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qui conserve sa douceur dans un circuit de vingt pas sans se mêler en façon quelconque, soit par le flux ou le reflux de la mer, en sorte que le bouillon d’eau douce hausse et baisse comme la marée. Les pêcheurs y vont faire leur course avec leurs chaloupes pleines de bariques qu’ils emplissent à sceaux comme s'ils puisaient dans le bassin d’une fontaine. A l'endroit où est cette source extraordinaire, il y a une brasse d’eau aux plus basses marées, et l’eau est salée tout autour comme le reste de la mer.’”’” Ce récit de l’ancien seigneur de nos provinces maritimes est corroboré par les marins du golfe Saint-Laurent qui ont navigué en ces parages, et plus d’un m’a affirmé avoir bu à la source du gouverneur Denys.
Auprès de Miscou se trouve le banc des Orphelins qui, sous la domination française, était fameux pour la pêche à la morue; d’après les témoignages du temps le poisson qu’on y pêchait était aussi beau et aussi grand que celui des bancs de Terreneuve. Les Orphelins courent pendant une distance de vingt-deux milles dans la direction del’Est ; ce fut ici, près de la Pointeaux-Bouleaux que le vaisseau de l’intendant de Meulle vingt faire naufrage le 31 Octobre 1685. Le gouvernement du Canada a choisi ce point pour y construire un phare octogone, en bois, qui porte une lumière rouge. À 321 pieds à l’est on voit un sifflet à vapeur qui, pendant les gros temps, les brouillards et les tempêtes de neige, résonne ‘‘ deux fois en une minute, donnant un coup de cinq secondes avec intervalle de vingt-cinq secondes.”” Sur le côté ouest de Miscou, 1:
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lac aux Oies s'élève un second phare dont la lumière
blanche fait une révolution complète toutes les deux minutes.
Le ravitaillement de ces phares avait pris quelque temps ; et comme la mer continuait à se creuser et à grossir, quand nous revinmes à bord nous trouvâmes le consul des Etats-Unis et le député du comté de Northumberland,deux passagers que nous avions pris à Newcastle, en train de songer mélancoliquement à ces paroles d’un vieil auteur latin: vscera eructantes cum gemitu. Pâles et abattus ils regardaient avec horreur les vagues perfides s’amuser à faire faire un mouvement d’escarpolette au Vapoléon ZI, pendant qu’Agénor Gravel plus aguerri depuis son aventure de l’Anticosti, s’efforçait de leur traduire en anglais ces vers assez médiocres où Diéreville peint l’affreux mal de mer qui le prit sur
les côtes de France, pour ne plus le quitter que sur celles d’Acadie :
La mer me fit payer ce tribut de nouveau Et ce ne fut pas sans tristesse :
Je ne croyais pas que sur l’eau Ainsi que sur la terre on en paya sans cesse;
Mais dans les mauvais temps c’est l’usage ordinaire,
Conduit par ces longues vagues nous arrivâmes en face de Caraquette. Il était onze heures du soir; le
) lendemain était un dimanche, et comme l'inspecteur
tenait à visiter le phare de suite, il nous pria de l’accompagner. À mesure que nous ramions vers terre, la
lumière qui d’abord nous paraissait assez proche se
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prit à fuir devant nous, et ce ne fut qu'après avoir nagé pendant une heure et demie, que nos matelots parvinrent à atterrir auprès du phare qui est assis à quelques pas d’une grève rocailleuse. Caraquette est un gros village acadien du comté de Gloucester ; sa population française est de 2955 âmes et le comté luimême renferme 12,680 Acadiens. Ici,—comme dans le comté de Kent qui compte 10,701 acadiens,—la race française est en majorité et n'aurait qu’à le désirer pour faire valoir et défendre ses droits par les siens, au lieu de se faire représenter la plupart du temps par des étrangers qui ne comprennent guère sa foi et ses traditions.
De tout temps Caraquette a été fameux parses huîtres qui, au dire des connaisseurs, sont les meilleures du monde. Petites, grasses, légèrement parfumées, elles sont supérieures en finesse aux huîtres les plus recherchées des gourmets d’Europe. Elles laissent surtout dans l’ombre celles d'Arcachon et du Cancale, ainsi que ces bivalves que les Anglais pêchent sur leurs côtes et vont déposer avec tant de soins en face du Texel pour leur y faire recevoir cette éducation indispensable qui les font tant priser par les clubs de Londres. D'ailleurs, les huîtres du golfe Saint-Laurent gagnent à être connues et celui qui expédierait à Paris et à Londres quelques bourriches de Shédiac, de Bouctouche, de Malpèque, de Saint-Simon et de Summerside s’attireraient les bénédictions et les écus de tous ceux qui aiment les bonnes choses et tiennent à en avoir pour leur argent. Ainsi que cela est arrivé pour bien d’autres ressources que nous avions, la pêche des huîtres a malheureusement
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été faite ici sans discernement, et ce précieux bivalve n’a été protégé que très tard par nos législateurs. Plusieurs bancs qui, au dire de M. Whiteaves, étaient jadis des plus productifs ne donnent plus rien aujourd’hui, et tout porte à croire que si on ne prend de suite des mesures préventives pour rémédier à cet état de choses, les huîtres disparaîtront du golfe Saint-
Laurent et deviendront à leur tour une chose du passé.
Du temps des indiens, on leur faisait déjà la pêche et les tribus de la côte de la Nouvelle Angleterre et de l’Acadie en séchaient de grandes quantités pour leurs provisions d'hiver. (1) Il y a deux sortes d’huîtres dans le golfe Saint-Laurent ; l’une est courte et ronde, l’autre longue et étroite. Elles se trouvent ordinairement en eau basse, ne dépassent guère une profondeur de trois brasses, aiment les baies et les criques et sont disséminées tout le long des rivages de l’île du Prince- Edouard, dans le Bras d'Or au Cap Breton et sur la côte de Nouveau-Brunswick, entre la Baïe Verte et Caraquette. Bien entretenus et pêchés raisonnablement ces bancs deviendraient une source d'énormes revenus pour les Provinces Maritimes. Aux Etats-Unisona
[1] En parlant des huîtres, Denys écrivait en 1672:
“C'est une grande manne pour l'hiver quand le temps ne permet pas d’aller à la pêche. Elles sont dans les ances ou à la côte proche de terre ; pour les avoir on casse la glace, on fait une grande ouverture, puis on a de petites perches assez longues pour toucher au fond de l’eau. On en lie deux ensemble parla moitié, puis on ouvre et ferme cela comme des tenailles, on les tire de l’eau et les jette sur la glace. On ne va point à cette pêche que l’on nc soit plusieurs ; les uns pêchent, un autre fait le feu, l’autre écalle pour faire fricasser, d’autres les mettent sur des charbons, deux ou trois ont une grande coquille, avec leur eau, de la mie de pain, un peu de poivre et de muscade, On les fait cuire comme cela et c’est un bon manger, et quand on
est bien rassassié chacun emporte sa charge et les chiens entrainent chacun une sachée (sic) avec un petit traineau que l’on leur fait fort légère.”
323 DE TRIBORD A BAFORD compris toute l'importance de la culture de ce bivalve. La Virginie à elle seule entretient des parcs d’huîtres, —elles sont loin de valoir les nôtres,— qui ont une étendue de un million cinq cent mille acres, et pendant que nous revenions à bord, M. Mitchell nous disait qu’il se fait annuellement chez nos voisins de la Nouvelle-Angleterre, un commerce d’huîtres pour une valeur de $5,000,000.
Nous passâmes la nuit et une partie de la journée du lendemain ancrés en face de Caraquette, et pour tuer le temps, nous nous amusions à voir tourner autour de nous des myriades de méduses aux mille formes, qui passaient ainsi que des fleurs le long des flancs du steamer et prenaient leurs ébats sur la mer endormie et toute baignée par le soleil (1). Nous nous rappelions que c'était par une journée semblable que Jacques- Cartier était entré dans cette baie. Il lui avait donné le nomde Golfe-de-la-Chaleur, et nous prenions plaisir à relire et à comparer avec ce que nous voyions, la description qu’il fait de ce pays qui lui parut ‘plus chaud que n’est l’Espagne.”’
‘Il est le plus beau, disait-il, qu’il soit possible de voir, tout égal et tout uni et n’y a lieu si petit, où n’y ait des arbres, combien que ce soient sa! lons, et où il n’y ait du froment sauvage qui a l’épie comme le seigle et le grain comme de l’avoine et des pois aussi épais
(x) Les méduses appartiennent au genre des malacodermes. Delafosse dit que ce sont des masses gélatineuses, transparentes, diversement colorées, de forme hémisphérique dans l’état de repos. Elles ressemblent à des champignons ou à des ombrelles, dont la face inférieure est garnie de divers tentacules et d’appendices foliacés. Ces animaux nagent fort bien à l’aide des contractions et dil: tations alternatives de leurs corps.
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comme s'ils y avaient semé et cultivé, du raisin blanc et rouge, des fraises, mures, roses rouges et blanches et autres fleurs de plaisante, douce et agréable odeur.’’ Ce paysage qui avait tant charmé le navigateur Malouin s'étendait maintenant sous nos yeux. À notre tour nous venions croiser dans la Baiïe-des-Chaleurs, et à plus de trois siècles d’intervalle nous nous retrouvions en présence de ces ‘‘ belles prairies de bonnes herbes et de ces lacs où il y a abondance de saumon.” Puis, tout en feuilletant ainsi le premier voyage de Cartier, nos regards se portaient sur l'horizon et nous cherchions à entrevoir dans le lointain la ville de Bathurst qui était l’ancienne Nipissiguit du gouverneur Denys. Nous aurions voulu parcourir ce lieu où s’écoulèrent quelques années de la vie de cet honnête homme si tracassé dans ses entreprises, mais cet endroit ne faisait pas partie de l'itinéraire du ÆVapo/éon III, et nous étions à une longue distance de ce bassin où Denys était venu chercher un refuge après l'incendie de son fort de Saint-Pierre en l’île du Cap Breton.
Nicolas Denys, né à Tours, avait à Bathurst ‘‘ sur les bords du bassin une maison flanquée de quatre petits bastions, avec une palissade de pieux de dix-huit pieds de haut et de six pièces de canon en batterie.’ C'était là que partageant son temps entre ses devoirs religieux et la traite, cet homme de bien s’amusait à écrire la description de l'Amérique Septentrionale, livre très-exact au point de vue de l’hydrographie et de l’histoire naturelle, L'étude, la chasse et le jardinage étaient ses plaisirs favoris, et il nous semblait voi: le vieux seigneur
acadien se hâter de terminer un des chapitres de son livre pour descendre dans son jardin ‘‘ semer ses pepins de poires ou de pommes,” ou le fusil sur épaule parcourir ses grèves à marée basse et revenir bientôt ployant sous le gibier.
—-J'admire cet homme, car c’est un des beaux types de notre passé, nous disait Agénor Gravel en faisant l’éloge de Nicolas Denys. Actif, entreprenant, excellent observateur et colon pratique avant tout, il a plus fait pour l’Acadie que n'importe quel autre. Ce fut lui qui découvrit ces mines de houïlle qu’il dit être aussi ‘bonne que celle d’Ecosse.’”’ Ardent admirateur de la nature, il sut recueillir dans ses courses à travers les bois de précieuses notes sur nos essences forestières. Entreprenant et chercheur intelligent, il s’occupait de tout ce qui pouvait développer les ressources de son gouvernement, faisant de la construction navale, exportant des mâts et des espars pour le marché français et créant chez lui des salines où le sel était ‘‘ aussi beau et aussi bon qu’en Brouages,” pendant que ses voisins étaient obligés de compier sur les arrivages d'outre-mer pour faire leur provision de cette marchandise si dispendieuse partout où se font les pêcheries. Ces préoccupations suffiraient pour remplir la vie d’un homme ordinaire, mais aux natures fortement trempées il faut la lutte sans trève, et pendant tout ce temps Denys ne cessait d’être persécuté par les gens qui l’entouraient. On l’emprisonne, on le brûle, on le pille, mais dans la bonne comme dans la mauvaise fortune sa gaieté le suit partout. Il espère, il écrit, met en ordre les notes de ses nombreuses
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explorations faites depuis Campseaux jusques au Cap. des Roziers, et discourt sur l’histoire naturelle, tout en ayant soin de nous mettre franchement en garde contre son style, s’en excusant ‘‘sur ses occupations maritimes et une fréquentation de quarante ans parmi les sauvages.”” Pour moi, continua Agénor Gravel, il me semble que Denys est passé tout entier dans son livre, et qu'il y a mis cette nature franche, brusque, originale que ses contemporains s'accordent à lui donner. Je le crois sur parole quand il me dit que de son temps les homards étaient tellement gros que ‘leurs pattes ou mordants pouvaient tenir une pinte de vin.’”’ Je m'’incline respectueusement devant ce gourmet, quand il m'’assure que ce crustacé mérite le nom de ‘“ perdrix de mer par sa bonté,’ et j’applaudis de tout cœur lorsque la nécessité le force à ajouter plus d’un plat à la cuisine bourgeoise de son temps. N'est-ce pas Denys qui a été le premier à avancer que la tête de la poursil ‘est meilleure que celle du mouton,” et que l’espadon ‘‘a le goût du veau? ”? N'est-ce pas lui qui, après avoir décrit les grands bois, leurs richesses incomparables, les hâvres, les ressources minières et la faune de l’Acadie, nous confie discrètement qu’il y a dans son gouvernement ‘‘de petites tortues grandes comme le tour d’un chapeau et aussi bonnes que poulets ’” ? Et quand il cause de chasse ou de pêche, quel horizon n’ouvre-t-il pas à ces piètres coureurs de bois de nos jours qui s’esquintent toute une après-midi pour assassiner une perdrix ou faire lever une bécasse ? Ecoutez plutôt la description de ce qui se passait à Richibouctou en 1672 :
D tt a ie nr nm re eo Re
—]J'y ai demeuré une fois huit jours, vers la Saint- Jean, dit Denys, pendant quoi tous les matins et tous les soirs, nous voyions passer des bandes de tourtes dont les moindres étaient de cinq à six cents: les unes se posaient dans les prairies, les autres vis-à-vis sur une pointe de sable ; de l’autre côté de la rivière elles ne demeuraient pas posées plus d’un quart-d’heure au plus, qu’il en venait d’autres bandes les rejoindre au même lieu, et les premiéres se levaient et passaient outre. Je vous laisse à penser s’il en fut tué en quantité et s’il en fut mangé de toutes façons. Si le: tourtes nous tourmentaient par leur abondance, les saumons nous donnaient bien plus de peine, car il en entre dans cette rivière une si grande quantité que la nuit l’on ne peut dormir tant est grand le bruit qu’il font en tombant sur l’eau après s’être élancés en l’air, ce qui vient de la peine qu’ils ont eue à passer sur les platins, pour le peu d’eau rxil y a. Après quoi ils s’égaient lorsqu'ils rencontrent plus de fond.’
Ces causeries, commencées devant Caraquette, devaient se terminer en route, car le ÆVapoléon II s'était remis sous vapeur et nous cinglions maintenant vers le fond de la Baie-des-Chaleurs. Large de quinze milles à son entrée, entre l’île de Miscou et la Pointeau-Maquereau, cette baie atteint un développement de vingt-sept milles vis-à-vis Bathurst, et n’a plus que huit milles en approchant Dalhousie, endroit où elle vient recevoir les eaux du Ristigouche. Ce n’est qu’à cent dix milles de Miscou que cesse l'influence de la marée sur la baie, et cette dernière compte un
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À mesure que nous remontions ce véritable golfe, les vues les plus variées et les plus admirables fuyaient derrière nous, et bientôt en détournant l’île au Héron nous finîmes par être arrêtés par Dalhousie, petite ville de 2068 âmes, jetée en sentinelle avancée sur l’extrème frontière du Nouveau-Brunswick. Dalhousie occupe une position avantageuse pour le commerce de bois, et sa situation au milieu d’un pays renommé par ses ressources agricoles, ainsi que sa proximité du Ristigouche et de la Baie-des-Chaleurs, lui assurent un brillant avenir. Son port est à l’abri de tous les vents, mais les quais pourraient être plus solides et mieux faits. Trois églises protestantes, une catholique, un palais de justice, une prison, des hôtels et d'assez jolies résidences complètent la physionomie de la ville, située au pied d’une chaîne de montagnes. À une courte distance de Dalhousie, en suivant la grève, le voyageur rencontre un curieux /usus nature. C’est une colonne de pierre qui, vu” de profil, ressemble à une femme qui bâille. Le peuple lui a donné le nom de la Wiei/le. Un bouquet de petits arbres couronne le chef de cette respectable dame, et s’agite doucement au souffle de la brise, pendant qu’immobile et toujours grave, la vieille songe aux peccadilles qui lui ont valu son malheureux sort, et regrette silencieusement quelques péchés de jeunesse qui doivent sans doute remonter à l’époque où Ovide écrivait
chez les Thraces l’histoire des Mét&morphoses.
NA M nd a tn éme ur ne me 2 LU EVE ER ORES FE Ce g c £ = ë N >. 206
Le peu de temps que nous passâmes à Dalhousie fut employé à visiter cet endroit et à regarder les beaux points de vue qu'offre à l'amateur la petite colline qui court derrière la ville. De cette éminence nous embrassions tous les alentours, et nous voyions le Ristigouche sortir de ces paysages montagneux qui le gardent de chaque côté pour venir déverser ses eaux dans la Baie-des-Chaleurs. Navigable jusqu’à une distance de 135 milles, cette rivière a 220 milles de longueur: quatre tributaires d’à-peu-près 60 milles de parcours l’alimentent et avec ses affluents le Ristigouche arrose une superficie de 6,000 milles carrés (1). Rien n’égale les effets de paysages qu’offrent ces rives au touriste conduit là par sa bonne fortune, et les chasses ainsi que les pêches du Restigouche sont célèbres dans les annales du sport. L'aspect féérique de ces bois tous rougis par les premières morsures de l’automne faisait écrire à un anglais une belle page que je me permettrai de citer et de traduire de mémoire :
— Les forêts vierges de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud ne m'ont jamais laissé l'impression que me font ces hautes futaies du Nord, où toutes les essences se mêlent, s’enchaînent et donnent un cachet de grandeur incomparable à la solitude qu’elles occupent. Au Canada une grande variété de pins, de hêtres, de bouleaux, d’érables et d’autres bois, étendent leur ombre séculaire sur les rives des lacs et des fleuves, couvrent les plaines et balancent leurs têtes jusque sur la cîme des monts. L’artiste le plus enthousiaste ne
(1) Ce calcul a été fait par M. Perley, auteur d’un livre excellent intitulé! Reports on the sea and river fisheries of New-Brunsiwick.
ousie fut les beaux olline qui nce nous s le Ristix qui le r ses eaux squ'à une milles de » milles de istigouche (x). Rien es rives au les chasses Jèbres dans es bois tous ymne faisait : permettrai
rique et de impression ù toutes les t un cachet d'elles occu- S, de hêtres, endent leur des fleuves, ks jusque SUT housiaste n€
xcellent intitulé!
pourra jamais rendre avec trop de couleurs les beautés que l’automne secoue alors sur les feuilles et sur les arbres, et rien sous les cieux ne peut se comparer à cette pompe éblouissante. Mais ce que le peintre ne peut faire, deux ou trois nuits de gelée l’accompliront. Sous le coup de baguette de la fée de l’Automne l'immense royaume de la verdure se transformera soudain, et sur chaque feuille viendront se poser des nuances incomparables, où l’œil étonné rencontrera l’écarlate, le violet, les :uissellements de l’or, les fraîcheurs du cramoisi, les éclats de l’azur et les profondeurs du sombre et du noir. Un seul arbre ne change pas au milieu de ces miroitements et de ces éblouissements de la couleur, c’est l’arbre de la mélancolie, l’arbre du nord par excellence, le sapin. Lui seul reste toujours sombre et fidèle à ses couleurs de deuil, pendant que les autres font sourdre de partout, dans la vallée comme sur la montagne, ces surprises et ces beautés dont le règne végétal aime tant à se parer sous les climats hyperboréens, avant ‘de tomber assoupi dans les bras de l’hiver. (x)
[1] Ce volume que je n’avais pas alors sous la main, vient de m'être envoyé par un ami. Je rétablis le texte de M. Macgregor:
‘In Europe, in Asia, in Africa, and even in South America, the primeval trees, how much soever their magnitude may arrest admiration, do not grow in the promiscuous style that prevails in the great general character of the North American woods. Many varieties ofthe pine, intermingled with birch, maple, beech, oak, and numerous other tribes, branch luxuriently over the banks of lakes and rivers—extend in stately grandeur along the plains, and stretch proudly up to the very summits of the mountains. It is impossible to exagerate the autumnal beauty of the canadian forests; nothing under heaven can be compared to its effulgent grandeur. Two or three frosty nights in the decline of autumn, transform the boundless verdure of a whole empire into every possible tint of brilliant scarlet, rich violet, every shade of blue and brown, vined crimson and glittering yellow. The stern, inexorable fir tribes alone maintain their eternal sombre green. All others, in mountains or in valleys, burst into the most glorious vegetable beauty and exhibit the most splendid and enchanting panorama on earth.”