L'ILE DU SABLE
L'ile du Sable est un écueil où Charlevoix dit que dès l’année 1508, le baron de Léry voulut établir une colonie, mais son projet fut bientôt abandonné, et plus tard le marquis de la Roche vint, au xvirème siècle, débarquer une quarantaine de déportés qui y périrent tous, à l'exception de douze. Cinq ans s'étaient écoulés depuis le retour du marquis en France, lorsqu'un jour, le roi, étant de passage à Rouen, entendit raconter l’histoire de ces malheureux. ‘Le monarque, touché de leur sort, dit Garneau, ordonna au pilote qui avait conduit M. de la Roche à l’île du Sable, d’aller chercher ces exiles.
‘ Dès qu'ils avaient été livrés à eux-mêmes, ces hommes, accoutumés à donner libre cours à la fougue de leurs passions, n'avaient plus voulu reconnaître de maître. La discorde les avait armés bientôt les uns contre les autres, 'et plusieurs avaient péri dans des querelles qui empirèrent encore leur triste position. A la longue, cependant, la misère dompta leur caractère farouche, et ils prirent des habitudes plus paisibles, que nécessitait d'ailleurs l'intérêt de leur conservation.
‘ Ils se construisirent des huttes avec les débris d’un navire échoué sur la plage, et vécurent pendant quelques temps de la chair des animaux que le baron de Léry y avait débarqués 80 ans auparavant, et qui s’y étaient propagés. Ils en avaient aussi apprivoisé quelques-uns qui leur fournissaient des laitages ; mais bientôt cette ressource leur manqua, et il ne leur resta plus que la pêche pour fournir à leur subsistance. Lorsque leurs habits furent usés, ils s’en firent de peaux de loups marins. A leur retour, Henri IV vonlut les voir dans le même état qu’ils
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Un officier français de l’escadre de Terreneuve, qui a eu l’avantage de visiter cet ilot, en fait la description suivante :
‘Ce récif offre le curieux phénomène d’une île s’élevant à peine au-dessus du niveau de la mer sur une longueur de dix lieues et une largeur d’un kilomètre. Il présente la forme d’un arc à la convexité tournée vers le large, comme si les puissantes vagues de l’Ocèan lui avaient donné cette courbure. Ce n’est, a proprement parler que la crête d’un banc, et pourtant quelques plantes chétives, quelques flaques d’eau saumâtre permirent aux malheureux déportés de n’y pas mourir de faim. On y montre encore le lieu où la tradition veut que reposent leurs restes, lieu désigné, par une singulière autonymie, sous le nom de Jardin Français (French Garden). Nul écueil dans ces parages n'est plus redouté des marins ; les sinistres dont il a été le théâtre pourraient se compter par centaines, et la côte y est littéralement couverte d’une ceinture non-interrompue de débris de navires. Le gouvernement anglais entretient sur cette île une petite population de gardiens dévoués, que l’état de la mer condamne souvent à un isolément forcé pendant de longs mois d’hive:, et qui ne reçoivent alors des nouvelles du monde extérieur que par les naufragés dont ils sauvent les jours.”
En 1585, Sir Humphrey Gilbert vint faire naufrage ici, et Charlevoix prétend qu'il y vécut deux ans. Plus tard, quelques- ‘uns des navires de Phipps et du du: d’Anville s'y brisèrent, De tous temps l'ile a été renommée par ses sinistres. (C’est là que fut perdue, dans la nuit du 15 septembre 1745, la frégate française la Légère commandée par le capitaine Guillemin, et c’est sur ce récif que le savant hongrois Etienne Parmenius, de Bude, vint chercher son tombeau.