‹ De tribus impostoribus, M.D.IICChapitre 3 sur 13 · XV1J · texte numérisé non relu

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donc privée de tout fondement. Nous en disons autant de celle qui concerne l'Arétin, Le trop célèbre auteur des Bagionamenti et des Sonetti lussuriosi poussa la licence jusqu'à un degré inconnu jusque alors ; mais il était incapable d'aucune vue philosophique profonde, et, tenant pardessus tout à vivre tranquille et à gagner de l'argent, il employa la plume qui avait tracé les aventures de la Nanna et de la Pippa à écrire des livres de dévotion (l).

Le philosophe italien Pomponnace, mort en 1524, figure parmi les auteurs auxquels on a attribué, sans aucune preuve, l'ouvrage qui nous

occupe. Ou sait que ce penseur hardi se montrait

première fois en 16&2 , cet ouvrage a eu des éditions nombreuses ; la meilleure est celle de Londres, 1733, avec une vie de l'auteur écrite par le docteur Johnson.

II existe de ce livre des traductions latines et une version française (par N. Lefebvre), 1668, qui n'est qu'un tissu de contre-sens délayés dans un style illisible. On peut consulter sur Brownc YEdinburgli Iieview, octobre 1836; la Bévue des Deux-Mondes , avril 1858; VAnatecta biblionûe M. Du Roure, t. II, p. 196.

[1) Si l'Arétin n'avait écrit d'autres ouvrages que la Passione di Giesù, II Genesi e V humanità di Christo, etc., son nom serait oublié depuis longtemps. M. E. de la Gournerie a donné, dans l'ancienne Bévue européenne, t. III, p. 297, un article sur ces livres pieux, qui ont été traduits en français. Une de ces versions porte un titre qui paraît aujourd'hui bizarre : La Passion de Jésus-Christ vivement descrite par le divin Engin de Pierre Aretin (Lyon, 1539), On comprend qu'engin se prend ici dans le sens de génie, talent, ingenio ; plus tard on donna à ce mot un autre sens, ainsi que le prouve une très-curieuse Mazarinade : Imprécation contre l'Engin de M azarin, 1649. Lors même qu'il écrivait pour des couvents, l'Arétin se souvenait un peu des ouvrages qu'il composait pour d'autres lieux. Dans son livre sur la Genèse, il trace des charmes d'Ève un portrait qui n'est point dans le texte hébreu. « Ses cheveulx « respiraient le nectar et l'ambroisie. Avec les tresses pen- « dantes sur ses épaules , elle ne se souciait des mamelles « mises en l'ivoire de son estomach comme joy aulx de la « belle nature. » (Voir la traduction française, Lyon, 15&2). I*i morale indulgente de l'auteur le porte à excuser la conduite de Loth et de ses filles,

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favorable au matérialisme et hostile à l'Eglise. Ses ouvrages furent brûlés à Venise ; mais l'auteur dut à l'indulgence de Léon X et à la protection de Quelques cardinaux l'avantage de mourir tranquille. Parmi divers passages de ses écrits qui ont provoqué des colères ; nous n'en transcrirons qu un seul, emprunte à son Tractatus de immortalité animx (1534, in-12, p. 121) : « Âd quartum, in quo dicebatur quod fere totum universum esse deceptum, cum omnes leges ponant, animam immortalem esse. Àd quod aicitur, quod si totum nihil sit, quam suœ partes, veluti multi existimant, quum nullus sit homo, qui non decipiatur, ut dixit Plato in de Kepublica, non est peccatum, illud concedere, immo necesseest, concedere aut quod totus mundus decipitur, aut saltem maior pars, supposito, quod sint tantum très leges, scilicet Christi, Moysis et Mahometis. Aut igitur omnes sunt fais», et sic totus mundus estdeceptus, aut saltem duaeearum, et sic maior pars est decepta. »

On a parlé aussi d'un ami de l'Arétin, Fausto da Longiano, qui s'était proposé d'écrire , sous le titre du Temple de la vérité, un livre très-hardi, très-hétérodoxe, ainsi qu'il l'annonce lui-même dans une lettre qu'il adressait au célèbre satirique, et qui est imprimée dans sa correspondance. Ùn passage de cette lettre se trouve dans la dissertation de la Monnoye que nous réimprimons. On comprend que de très-puissantes raisons ont empêche la publication du Tempio délia verita, en admettant que cet ouvrage ait été écrit. Nous avons inutilement cherché à nous procurer quelques renseignements sur ce Fausto. Longiano est une très-petite ville des ci-devant Etats romains, près de rorli.

Le nom de Cardan a été prononcé ; ce person nage, aussi érudit que bizarre, et dont les écrits présentent un mélange de scepticisme et de créduiité assez fréquent au seizième siècle, n'a pas craint de comparer ensemble le paganisme, le ju-

daîsme, le mahométisme et le christianisme, et. après les avoir opposés les uns aux autres, sans dire auquel il a foi, il termine en s écriant : « His igitur arbitrio vietoriae relictis; » laissant ainsi au hasard à décider à quelle religion restera la victoire. Plus tard, il est vrai, il adoucit ce passage ; mais il s'était déjà attiré, de la part deScaliger notamment, l'accusation d'athéisme (1).

Il a été question de Pierre de la Ramée ou Ramus, fameux par ses attaques contre Aristote, et qui fut accusé d'irréligion, par suite de la hardiesse avec laquelle il attaquait la vieille philosophie qui dominait dans les écoles (2).

Un capucin, le père Joly, avance dans le troisième volume de ses Conférences sur les mystères, qu'un huguenot, Nicolas Barnaud, fut excom-

(1) L'édition des Opéra Cardani , Lyon, 1663, 10 vol. in-fol., contient 222 ouvrages différents. Tous les historiens de la philosophie ont apprécié cet homme de génie, un peu fou. Naieeon lui a consacré un long article dans l'Encyclopédie méthodique (Dict. de philosophie, t. II, p. 873-940); M. Franck en a fait l'objet d'un mémoire lu en 1844 à l'Académie des sciences morales et politiques. En Angleterre on s'en est préoccupé. Nous signalerons un article du Rétrospective Review, t. I, p. 94-112; un autre dans le London Quarterly Revicw, octob. 1854 ; sa vie a été écrite par M. Crosley (1836, 2 vol. in-8°), et par M. Morlay (1854, 2 vol, in-8°). J. Mantovani en avait publié une en italien, Milan, 1821, in-8°. M. de Humboldt a jugé quelques idées de Cardan dignes d'être citées. (Cosmos, trad. franc, t. II, p. 563.) *

(2) Voir l'article Ramée dans le t. V du Dictionnaire des Sciences philosophiques, p. 349-356, et le livre de M. Ch. Waddington, Ramus, sa vie, ses écrits et ses opinions (Paris, 1855). M. Renan a rendu compte de ce travail dans le Journal des Débats, 5 juin 1855. Rrucker, dans son Historia critica philosophiœ, t. V, p. 548, est très-complet. M. Bartholmess annonçait, il y a longtemps (dans une lettre insérée au Journal de l'Instruction publique, 21 janvier 1846) , l'intention de donner une édition des œuvres complètes de Ramus ; sa mort prématurée a empêché la réalisation de son projet. Terminons en disant que M. Feugère a consacré à Ramus une notice qui se trouve p. 379-395 du livre de cet écrivain : les Femmes poètes au seizième siècle.

munie, en 1612, pour avoir composé un écrit De tribus Impostoribus. Il s'agit de Nicolas Barnaud de Crest, auquel on a attribué un ouvrage curieux, le Cabinet du roy de France, dans lequel il y a trois pierres précieuses, 1581, et qui passe aussi pour l'auteur du Miroir des François, 1582, livre qui réclame des reformes dont l'accomplissement se fit attendre deux siècles (1), et qui n'ont point toutes passé dans le domaine des faits , car cet écrit demande le mariage des prêtres et la réunion de la Belgique à la France. Alchimiste et voyageur infatigable, Barnaud, dont la vie est fort peu connue, était hardi dans ses pensées; mais il y a lieu de douter de ce qu'a avancé le capucin a son égard.

L'écrivain le plus moderne dont on ait cru devoir s'occuper, c'est Milton, mort en 1674 ; mais on ne peut songer sérieusement à établir que l'auteur du Paradis perdu ait composé un ouvrage dont il était question bien longtemps avant qu'il fût né, et qui eut été en désaccord complet avec ses principes, où dominait un puritanisme républicain basé sur la lecture de la Bible.

Parmi les écrivains connus comme libres penseurs et auxquels on aurait pu encore attribuer le Liber de tribus Impostoribus , nous n'avons pas rencontré Bonaventure des Périers ; on sait que cet écrivain spirituel se suicida dans l'hiver de 1542 à 1543, après avoir fait imprimer en 1537 le Cymbalum mundi, livre aussitôt poursuivi par le Parlement comme contenant de grands abus et hérésies. Nous n'avons pas besoin de redire que l'imprimeur Morin fut mis en prison « et détenu en grande pauvreté ; » que l'édition originale fut supprimée avec tant de soin qu'on n'en connaît plus qu'un ou deux exemplaires.

(1) Voir le Conservateur, août 1757, p. 220-237. Delisle (*c Sales a donné de longs détails sur cet écrit dans son livre intitulé t Malesherbes , 1803, p. 202-247. Consulter aussi l.eber, Etat (te ta presse, p. 61.

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Récemment le Cymbalum a eu deux éditions nouvelles, revues, l'une par M. Paul Lacroix (Paris, Gosselin, 1841) , l'autre par M. Louis Lacour (dans le tome 1 er des œuvres de B. des Périers, Jannet, 1856). Eloi Johanneau retrouva la clef des noms des interlocuteurs cachés sous le voile de l'anagramme.

« Dans le second dialogue surtout, dit M. La- « cour, l'auteur tourne en ridicule toutes les « croyances reconnues de son temps ; le Christ, « déjà par lui transformé eu fripon , va se voir « maintenant proclamé tel; Luther, chef de la « réforme, n'est pas représenté d'une façon moins « satirique : catholiques et protestants* tombent *» dans le même sac; Des Périers se joue égale- « ment des uns et des autres. » La Monnoye avait deviné l'allégorie , et il avait exprimé sa pensée avec toute la netteté qu'il pouvait se permettre : « Si j'osois débiter ici mes sou pçons, je dirois qu'on « prétend ici ridiculiser celui qui nous apporta, « descendant des cieux , la vérité éternelle ; je di- « rois que la suite du discours de Trigabus est « une raillerie impie et outrée de ce que cette vé- « rité a opéré. »

Nous n avons pas besoin d'insister; il est évident que si le Liber de tribus Impostorïbus a réellement été imprimé en 1 538, comme l'affirme Campanella, on pourrait avec quelque vraisemblance le mettre sur le compte de Des Périers, qui y aurait développé avec plus de netteté la thèse qu'il voilait à dessein dans le Cymbalum, lequel pouvait, aux yeux des myopes , passer pour une raillerie dirigée contre le paganisme. Mercure, Gupidon et autres divinités mythologiques figuraient dans ces récits, circonstance qui se retrouve également dans le fameux ouvrage de Giordano Bruno, et qui s'explique sans la moindre peine. Les coups portés à Jupiter, à Saturne, allaient au delà.

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