas à ses efforts, la colonie se dispersa.
Que devinrent ces immenses possessions entre les mains de ses héritiers? L'histoire ne le dit pas ; mais ce que l’on sait, c’est que le 18 août 1717, le sieur Duchesnay, tout en demandant au Roy le titre de grand’ maître des eaux et forets, priait Sa Majesté de lui accorder la concession de ces îles, et qu’en 1719, le comte de Saint-Pierre, premier écuyer de la duchesse d'Orléans, formait une compagnie pour exploiter les iles de Saint-Jean, de Miscou et de la Madelaine. ‘ C'était, dit Garneau, à l’époque du fameux système de Law, et il était plus facile de trouver les fonds que de leur cc “erver la valeur factice que l'engouement des spéculateurs y avait momentanément attachée. Malheureusement l’intérêt qui avait réuni les associés de la compagnie Saint-Pierre, les divisa ; tous les intéressés voulurent avoir part à la régie, et peu d’entre eux avaient l’expérience de ces entreprises. On ne doit pas en conséquence être surpris si tout échoua. L'île tomba dans l'oubli, d’où on l’avait momentanément tirée, jusque vers 1749, époque où les Acadiens fuyant le joug anglais, commencèrent à s’y établir (1).’”
Pendant quelques années ces malheureux proscrits y vécurent sans être molestés ; mais un jour, le hazard voulut qu’une frègate anglaise vint reconnaître l’archipel € de la Madelaine. Elle portait à son bord le
(1) Vide à la fin de cet ouvrage, la pièce justificative qui reproduitles lettres patentes de concession des îles de la Madelaine et de Brion ou Ramées, en faveur de M. le comte de Saint-Pierre.
PM OO TRS mp er >.
nouveau gouverneur du Canada, lord Dorchester, et était commandée par le capitaine Sir Isaac Coffn, qu’on n’avait pas encore jugé à propos de mettre à la porte de la marine royale (1), pour le réhabiliter plus tard en lui donnant le titre de baronet et le grade d’amiral. Ce jour-là, le temps était clair, le ciel serein, et un soleil chaud et bienfaisant enveloppait dans ses effluves les crêtes et les pics empourprés de ces îles. Toutes les lunettes de la frégate étaient braquées sur ce paradis terrestre, celle de Sir Isaac plus que toutes les autres ; puis quand elle eut scruté l'horizon et fouillé à l’a'se l'archipel qu’on prolongeait en ce moment, l'officier anglais la déposa gravement sur son banc de quart, et se tournant vers lord Dorchester, le supplia de lui concéder les îles qui gisaient alors devant lui. Comment refuser quelque chose à un capitaine de frégate qui n’a cessé de combler pendant toute une longue traversée ses hôtes distingués de soins, de grogs et de comfort ? Le nouveau potentat promit de faire droit à la requête de Sir Isaac, et le 31 juillet 1787, il la lui adressait officiellement ; mais comme l’oubli est commensal de haut lieu et hante fréquemment le cabinet des gouverneurs et des ministre, ce fut son successeur Robert Prescott qui y fit droit. Onze ans après, le 24 août 1798 ‘‘ l’île à la
(x) In 1773, Isaac Coffin was taken to sea by lieutenant Hunter of the Gaspé, at the recommandation of Admiral John Montague. His commander offieer said he never knew any young men to acquire so much nautical know-
ledge in so short a time. After reaching the grade of post-captain, Coffin for a R
breach of the regulation of the service, was deprived of his vessel and Earl Howe struck his name from the list of post-captains. T'his act being illegal, he was reinstated in 1790. In 1804 he was made a baronnet, and in 1814 became a full admiral in the British navy.
Drake—Nooks and corners of New England coast p. 34e.
Sh:
con
à ti
ayai
diti nant réser testa] gouve
les m fortifi geait, entrée raient abattre
et à l’e Peu 4 verne Parable mcCnt et appelle Poisson us 798, | & Peuvent vail néd que Par l'amour Un au voir le .
soixante.
Madelaine, l’île de l’Entrée, l’île du Corps-Mort, Shag Island, l’île de Brion et l’ile aux Oiseaux ” furent concédées à perpétuité, en franc et commun soccage, à titre de féauté à Sir Isaac Coffin et à ses hoirs et ayant causes. Ce royal cadeau leur était fait à la condition, que la partie de l’île de la Madelaine comprenant la pointe Nord-Est et Old Harry’s Point serait réservée pour le soutien et l’entretien d’un clergé protestant dans la province de Québec ; et si d’un côté le gouvernement britannique gardait le droit d’exploiter les mines, d'ouvrir des chemins et de construire des fortifications, d’un autre côté Sir Isaac Coffin s’obligeait, ‘sous peine de nullité, de permettre la libre entrée et sortie de ses îles aux sujets anglais qui désiraient venir y pêcher, et s’engageait à les laisser abattre et emporter le bois nécessaire à leur chauffage et à l’exploitation avantageuse de leurs pêcheries.”
Peu soucieux des droits des premiers colons, le gouvernement anglais venait de commettre un acte d’irréparable injustice, et de frapper à mort le développement et l'avenir de ce ravissant archipel, que le matelot appelle dans son langage pittoresque le Royaume du Poisson. Aussi, depuis cette fatale date du 24 août 1798, les habitants de la Madelaine, sachant qu'ils ne peuvent posséder leurs terres, ne se livrent qu’au travail nécessaire pour les faire vivre, et ne connaissent que par oui-dire les jouissances de la propriété et de l'amour du sol.
Un aussi triste état de choses devait finir par émouvoir le gouvernement de la province de Québec, et soixante-seize ans après la concession de ces îles, un
Or ee de rat FU SE AE LOUP VA MAD Dr hogieceiege, Abe de
RER qe D à M
+ ere mme ee mme eme ——————
bureau fut. chargé par le parlement de s’enquérir de la tenure des terres de l’archipel. Cinquante-deux habitants de la Madelaine s’empiessèrent de répondre à la série de questions imprimées que l’on avait fait distribuer à la population. Les uns demeuraient dans l’archipel depuis ving-cinq, trente-cinq et quarantecinq ans; d’autres depuis cinquante, cinquante-trois et soixante ans. Un seul, M. Jean Nelson Arseneau, y était né, et le doyen des résidents se trouvait être M. Bruno Terriau, qui habitait ce groupe depuis soixante-treize ans. Tous déclaraient qu’ils occupaient des lots comme locataires, en vertu de baux emphytéotiques, et leurs réponses portaient à la connaissance du gouvernement de curieuses révélations.
Ainsi, quelques colons avaient des billets de simple location qui leur donnaient droit d’obtenir un bail du propriétaire, tandis que d’autres avaient un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans. Ceux qui étaient porteurs d'un bail de cinquante-deux ans pouvaient le faire durer aussi longtemps qu’ils acquittaient la rente convenue, et les détenteurs d’un bail de dix ans étaient en droit d'exiger un bail perpétuel du propriétaire. Ce dernier mode semblait ne plaire que médiocrement aux agents de l’amiral Coffin, et chacun s'accorde à dire qu’il tend à disparaître peu à peu, car chaque fois que l’occasion s’en présente, ils échangent contre d’autres les baux de dix ans.
Généralement, ces contrats de louage renferment des clauses qui permettent au seigneur de l’archipel de reprendre ses terres, de jouir de leur amélioration
me
r de
deux
ndre
t fait dans ante- -trois neau, jt être lepuis paient mphynnais- S.
simple bail du bail de orteurs e faire te conétaient jétaire.
rement orde à ue fois contre
erment rchipel oration
a ————————————— ah
DE TRIBORD A BABORD 201 et de s'emparer, sans remboursement, des bâtisses et de la maison du locataire, si par malheur ce dernier n’a pu exécuter les clauses de son bail. C’est ainsi que deux des descendants des plus anciens pionniers des îles de la Madelaine, Louis Boudraut et François Lapierre, furent obligés — après bien des années de travaux et de privation — d'abandonner à l'amiral Coffin la terre où avaient vécu leurs ancêtres et que leurs enfants avaient améliorée de leur mieux. C’est ainsi que Fabien Lapierre faillit être dépouillé de tout son avoir. Cet homme s'étant décidé à partir, en 1863, pour explorer la côte nord du Labrador, avait laissé une terre qu’il occupait depuis vingt-cinq ans aux soins de deux de ses compatriotes, Basile Cormier et Emile Morin. Ils devaient en jouir à la condition de l’entretenir, de payer la rente et de la lui remettre lors de son retour. Pendant la première année tout alla pour le mieux : l’agent avait consenti à recevoir la redevance des deux mandataires de Lapierre, mais dès le commencement de la deuxième année, il rt .usa leur argent et prit possession de la terre, en faucha le foin, ouvrit de force la maison de l’absent et y mit sa récolte qu’il n’emporta qu’en hiver, puis vendit le tout, terre et dépendance à Désirée Giasson. L'année suivante Lapierre revint et reclama, mais en réponse, l'agent de l'amiral Coffin le menaça de l'empêcher d= couper du bois, et lui fit dire que s’il continuait à se plaindre, il le ferait chasser du pays. A force de supplications, néanmoins, ce pauvre homme aidé pas les conseils de son curé M. l’abbé Boudreault, finit par recouvrer la moitié de sa terre, à la condition
toutefois de consentir à un nouveau bail qui l’obligeait à payer un scheling par arpent l’an.
Quant à l’autre moitié de son bien elle était restée et est encore en la possession de l’acheteur Giasson qui s’en était légalement emparé moyennant la simme de cinq louis (1). On comprend tout le malaise que pareil régime doit faire peser sur l’archipel, et quelques-uns des habitants secouant leur torpeur, allèrent jusqu’à contester devant la cour de circuit de la Madelaine la validité destitres de l’amiral Coffin. Les uns plaidaient prescription, d’autres alléguaient l’illégalité des baux et leur tenure onéreuse qui était contraire à la colonisation et au progrès desîles. Les plus philosophes racontaient que pendant près d’un siècle leurs aïeux avaient cultivé en pleine propriété ces mêmes terres, que leurs descendants et leurs héritiers légitimes n'’occupaient plus que comme simples locataires, tandis que les plus normands assuraient qu’on avait dû consulter les ancêtres, et que ces derniers n’avaient jamais consenti de titre à l’amiral Coffin. Toutes cesréclamations ne servirent à rien ; la cour décida en faveur du propriétaire, et comme il arrive presque toujours, les plaideurs qui avaient peut-être une chance en appelant de ce jugement, ne purent, faute de moyens pécuniaires, s’adresser à un tribunal plus élevé. Les choses reprirent donc leur cour habituel.
(1) L’imagination n’entre pour rien dans ces récits, et je ne fais qu’analyser, et quelque fois citer textuellenent les réponses aux questions posées par le comité chargé de s’enquérir de la tenure des terrres dans les îles de la Magdeleine — 1874 — Vide p. 26 et 27.
Ce comité était présidé par l'honorable M. Pierre Fortin et se composait deshonorables MM. Irvir et Robitaille, ainsi que de MM. Alexandre Chauveau, Roy, Genüron, TI :. ‘lée et Cassidy.
un lc rente l'age petit.
trava
popul
me
'obli-
tée et n qui me de pareil s-Un 5 isqu’à ine la daient Jaux et sation itaient vaient s, que n'OCdis que nsulter is cCONations lu proes plaippelant pécuchoses
analyser.
es par le Magde-
omposait re Chau-
L'apathie et le découragement régnèrent alors en suzerains sur ces îles, qui n’attendent que l’avènement d’un nouveau régime pour devenir un grenier d’abondance et un entrepôt de richesse. Les locataires continuèrent à payer les contributions locales et scolaires, pendant que leur seigneur et maître percevait rigoureusement les rentes annuelle: de ses terres, rentes exhorbitantes lorsqu'on les compare au prix de celles des terres en ce pays. Néanmoins, au milieu de ce sourd mécontentement, quelques anciens colons trouvent le moyen d’être satisfaits de leur position. Plusieurs d’entre eux ont cent acres en état de culture pour lesquels ils ne payent annuellement que quinze shillings ou un quintal de morue. Ce sont les rois de l'archipel ceux-là, et ils font bien des envieux autour d’eux, car un jeune colon qui désirerait louer la même étendue en terre inculte et déboisée, serait obligé de donner vingt piastres chaque année. En remplissant cette condition, ce dernier devient alors locataire. Pendant quelques temps la jeunesse, l'ambition, l’amour du travail décupleront ses forces,et sous le soc de sa charrue ces landes désertes deviendront des champs fertiles. La pêche viendra combler son déficit ; il pourra vivre convenablement et sera heureux, autant que peut l’être un locataire. Mais viennent les mauvais jours, que la rente soit en retard, alors arrivent les menaces de l'agent. Le démon de l’expropriation plane sur la petite propriété, et il ne reste plus au malheureux travailleur que l’exil ou la servitude.
Il ne faut pas s'étonner alors si presque toute cette population qui, ailleurs, serait entreprrnante et riche,
pre mars
en + os ES - or tmp nnnentatee
204 DE TRIBORD A BABORD demeure ici dans le demi-sommeil et dans la pauvreté. Les étrangers même fuyent ce nid de la féodalité, et un négociantaméricainquiétait venu il y a quelquesannées visiter l'archipel, dans le but d’y fonder un établissement de pêche de la valeur de $80,000, s’en retourna dégouté, disant à qui voulait l’écouter :
— Mon père à fui l'Irlande pour ne plus entendre parler du vieux régime emphythéot ique, et ce ne sera pas son fils qui remettra une pareille plaie sur le chemin de ses petits enfants.
Ces vexations ont eu pour résultat d'établir un fort courant émigrateur entre le Labrador et l’archipel. Plus de trois cents chefs de famille ont quitté les îles et sont allés fonder à Kékaska, à Natashqouan et à la Pointe-aux-Esquimaux d'importants groupes de la race française, qui ont affaibli d’autant la pcpulation des Madelaine. Tous les ans, grand nombre de compatriotes viennent à leur tour rejoindre ceux qui sont partis, et déjà l’C. prévoit dans un avenir assez rapproché la désertion complète de l’archipel. Pour remédier à ce triste état de chose, il n’y a qu’un moyen à prendre, et tous ceux qui ont été consultés par la commission parlementaire sont unanimes à le suggérer. Le gouvernement de Québec doit acheter les droits du propriétaire, et l’un des colons les plus respectés de l’archipel, M. Painchaud, n'hésite pas à affirmer que sous ce nouveau régime un huitième des habitants paieraient de suite et affranchiraient aussitôt leurs terres de toutes redevances seigneuriales.
Mais cette longue digression, qui était nécessaire pour bien faire comprendre à més lecteurs la position
an he:
cor bra Joie che Vig qua Ses toit ble, men
men U:
jour vime perd par 1 reuse vaien goële raître fils D famill Sept-] troquä M.
son pe fait pa
vreté.
,etun innées blissetourna
tendre ne sera sur le
un fort el. Plus îles et et à la : Ja race ion des e comui sont ir assez Pour a qu'un ultés par le sugheter les plus resas à affirme des aussitôt scessaire position
men ee eme ee ee
anormale de ces insulaires, me fait oublier les quelques heures charmantes que nous devions passer au petit village acadien de l’Anse-à la-Cabane. Le premier compatriote qui nous y acceuillit à bras ouverts fut un brave charpentier, du nom de Migneault. Dans sa joie, il voulut nous faire connaître de suite le patriarche de l’endroit, et nous conduisit à la maison de M. Vigneault. Ce dernier était un beau vieillard, âgé de quatre-vingt-dix ans, qui vivait au milieu de sa famille. Ses deux fils étaient venus se bâtir de chaque côté du toit paternel, et pendant de longues années, tous ensem ble, ils avaient savouré la douce vérité du commandement du Seigneur :
—Père et mère tu honoreras afin de vivre longuement.
Un voile de tristesse devait pourtant tomber un jour sur ce bonheur terrestre, et le soir où nous le vimes pour la première fois, le père Vigneault avait perdu sa franche gaieté. Il était pensif ; ses yeux rougis par les larmes plutôt que par l’âge, erraient douloureusement sur le havre, et à travers la fenêtre ils suivaient anxieusement les manœuvres d’une petite goëlette qui venait d’appareiller et qui finit par disparaître dans les demi-teintes du crépuscule. Hélas! son fils Désirè était à bord, et en compagnie de douze familles Acadiennes, il s’en allait demander au sol des Sept-Iles ces plaisirs inconnues de la propriété, qu’il troquait contre les douces joies de la maison paternelle.
M. Vigneault était ré à Saint-Pierre de Miquelon, où son père était arrivé, Dieu sait comment, après avoir fait partie de cette malheureuse colonie acadienne qui,
lors de sa cruelle dispersion par les Anglais, vit ses
rejetons éparpillés au quatre vents des cier . Plustard, il était venu aux îles de la Madelaine, où à force de travail et d'intelligence il s'était créé une aisance relative. Son âge, sa longue expérience, son esprit ferme et lucide, sés bonnes manières lui conciliaient ici le respect et la confiance de tout le monde, et les décisions du père Vigneault étaient respectées à l’égal de celles que donnent ailleurs le juge ou le curé.
Ce fut dans son hospitalière maison que mon oreille fut frappée pour la première fois par l’intonation que les Acadiens donnent à la langue française, et un étranger qui se mêlerait à leur conversation se croirait transporté en Gascogne, et se figurerait entendre causer des Bordelais. Ainsi, ces braves gens diront une #v4 pour une fois. Le mot année se prononcera chez eux ânée, tout comme sur les bords de la Garonne. Un cheval devient un gweva/ au pluriel et un chevaux au singulier, puis il font un assez grand abus des ‘e j'étions, * des “Je pourrions” et des ‘‘ 7e pensions.’ Leurs mœurs sont simples et douces ; ils vivent surtout de pêche et s'occupent quelque peu d'agriculture. Comme caboteurs ils n’ont pas leurs maîtres au monde, et peuvent rendre des points aux plus habiles chasseurs et aux plus patients pêcheurs. L'un des habitants de l'île, M. Fox, interrogé sur les particularités distinctives du caractère acadien, répondait à la commission parlementaire :
—Le caractère particulier du peuple acadien est de vivre sur mer.
Ces mots sont à eux seuls une définition.
pro soit rega poui puis son fois ce ti mic} tenir le pl milie que « villes La maqu d'été mois au lot homm de bât courar d’arri a fallu fissures
vit ses is tard, orce de aisance \ esprit iliaient e, et les à l’égal ré.
n oreille tion que +, et un croirait re causer une jvâ chez eux ne. Un chevaux abus des es ‘‘ je ces ; ils lque peu as leurs s points pêcheurs.
sé sur les n, répon-
en est de
ee 2 ee
Dès le petit jour, quand la saison de pêche est venue, vous voyez l'Acadien faire sa prière, mettre gaiement sa berge en mer et gagner les fonds à morue qui se trouvent à trois, quatre et quelque fois à si milles au large. Là, il ne cesse d’agiter sa ligne à l’eau, de la retirer, de la bouetter et de la reconfier aux profondeurs de la mer, jusqu’à ce que son embarcation soit pleine de poisson. Alors les voiles se hissent ; on regagne la grève. Quelques quarts-d’heure suffisent pour trancher la morue que l’on vient de capturer, puis on remâte la berge, elle glisse de nouveau vers son poste de pêche, et on réussit ainsi à faire quelque fois trois ou quatre voyages par jour. Pendant tout ce temps, un morceau de galette, un biscuit ou une miche de pain — quand il y en a—suffit pour entretenir la vie de ce robuste pêcheur, qui est l’homme le plus frugal que je connaisse, et se contente au milieu de tous ces pénibles travaux d’une nourriture que dédaigneraient la plupart des mendiants de nos villes.
La pêche de la morue, avec celle du hareng et du maquereau, constituent les apports «le la campagne d'été; quant à celle d’hiver, elle se fait pendant } s mois de mars, avrilet mai. Alors commence la chasse au loup marin. Divisés par groupes de six ou dix
hommes, vous voyez les Acadiens armés de cordes et de bâtons, prendre le pas gymnastiq. * et franchir en courant des distances de dix à douze milles, avant d'arriver sur le terrain de chasse. Pour y parvenir, :
a fallu sauter par-dessus les crevasses et les profondes fissures des champs de glace, ou prendre la banquise par