‹ De tribord à bâbord [microforme]Chapitre 43 sur 53 · CONDITIONS DE LA COMPAGNIE DE L'ILE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA COMPAGNIE DE L'ILE SAINT-JEAN

Ce curieux document vient du ministère de la marine française et porte sur un carton les mots suivants: ‘* Murine—1869 (892).” J'en suis devenu l’acquéreur lors d’une vente faite à Paris

en 1876. Ilest intitulé : ‘Conditions que la Compagnie &e l’île Saint-Jean accordera à ceux qui voudront s'établir dans sa colonie. En exécution de lettres patentes du mois d'août 1719, régistrées ou besoin a esté. A Paris chez la veuve SAUGRAIN et PIERRE PrAULT, à l'entrée du Quay de Gèvres, du côte du Pont au Change au Paradis, MDCCXXI.

CONDITIONS que la compagnfe de l'ile de Saint-Jean accordera à ceux qui voudront s'établir dans sa colonie.

La compagnic donnera deux arpens de front, soit sur les Rivières, bras de Mer, ou sur le bord de la Mer même, à tous les habitans qui se présenteront et dans les endroits qu’ils se choisiront eux-mêmes, dequel costé que ce soit de l'Isle, avec 40 arpens de profondeur en droite ligne. Chaque habitant payera par an à la compagnie, trente sols par arpens des deux premiers seulement, avec trois chapons en nature, ou payez à quinze sols la pièce ; ces trente sols par arpens seront réputez cens, emportans Fief, Droits de Lots et Ventes et autres, et non amortissables. La compagnie pourra faire marquer soixante arbres tels qu’elle les jugera à propos sur chaque habitation, que l’habitant ne pourra abattre sans permission, estant réservées pour le bien public ou pour les besoins de la compagnie,

Chaque habitant ne pourra abattre des bois sur l'habitation de ses voisins, sans sa permission, n’y dans aucun endroit non concédé, sans la permission du gouverneur ou commandant pour la compagnie, si.ce n’est pour se chauffer en chassant ou voyageant d’un lieu à un autre.

Les habitans pourront semer sur leurs terres, tels Bleds, Grains et Légumes que bon leur semblera, sans rien payer à la compaguie pour le droit de Terrage.

Les habitans pourront chasser et pescher à toutes sortes de bestes, d'oiseaux et de poissons dans les terres non concédées, et dans les bras de mer, rivières, ou dans la grande mer, sans rien payer à la compagnie ; mais à condition de leur vendre par préftrence les Peaux, lHuile et la Morue qu'ils pescheront, au même

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prix qu’elles se vendront à l'Isle Royale ou Canada, le tout payable en marchandises ou Boissons, Farines, etc., et généralement en tout ce qui se trouvera aux magasins de la compagnie, savoir, les marchandises à quarante pour cent du prix coutant en France sans autres bénéfices que ce soit, et les Vivres ou Farines ou Viandes salées, à soixante pour cent, à cause de l’encomblement (sie) ; le commis de la compagnie pourra même payer ces denrées en argent ou lettres de change sur France, en déduisant les frais des assurances.

Lorsqu'un habitant ne trouvera pas au magasin de la compagnie les marchandises ou denrées dont il aura besoin, il pourra donner son mémoire et on leur fera venir le Printems suivant tout ce qu’il aura demandé, aux conditions portées par l'Article précédent ; mais les habitants ne pourront acheter marchandises, denrées, ni Vivres, d’autres personnes que de la compagnie, sans

une permission par écrit du gouverneur, sous peine de confiscation et amende.

La compagnie fournira d'armes, de plomb, de poudres, d'outils de toute sorte et généralement de tout ce que les habitans auront besoin, aux prix et conditions marquées cy-dessus.

Les habitans ne pourront chasser à quelque chose que ce soit sur les terres concédées à d’autres habitans, n’y pescher sur les rivières, ou bras de mer vis-à-vis de leurs voisins, sans leur consentement.

Comme chaque habitant aura beaucoup de bois à détruire sur son habitation avant de pouvoir semer des grains, la compagnie donnera des models de différentes sortes, comme planches, madriers, mâts, matériaux, esparts, jadancres, harbres et verges de mou, lins, mairin à pipe, à barric et à quart, retz et gentes de roues, bois propres à des menuiseries, armuriers, bois torts et droits, bordages et autres de toutes espèces pour des vaisseaux, charoys et chaloupes de toutes grandeurs ; ces bois seront payés aux magasins au prix que ces mêmes bois se vendront à l’Isle Royale, et de cette manière, les habitans laborieux auront, tous les jours de l’année moyen d'employer leur travail utilement pour eux.

Les habitans rendront au lieu de l’embarquadaire, les bois qu’ils voudront vendre à la compagnie.

Si tost qu’il y aura des bleds semés, la compagnie s’oblige de faire bâtir des moulins, ou l'habitant ne payera que le droit de mouture ordinaire en Canada,

Les habitans qui voudront faire la pesche des morues, seront fournis aux magasins de ligues, d'ains et généralement de tous les ustensils nécessaires, aux prix et conditions portées par les articles cy-dessus.

La compagnie fournira les habitans tout autant qu’elle le pourra des premiers Bœufs, Vaches, Moutons, Cochons, Poules et autres, aux prix qu'ils auront coutez à l’ Acadie ou autres lieux ou elle les prendra, atin qu’ils puissent en élever telle quantité qu'ils jugeront à propos.

Comme il se trouve dans l’Isle St. Jean, une grande quantité de Prairies naturelles pour faire paistre les Bestiaux et pour couper du foin, la compagnie s’oblige de les garder en commune et de distribuer aux habitans seulement, celles qui seront propres à faucher, moyennant cinq sols par Arpent de redevance, et on en donnera à chacun à proportion des Bestiaux qu'il aura ; toutes les autres Prairies servant aux Paccages, seront réputées communes et ne payeront rien lorsqu'elles ne seront point fauchées.

Ces habitans pourront paccager leurs Bestiaux dans tous les Bois, Terres et Prairies non concédées.

11 sera permis aux habitans de se bâtir pour eux-mêmes telles quantités de canaux, batteaux, chalouppes et charoys ou gouellettes qu’ils jugeront à propos pour la Pesche, ou pour communiquer d’une habitation à une autre ; Et ils pourront prendre les bois nécessaires à cela dans tous les endroits de l'Isle non-concédés, en demandant la permission au commandant ; bien entendu qu’ils ne pourront les vendre à des gens non-sédentaires dans l'Isle.

Chaque hubitant sera obligé, après trois ans d'habitation dans la colonie, lesquels seront employés à l'établissement de chaque habitans, de donner à la compagnie deux jours par année de son travail, qui seront évalués à vingt sols par jour, en forme de corvée pour le droit de commune et de paccag”

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Chaque habitant à qui on aura donné un terrain, sera obligé de résider, et en cas qu’il soit trois mois sans tenir feu et lieu, son habitation, ses bâtimens et généralement tout ce qu’il aura dans la colonie, pourront être vendus, pourvu que ce soit à des habitants du lieu, et que celuy à qui il le vendra tiennent feu et lieu avant son départ, le tout en payant le droit de Lots et Ventes, suivant la coutume de Paris.

Tout ce qui sera mobiliaire, pourra se commercer entre les habitants sans payer aucun droit à la compagnie.

Lorsque quelque habitant voudra passer en France et qu’il aura famille résidente dans la colonie, la compagnie le passera sur ses vaisseaux, moyennant cent livres pour l'aller et le retour.

La compagnie ayant des Aumoniers dans sa colonie, donnera gratis les mariages, baptèmes et enterrements à toutes personnes pendant les trois preraières années de leur demeure dans la colonie : après quoy ils payeront les mêmes droits au curé et à l'Eglise, que l’on paye en Canada et le même droit de dixme.

La compagnie s’oblige de bustir pendant les dix premières années à commencer dans la présente, toutes les églises et chapelles qui seront nécessaires.

Comme la compagnie a des chirurgiens et des médicamens dans ses colonies, elle s’oblige de les fournir gratis pendant trois ans à tous ses habitants, à compter du jour de leur arrivée.

LETTRE DES HABITANTS DU PORT-ROYAL ET PLACET DES ACADIENS À M. DE VAUDREUIL

Les deux documents suivants penvent donner au lecteur une idée des souffrances endurées par le peuple Acadien. La lettre des habitans du Port Royal est extraite des notes de M. Rameau, qui s’est fait l'historien franc et consciencieux de cette époque malheureuse. La plainte des Acadiens à M. de Vaudreuil est tirée du Mémoires sur le Canada depuis 1749 jusqu’à 1760,

manuscrit dont la Société Littéraire et Historique de Quebec vient de donner une seconde édition.

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Lettre des habitans du Port-Royal à M, Daudin, leur ancien missionnaire, en date du 31 juillet 1756, ( Archives.)

Nous bénissons la Divine Providence qui, au milieu de nos aftlictions, a daigné nous faire savoir de vos chères nouvelles par l'entremise du KR. P. de la Brosse, père Jésuite, qui a demeuré quelque temps avec nous à la rivière Saint Jean. Vous saurez, monsieur, qu'après avoir reçu dans l’église votre dernière absolution générale nous partimes trente députés du Port-Royal pour Chibouctou, et après plusieurs interrogations du gouverneur et autres puissances, sur le parti que nous voulions prendre pour L Etat et la religion, et voyant que nous étions tous résolus de plutôt mourir que de renoncer à notre religion et à la France, notre véritable patrie, on nous a relégués neuf semaines sur une Ile, ne nous donnant par jour que deux onces de pain et un once de viande, espérant par là nous réduire et nous faire changer de sentiments. Mais inutilement, grâce à Dieu. Ainsi, désespérant de nous faire changer, ils nous ont fait conduire par des soldats jusqu’au Port-Royal, comme des criminels, ont mis le feu à nos maisons et ont fait embarquer les habitants qui ne s'étaient pas sauvés dans les bois (il s’en était sauvé 900 personnes).

‘“ Le reste des habitants a embarqué dans six navires; le 4 décembre, cinq de ces navires ont fait voile vers les côtes de Baston et de la Caroline. Les gens du Cap, les Boudrot, Charles Dugas (1) et les Guilbaud, deux familles des Granges, qui étaient dans ces navires se sont révoltés, et sans aucune défense, des Anglais se sont rendus maîtres du navire, et ont arrivé heureusement à la rivière Saint Jean, d’où nous avons l'honneur de vous écrire. Nous y avons trouvé un accueil favorable dans la personne de M. de Boishébert,.

‘€ Nous avons appris par d’autres Acadiens qui se sont sauvés de la Caroline, que la maladie s’est mise dans deux navires, ce qui a fait mourir un grand nombre des nôtres ; de plus que les

Blancs, Gosme, Louis Prudent et quelques autres, sont à Boston

(1) Ce vaillant Acadien était un des ancêtres de M. le Dr. Dugas, de la paroisse de Sainte Cunégonde (Montréal).

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le Dr. Dugas, de 18

et aux environs..,.Nous sommes sur le point de partir pour le Canada, parce que les vivres sont fort rares ici....”

Ont signé: Denis Saint-Seine, Charles Dugus, Joseph (fuilbaud, Pierre Gourdeau, Denis Suint-Seine, fils ; au nom de tons les autres habitants.

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