EN TUNISIE
qu'Allah lui envoie, s'assoupit aux cantilènes de ses femmes et s'endort sans souci à l'ombre chaude de sa maison de toile?
Des fouilles ont été pratiquées autour de l'amphithéâtre. Elles ont mis à jour des caves, des canaux, des débris de colonnes. Plus loin, à Djebel-Aïoun, s'éparpillent, jonchés de marbre el de débris d'amphores, les restes d'une cité anonyme, d'une de ces villes qui, comme s'il n'avait pas été fait pour les Européens, n'ont pu prendre racine sur le sol africain. On ne peut faire un pas dans ces parages aujourd'hui presque abandonnés sans
y retrouver les traces des vainqueurs de Cartilage. Les caravanes du Soudan en rencontrent, nous l'avons dit, jusque dans l'extrême Sud. La Tunisie, — surtout dans le triangle compris entre Tunis, le Keff et, Ghardimaou, — est le paradis des archéologues. Tombeaux puniques ou latins, véritables catacombes, caveaux ou citernes, aqueducs ou substructions de temples, fondements de villes ou hypogées d'amphithéâtre, il y a, dans toute cette terre, de véritables richesses enfouies. Un Français qui a acheté une propriété près de Mehdia, nous disait y avoir, en trois mois, recueilli plus de deux mille médailles phéniciennes, romaines ou byzantines ! Trésors sans doute enterrés par des Arabes qui redoutaient la rapacité des anciens khalifes et qui sont morts sans révéler leurs cachettes, il a, en certains endroits, découvert des monnaies antiques étrangement associées à des pièces tunisiennes qui dataient à peine d'un ou de deux siècles et à des écus de Louis XV. C'est en creusant un canal d'irrigation que le brave homme a rendu tout cela à la lumière. Bien que simple colon, il en soupçonne cependant le prix et volontiers il poursuivrait ses recherches, maisle gouvernement beyliekal s'oppose à toute espèce de fouilles privées... Ce qui est sous terre lui appartient, dit-il, et il l'exhumera quelque jour pour en enrichir les musées de Tunis et ceux des puissances amies.
Midi. Les rayons du soleil tombent d'aplomb dans la cuve bouillonnante des arènes et traversent de leurs pointes de feu notre parasol et notre casque; il serait imprudent de les affronter davantage.
Allons demander un instant de repos et un semblant de fraîcheur au cafetier qui, — ■ comme des couteliers, des barbiers el des forgerons, — s'est installé sous l'une des arcades du cirque, au milieu des boutiques, des cactus et des gourbis qui s'y adossent.
Les Arabes nous envahissent de nouveau. Les karroubes qu'ils ^entent dans nos poches les attirent comme l'odeur du miel attire les mouches et, en nuée, ils nous offrent maintenant des fragments de sculptures, des morceaux de mosaïque, des éclats de gargoulettes, des monnaies aussi authentiques que celles des
brocanteurs qui orront dans les recoins du Capitule ou autour des Thermes deCaracalla... 11 y a. parla, dans quelque caveau enfumé, les creusets primitifs et les moules de terre sigillaire qui servent à la fabrication de ces médailles. La place n'est plus tenable!
Au milieu des bicoques indisciplinées qui constituent le village d'Ed-Djem s'étend, jonchée d'une poussière éblouissante, jonchée d'ordures el de paille, une sorte de place où picorent îles poules étiques. Près de là, sur une déclivité du terrain, s'élève le bordj, le misérable fondouk dont les arcades intérieures vont nous donner asile...
— Haloufl Porc! fait, en grimaçant, une sorcière qui s'approche el se détourne pour cracher avec dégoût.
— Eh bien, Hassan! Est-ce ainsi qu'on pratique l'hospitalité dans la tribu des ruines?
Mais le muletier nous montre en souriant le lambeau de jambon rougeâtre que nous avons apporte de Mehdia... Ce n'est pas à nous, c'est à cet aliment réputé immonde que s'adresse l'injure de la vieille musulmane.
Et, comme pour nous faire revenir sur la mauvaise opinion que nous pourrions avoir de ses administrés, le clieik, prévenu de tous nos faits et gestes, nous envoie du lait, des galettes d'orge faites au beurre et cuites dans un plat, des gâteaux poudreux et un peu de son inévitable couscous.
La cuisine arabe ne se réduit cependant pas à la masse étouffante et incendiaire de ce mets national. Chez un riche citadin, chez un caïd de grande tente, un repas peut être aussi compliqué que chez nous.
Lin potage, par exemple, ouvre la cérémonie : bouillon de poule ou de tète de mouton, semoule, vermicelle, soupe de mie de pain ou de boulettes de pâte parfumées au citron ou à la cannelle.
Du poisson salé ou sec, des hachis de viande confits dans de l'huile et mélangés à du beurre el à du blé torréfié et concasse. peuvent représenter les hors-d'œuvre.
Les entrées sont de poulet fricassé aux pois, de viande farcie
144 DE TRIPOLI A TUMS.
de légumes, de mouton aux œufs ou aux tomates, le tout abominablement épicé.
Du mouton, de la volaille, des brochettes de viande forment les matériaux du rôti.
Le dessert, enfin, comporte des gâteaux de semoule au miel, à la cannelle, au citron, aux amandes ou au beurre; des pâtisseries à l'huile et au miel; des gâteaux feuilletés nageant dans du miel fondu; des fruits, des sorbets et des dattes.
Des boissons parfumées avec des essences de fleurs, du lait et surtout de l'eau arrosent ces festins sur lesquels on distille goutte à goutte la première des nombreuses tasses de café qui seront hues ensuite.
Un homme du peuple se contente de moins. Trois sous lui suffisent pour faire face aux dépenses d'un dîner dont se déclarent satisfaites les modestes exigences de son estomac : une karroube de galette, une karroube de viande, une karroube de fruits, enfin une karroube de café... soient, en tout, quatre karroubes, — quinze ou seize centimes !
Et, dans un coin de muraille, le capuchon sur les yeux, les babouches pour coussin et les orteils en liberté, il s'endort, heureux et content.
Une longue et lourde sieste dans une cellule étouffante, avec, un sac de paille en guise d'oreiller, une natte pour matelas, notre burnous pour couverture... Et en route pour le bord de la mer !...
Les collines reculent dans des vapeurs violacées; quelques nuages d'argent bruni traversent le ciel d'or pâle; adouci, le feuillage triste des oliviers moutonne en masses plus moelleuses; les marabouts silencieux revêtent des blancheurs de suaires; des (leurs blanches qui se fondaient dans la lumière blanche du jour, constellent maintenant le fond assombri du steppe comme des larmes constellent des tentures funèbres ; des grillets à la tête énorme chantent au bord de leur trou ; les souris, les geckos, les chouettes sortent des tombeaux é ventres qui s'exhaussent et s'élargissent dans l'ombre... El dans le deuil du crépuscule fugitif, une
KD-DJEM ET MO.NASTIR.
tristesse envahit et oppresse le cœur. Les morts tiennent trop de place !
La nuit est noire quand nous rentrons à Mehdia.
Les paquebots qui remontent la côte ne passent ici qu'une fois par semaine. Une sorte de felouque maltaise va heureusemenl appareiller. Nous ne scions pas à son bord aussi commodément
que dans un salon transatlantique, mais nous n'y ferons qu'une traversée de quelques milles.
La brise est fraîche; elle vient de l'est; la mer moutonne ; le bateau s'incline sous les risées, il vole comme un goéland et, en moins d'une heure, nous doublons le ras Dimas, — l'ancien cap Thapsus.
Calme plat, maintenant! A peine un souffle qui, presque insensible, gonfle nos voiles et qui, sur la mer paresseuse, nous pousse doucement, vent arrière.
Le soleil fait danser comme des flammes légères sur l'eau qui semble fumer; une couche de vapeurs chaudes vibre sur l'horizon
14*> DE THIPOLI A TUNIS.
et, là-bas, très lointaine vers le sud, rougit, splendide dans son aridité, une côte calcinée de lumière... Aucun son autour de nous que le bruissement de Fonde déchirée parl'étrave, que le clapotis des petites lames qui, en longs replis d'azur, courent aux lianes bariolés île notre barque.
L'un des deux hommes qui composent l'équipage sommeille, la main droite sur l'écoute, la main gauche sur la barre ; le second s'est endormi à l'avant, à l'ombre rougeâtre de la voile... Et on s'en va. mollement balances par les longues houles qui viennent du large... Et c'est une de ces heures pleines, comme celles i\u désert, d'un charme amollissant et. en môme temps, d'une tristesse douce e1 rêveuse, la tristesse d'une absence volontaire, d'un rxil passager.
Au nord s'estompent les îlots de Kourriat. Les petits dômes de Teboulba, de Lemta, de Bamba, blanchissent tour à tour sur l'horizon du sud. Vers l'ouest, apparaît bientôt un rivage qui se développe en deux longues bandes horizontales et parallèles. Jaune et sablonneuse, la bande inférieure est formée par l'ondulation languissante des dunes; verte et noirâtre, la bande supérieure l'est par des têtes de palmiers. Et, de l'une à l'autre, les troncs de ces arbres jettent des hachures sombres sur lesquelles brochent des maisons aux fenêtres peintes.
Puis ce sont les oliviers, des oliviers énormes qui, en un fouillis grisâtre, en un bois désordonné, poussent à l'aventure. L'Arabe ne s'en occupe que pour les bâtonner avec fureur le jour de la cueillette, que pour y secouer alors, avec une frénésie incroyable, de longues gaules qui en effarouchent les feuilles et les fruits, qui en mettent les rameaux en une lamentable capilotade... S'il tirait, au moins, un bon parti d'une récolte faite avec des procédés aussi dévastateurs! Non. Il triture ses olives de si défectueuse manière que des usines européennes trouvent encore le moyen de faire fort une en ('puisant par le sulfure de carbone les résidus qu'il rejette.
( les arbres malt raités, toujours généreux cependant, forment, de Sl'ax à Sousse, une véritable forêt que nulle borne ne partage en propriétés particulières mais dont, selon sa fortune, chacun
exploite une houeza, — un nombre de pieds plus ou moinsconsidérable. L'opulente famille des Si-Hamza, par exemple, en possède plusieurs milliers sur celte cote.
Si-Hamza ? Nous avons déjà entendu ce nom quelque pari... En effet, dans le Sud-Oranais, vers le pays de Bou-Amema. Rapprochement de noms qui symbolise à lui seul le caractère des deux peuples musulmans que nous avons à diriger. Si-Hamza c'est ici la placidité épicière de fort tièdes croyants, de marchands craintifs et pacifiques; là-bas, c'est le turbulent fanatisme de marabouts intransigeants, de caïds belliqueux et farouches.
Voguons toujours. Au delà des oliviers resplendissent, ceints de cactus et d'agaves, de hauts remparts que dépassent seulement les minarets et les coupoles de la gracieuse ville de Monastir.
Ce nom, disent des antiquaires de bonne composition, vient de celui de Ruspina... Ruspina? Monastir.' Mon Dieu, oui ! En changeant... C'est égal, voilà deux vocables qui ne semblent liés que par une libation bien nébuleuse ! C'est pourquoi quelques esprits inquiets préfèrent trouver l'origine du second dans un monastère qui aurait existé par là, il y a longtemps, vers le w" ou le ve siècle, à l'époque où l'Ifrikia était, en même temps, grecque et chrétienne. Pourquoi pas? Mais si ce moutier a jamais vu le jour, les Sarrasins l'ont si bien replongé dans la nuit qu'il n'a laissé aucune trace sur le sol ni dans l'histoire.
La brise est morte... Quelques coups d'aviron et nous entrons dans une petite anse, sorte de port naturel que ferment, comme une digue, trois ilôts arides, trois blocs de sable durci — qui, longs, à peine, de deux ou trois cents mètres, alignent bout à bout leur masse d'ocre jaune.
Djezirat-Abou-'l-Fadel-el-Ghradamsi, l'ilot du nord, touche presque à la pointe rocailleuse qui forme la corne méridionale du golfe d'IIamamet. Il possédait autrefois une grande pêcherie de thons qui lui a laisse son nom populaire de Tonara; il ne porte plus aujourd'hui que les ruines pittoresques d'un petit marabout.
Djezirat-el-Hammam, l'îlot du sud, garde les restes d'une citerne et d'un établissement de bains carthaginois.
Djezirat-el-Oustania, enfin, l'îlot du Milieu ou îlot de la Quarantaine, est, comme la moitié d'un pain de munition, taillée en une petite falaise verticale dans laquelle, à diverses hauteurs, se creusent, en bouches de four, des grottes qui, faites de main d'homme, semblent avoir été hahitées autrefois. Par qui ? On l'ignore. L'ensemble de ces cavités donne à ce côté de l'île l'aspect d'un pigeonnier. De là, sans doute, le nom d'îles des Pigeons décerné à ces petits mornes par des voyageurs qui, pas plus que les habitants du pays, n'y ont jamais vu se poser un seul de ces granivores.
A l'ouest de cette crique, — au delà d'une large plage où s'ébattent, comme les plongeurs d'Aden, des baigneurs bronzés que ne gênent les règlements d'aucune police, où s'affaissent quelques gourbis de loques et de palmes, où craquent au soleil des barques au nez extravagant, — s'élèvent les fortifications de la ville : une kasbah, des bastions sabordés, des remparts qui se plient et se replient en angles sortants et rentrants, comme ceux d'un château de cartes.
Rien de plus africain, de plus barbaresque que ces hautes murailles sur leur piédestal de roches arrondies par les flots et blanchies par les hommes! Leur partie moyenne, — celle que, d'en bas ni d'en haut, ne peut atteindre le badigeon, — montre de grosses pierres jaunâtres qui semblent pouvoir résister à des boulets.
Des tourelles élincelanles, pavoisées tic rouge ; un minaret dentelé, écaillé de faïences qui reluisent au soleil ; le nadoui\ — ■ la tour de veille, — tout rond, tout blanc, couronné par une plate-forme festonnée qui porte une lanterne aux lignes indécises ; des bouquets de palmes vertes dans le ciel bleu, immobiles dépassenl les créneaux éblouissants. Par les embrasures arrondies, des c.iiioiis lèvent leurs gueules noires, comme s'ils allaient aboyer au soleil.
Deux murs intérieurs courent des remparts de l'est aux remparts de l'ouest cl, de leurs grosses pierres brunes que ne revêl plus aucun crépi, divisent la ville en trois quartiers séparés les
uns des autres. Ils en font, ou plutôt ils en faisaient, une sorte de forteresse à compartiments, quelque chose comme un navire cuirasse à cloisons étanches, à l'époque où Torghoud-reïs, - Dragut l'écumeur, — déployait sur son château sa bannière rouge et blanche semée du croissant bleu... Une porte forcée, une muraille battue en brèche, l'ennemi n'était pas pour cela le maître de la place. Les assiégés se barricadaient clans le compartiment voisin et le siè<>'e était à recommencer...
Une place sablonneuse qu'ombragent des palmiers, un grand marabout religieusement clos mais plein de psalmodies et de ronflements de tambours, une vieille porte aux pierres disjointes et dont on ferme encore le soir les battants vermoulus, et nous sommes dans l'enceinte de cette ville méfiante comme un nicl de pirates.
La première rue où le hasard nous conduit est moins une rue qu'un long corridor sombre, voûté, tout papillotant des foulards suspendus en frange à l'auvent relevé de ses petites boutiques. C'est le sou/i dont ne saurait se passer une ville tunisienne. Des
tisserands pareils à ceux de Mehdia fabriquent dans tous les caveaux de la ville des couvertures bariolées et des étoiles de laine. Et, sous le spécieux prétexte de vendre ces tissus à des chalands imaginaires, des commerçants honoraires vivent ici, dans la perpétuelle nonchalance d'un/àr niente qui rendrait des points à celui des lazzaroni les plus invétérés du Pausilippe.
Une planche (pie tapisse la fraîcheur d'une natte est placée sur le seuil de leur échoppe; un petit tabouret que rembourre un coussin rouge y joue le rôle d'oreiller et, du matin jusqu'au soir, ils sont là, étendus sur le dos. Et, lentement, ils poussent la fumée de leurs cigarettes aux toiles d'araignées qui lambrissent les voûtes; ils dégustent du café; ils allongent, de temps à autre, une main fatiguée pour prendre au passage et vider à demi la boite de fer-blanc qu'un gamin promène, pleine d'eau claire.
Une longue rue fait suite à ce couloir soi-disant industriel et aboutit à une petite place où des cafés maures reçoivent sur leurs bancs et sur leurs trottoirs les paresseux qui n'ont même pas la pudeur de simuler un commerce. Les maisons qui bordent celte voie sont plus liantes, plus grandes que celles que nous avons vues jusqu'ici. L'intérieur, que ronge la poussière de l'abandon, en est souvent décoré avec un luxe véritable... La course devait au temps de Mami-reïs rapporter à ces honnêtes forbans plus qu'un négoce pour lequel ils ne manifestent aujourd'hui qu'une bien tiède vocation.
Presque personne dans les ruelles voisines inondées de soleil, jonchées d'une poussière brûlante, embarrassées, ça et là, de décombres qui tombenl eu pondre! A peine un chameau qui passe sans bruit; un Arabe endormi dans une ligne d'ombre; une femme roulée, avec l'enfant qu'elle porte en paquet sur le dos, dans une épaisse couverture brune rayée et frangée de noir; un âne chargé de hottes de roseaux qu'il traîne sur le sol comme les ailes d'un grand oiseau malade; un homme qui, en turban de calicot, secoue majestueusement l'ampleur de sa djoubba foncée dont les bords et les poches se galonnenl de blanc... Des muezzins hissent sur des minarets leurs petits pavillons groseille
estampillés du croissant et de l'étoile blanche. Le goût immodéré • le pirater et de courre sus aux navires chrétiens n'était pas incompatible avec une piété fervente, au contraire, et Monastir enferme encore dans les casiers de ses murailles treize mosquées et treize zaouïas. Sa population n'est cependant cpie de 8000 à 10000 âmes... Il y a aussi une trentaine de Français qui, naturellement, se déchirent les uns les autres, qui s'y noircissent mutuellement des vilenies les plus malpropres.
— Que voulez-vous, nous disait l'un d'eux, il n'y a en Tunisie que des Algériens qui oui fini de bien faire en Algérie et chacun sait qu'il n'y a en Algérie que des Français qui ont fini </<• bien faire en France.
Assertion outrée mais malheureusement trop vraie encore maigre, inutile de le dire, de très nombreuses, de très honorables exceptions.
Voici ce qu'on pourrait appeler le quartier officiel de Monastir. Sous la voûte d'un passage ombreux une vieille porte aux grandes ferrures rouillées ouvre la maison du cadi, juge et chef de la police. Dans sa cour aux dalles brûlantes, entre les murailles à créneaux d'une sorte de petite redoute blanche qui sert décaisse à fleurs, poussent des pêchers auxquels grimpent des citrouilles. A coté, c'est la demeure du caïd, — du gouverneur, comme on dit en Tunisie. Fuis, c'est l'habitation îles spahis. Puis, enfin, au delà de la voûte, dans une rue solitaire, le tribunal et la prison élèvent leurs grands murs mouchetés de plantes sèches, percés de lucarnes et de fenêtres grillées.
Au bas de ces murailles moroses se ferment deux ou trois petites portes basses, les portes des cellules. Des pierres de taille en encadrent les panneaux bardés de fer; de formidables verrous les garnissent; une chaîne y est scellée qui, tendue au travers du trottoir, va se cadenasser sur un taquet hàti dans le pavé et empêche les complices des captifs de les enfoncer du dehors; uni' ouverture carrée. — sorte de grille de confessionnal, — est, enfin, pratiquée à leur partie inférieure et permet aux hôtes involontaires de ces lieux de communiquer avec leurs visiteurs... Une pauvre vieille femme, — une mère, sans doute. — est, dans
la rue, accroupie contre une de ces chatières et sa petite main ridée et tremblante fait, à travers les barreaux, passer des friandises au jeune prisonnier dont la figure brune y encadre un sourire attendri. Il n'est, en aucun pays du monde, ni crime ni délit pour le cœur maternel! Et il y a quelque chose de touchant dans le spectacle de ces deux êtres que séparent les grilles d'un cachot mais que réunit le plus inépuisable, le plus saint des amours. Les reclus recevaient autrefois par ce trou la nourriture que