‹ De Tripoli à TunisChapitre 19 sur 41 · KF · texte numérisé non relu

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faisante est le rendez-Vous perpétuel des croyants qui viennent y faire leurs ablutions, de tous les animaux du pays qui viennent s'y désaltérer.

Si nous ne craignons de souiller notre burnous à la suie qui en tapisse les murs, si nous ne redoutons d'être asphyxié par la fumée épaisse cpii Hotte sous son toit de broussailles noircies, traversons à la hâte la longue rue où, — au bruit assourdissant des marteaux tombant et retombant sur la tôle, au grincemenl aigu des limes e1 des scies. — forgent, rassemblés, tous les cyclopes de la région et ésarons-nous dans le labyrinthe de la ville.

Des maisons de briques crépies de blanc, presque toutes coupées au-dessus t]u premier étage comme si, effleurant les remparts, un ouragan de boulets avait, sauf les minarets et les dômes, rasé tout ce qui en dépassait la crête; des fûts antiques couchés dans les seuils, encastrés dans les angles ; des ruelles étranglées; des culs-de-sac envahis par les décombres; des impasses ; de longs couloirs voûtés s'insinuant sous les habitations qui se rejoignent ; des séries d'arcades jetées entre les maisons... Voilà Kaïrouan.

Pas un arbre, pas une plante qui nielle la gaieté de sa noie verte dans le blanc des murailles, du sol, du firmament luimême! Plus de boutiques ici. Pas de fenêtres mais seulement quelques lucarnes que quadrillent des grillages serres qu'enferment des moucharabys soupçonneux ; de petites portes rongées de vieillesse, quelquefois blanchies à la chaux, souvent bardées de fer, toujours armées de puissantes ferrures.

Et presque personne! Un Arabe assis dans un coin d'ombre bleue: une négresse dont la face de goudron tache la blancheur des murailles; un Maure dont la chachia pique un point écarlate dans quelque carrefour ensoleillé... Et c'est tout. Si le quartier que nous avons vu le premier déborde de inonde et d'animation, celui-ci est vide comme le désert, silencieux comme la tombe... Et des cris qui n'ont rien d'humain, des hurlements prolongés comme des clameurs de goules et de striges, percent tout à coup l'assoupissement de ces lieux funéraires. Ils soi lent d'une maison dont le propriétaire vient de rendre a Allah son unie musulmane... Et, à pleine tête, dans le ton le plus aigu du fausset le plus

perçant, s'égratignant les unes les autres, les fem s de la

famille se lamentent en commun. Peurs amies vonl accourir au tapage. < >n se taira un instant; on les écoulera, l'une après l'autre, dire, d'une voix larmoyante, les qualités et les vertus du trépassé et, leur oraison Unie, elles joindront leurs glapissements a ceux de la douleur générale qui éclatera avec une nouvelle fureur. Épouvantés de ce vacarme, les enfants croironl voir passer dans la maison tous les fantômes de la nuit el ils ajouteront leurs beuglements de terreur à cet ensemble discordant de pleins et

de vociférations. Comme les lamies antiques, des femmes voilées de noir surgiront au parapet tics terrasses voisines, plongeront de longs regards curieux dans la cour mortuaire et exhaleront en faux-bourdon des plaintes de condoléance... Et, nuit et jour, ce concert lugubre retentira jusqu'à ce que le défunt ait quitté sa demeure.

L'Arabe rebâtit; il ne répare jamais ce qui s'écroule, ce que renverse la main d'Allah... Et la moitié de Kaïrouan tombe en ruines. Sauf quelques habitations de caïds ou de khalij'as, Imites les maisons de la Tunisie se ressemblent, comme se ressemblent les mœurs et le costume de ceux qui y vivent. En voir une, c'esl les voir toutes. Visitons celle-ci. celle d'un riche propriétaire, d'un des gros turbans de l'endroit.

— Ach koun and el bab ? Oui frappe a la porte.' demande, du dedans, une voix féminine.

— Rh'alLi! Mule khrafich ! Ouvre! N'aie pas peur! Khrada h'abibi. C'est mon ami, répond notre compagnon, le maître de ct-ans.

Et, à regrets, l'huis bâille en grinçant. Personne dans le corridor mais des aiguilles, des bobines de soie, un métier sur lequel se tend une étoffe dorée s'y éparpillent en désordre... Une femme était là; elle s'est évanouie à notre approche.

Une porte intérieure qui, comme à l'entrée des villes, ne correspond pas avec celle du dehors, — de sorte qu'un passant ne peut plonger ses regards au delà du vestibule, — donne sur une petite cour dont le sol est revêtu de grandes dalles de marbre et de briques vernissées qui se relèvent en soubassement cont re les murailles.

A ses parois se suspendent, percées en écumoires, des marmites à couscous dans lesquelles verdoient de gros plants de basilic. Plus bas s'y accolent des caisses de maçonnerie d'où s'élancent des géraniums rouges, des jasmins grimpants, des vignes et des courges dont les larges feuilles se balancent à des ficelles tendues sur nos têtes.

Une galerie dont, soutenues par des pilastres latéraux, les

DE THll'ùl.l A TUNIS.

deux arcades retombent sur une colonne médiane met une ombre opaquesurun côté de ce patio frais et humide. Autour, s'ouvrent la bouche de la citerne indispensable, la margelle du puits dont l'eau saumâtre ne sert qu'aux soins de propreté, l'escalier <|iii descend à la cave, celui qui monte au premier étage abandonne aux domestiques, celui enfin qui conduit aux terrasses. Dans

h a i r. o v a \ : i \ épicier.

cette cour aussi donnent les fenêtres et les portes. De fortes grilles de cuivre défendenl les premières; des tentures, qui, diaphanes, semblent venir de quelque marquise de Pompadourfermenl les secondes. ( )rd i lia i re nient écartés, de lourds ballants aux petits panneaux embrouillés el aux cadenas formidables comme des serrures de prison, barricadent cependant quelquefois celles-ci. In double encadrement, — L'un de marbre sculpte ou de pienc. ciselées et peintes d'ocre jaune, l'autre de faïence céladon aux

dessins noirs, — borde ces ouvertures. L'entrée de la chambre principale est surmontée d'un fronton étroit divisé en cinq petits compartiments. Deux triangles qui se superposent en sens inverse pour former une éloile à six pointes. — l'anneau de Salomon, — remplissent le compartiment du milieu et les deux compartiments extrêmes; une espèce de cyprès orne les deux autres.

Parallèle à la cour, la chambre elle-même est une pièce longue et étroite au milieu de laquelle s'ouvre largement la rot/m, — l'alcôve, — que flanquent des cabinets noirs. Des boiseries et des rideaux en transforment les deux bouts en alcôves secondaires, — les roukouns.

(/est dans l'ombre de ces réduits que se réfugient les femmes lorsque leur seigneur et maître éprouve le besoin d'un repos solitaire.

Des bandes épaisses de ces célèbres moquettes coloriées que. tapies dans leurs maisons comme des araignées dans leur trou, tissent ici des ouvrières invisibles, couvrent en partie le sol revêtu de Iniques émaillées.

Le plafond est une vraie merveille. Quatre poutres, fixées en relief dans les angles qu il forme avec les

murs, lui font un cadre que, plus courtes et perpendiculaires aux premières, deux autres poulies divisent en trois caissons très profonds, en trois cavités dont le vide représente comme le moule d'une pyramide à trois ou quatre gradins. Et, sur toutes les faces, sur toutes les tranches de cette boiserie compliquée se déploie une richesse inouïe d'arabesques multicolores, de raiesjaunes et rouges qui s'entre-croisent en tous sens pour border des carreaux ou des losanges bleus ou verts, de lignes en festons trilobés, de rosaces qui sont des chefs-d'œuvre de patience, de fonds plus travailles que les dessins d'un châle de l'Inde, d'ornements plus riches que les miniatures d'un vieux Koran.

L'âge a adouci l'éclat des couleurs, le temps qui les a éteints a revêtu tous les tons d'une patine moelleuse;, les ors ont bruni et se sont légèrement enfumés, les blancs ont pris le chaud reflet de l'ivoire jauni, les roses ont la teinte caressante de la chair animée, les rouges ont la profondeur des fonds sombres et mats des fresques pompéiennes. Et, de l'harmonie de ces coloris atténues résulte un velouté, un charme dans lequel le regard se perd avec une volupté véritable.

Un lustre de cuivre se balance au milieu de la pièce. Des patères de bois découpé, des étagères délicalemenl ciselées, des tableaux en clinquant, de vieilles petites glaces au cadre rococo en décorent les murs. Dans les niches s'y rangent les tasses de porcelaine, les brûle-parfums de cuivre, les coffrets à toilette, les rebha de métal repoussé qui renferment les bijoux, les kanouïta où se cachent les fards et les poudres intimes.

Le mobilier se réduit à des guéridons de marqueterie et à de grands coffres bariolés, chargés de plateaux de métal, d'aiguières élégantes, de lampes à pétrole et de pendules en simili-bronze.

— Ces curiosités te déplaisent? nous dit le propriétaire en nous montrant ces luminaires et ces horloges. Est-ce que, en France, vous ne mettez pas dans vos salons des cruches et des pots dont ne voudraient pas nos négresses? Ce sont nos bibelots exotiques, nos souvenirs de voyages.

Des colonnettes peintes, enchâssées dans ses angles extérieurs dont elles n'occupent que le tiers moyen, flanquent la rotba de leur petit chapiteau rehaussé de croissants et de volutes qui forment comme la bouche et les yeux de mascarons grimaçants. Une boiserie découpée en arcade pointue, richement taillée à jour et garnie de rideaux fleuris d'argent et d'or, en ferme la partie supérieure. Les parois en sont tapissées de briques enjolivées de dessins ilonl la juxtaposition produit îles arceaux mauresques encadrant des vases et des fleurs imaginaires et une longue étagère, ajourée el appliquée sur un fond de glace, leur fait une sorte de corniche que chargent des objets de toilette. Des vêtements de salin broché, de soie légère et de mousseline transparente s'y accrochenl ;» de petits champignons dores. Et,

de leurs plis qui semblent avoir gardé l'empreinte gracieuse clés formes qu'ils ont vêtues, se dégagent, délicates et musquées, des émanations qui imprègnent l'air d'un vague parfum de Heurs, d'une subtile odeur de femme.

Du plafond de cette alcôve, historié comme celui de la chambre elle-même, pend une grande lanterne de couleur. Trois fenêtres étroites, contiguës et percées dans la muraille du fond se ferment de lames de pierre qui, découpées en dentelles et doublées de verres jaunes et rouges, forment comme des vitraux par lesquels ne passe qu'un jour affaibli, plein de caresses et de mystères.

Un lit de planches que portent des pieds tournés, occupe tonte l'étendue de ce sanctuaire. Un traversin garnit trois de ses côtés; des oreillers, des couvertures polychromes y errent avec de tous petits coussins brodes d'or et destinés à soutenir la nuque, les coudes, les poignets, les reins ou les épaules, à faciliter au sommeil les poses les pins abandonnées, à permettre à la sieste les postures les plus capricieuses.

— Et tu n'as pas vu les femmes! nous dit, en sortant, notre ami qui, à demi francisé par un long séjour à l'esplanade des Invalides, ne craint pas d'aborder ce sujet scabreux.

— En effet.

— Mais elles t'ont vu, elles, par les lucarnes entr'ouvertes, par les portes entre-bâillées... Ce soir, elles me décriront, jusqu'au moindre détail, ton costume, ta tournure, ton visage. Ta venue est pour elles un événement dont longtemps elles parleront.

Très de cette maison s'élève la façade de la Djama-TIata- Bihan, la mosquée des Trois-Portes. Elle renferme le tombeau de Mohammed-Keïroun, mais il est inutile d'en voir l'intérieur. Tout l'intérêt qu'elle offre se concentre dans les trois entrées qui lui valent son nom et qui, séparées seulement l'une de l'autre par des pilastres, encadrent leur plein-cintre de voussoirs et d'archivoltes arlistemeut ciselés. L'entablement qui les surmonte porte, taillées dans la pierre, quatre ou cinq lignes de caractères en relief qui forment de pieuses maximes.

1)K TRIPOLI A ÏUXIS.

Au boni de la Zankat-Touila, s'ouvre la porte septentrionale de Kaïrouan, — Bab-Tunis, — qui donne sur la place du même nom.

Du soleil; de la poussière; sous l'éblouissante splendeur d'un vaste ciel qui flambe, une multitude mouvante d'hommes et de bétes : au delà, une sorte d'avenue aboutissant au vide et pleine de chevaux qui se cabrent, de chameaux qui grognent, «le moutons qui, les cornes basses, se laissent, avec

k A I H 0 1 A \ : UN K A U C O N N I E II .

résignation, pétrir le dos par des acheteurs défiants... Les remparts dressent leur barrière aveuglante sur l'un des côtés de cette place. Près de la porte, en blanc sur blanc, un petit minarel gaufre ses quatre faces du relief de ses inscriptions prédicantes. Une levée de terre el de gravats fait, au pied des murailles, une banquette sur laquelle, en boxes d'écurie, s'alignent des boutiques dont la porte occupe toute la façade, l'es planches disjointes, hérissées, en chevelure jaune, des plantes qui y avaient pousse an printemps, en forment la toiture. Dans leurs lianes poudreux s'amoncellent des légumes el des couffes d'alfa pleines

des produits les plus incompréhensibles de l'épicerie indigène. Quelques-unes d'entre elles sont occupées par des armuriers <|ui réparent, qui fabriquent encore, de longs fusils à pierre: d'autres abritent des teinturiers et, devant elles, stationnent les chameaux qui vont partir pour les douars et qui, avec leurs prodigieuses charges de laine bleue ou rouge, ont l'air de monstrueuses bêles à bon Dieu.

Sur les trois autres cotés se rangent, dans un désordre pittoresque, de petites maisons n'ouvrant au dehors que des lucarnes clignotantes, — de véritables jouis de souffrance.

KUIlOlïVN : 10 MAI'. Cil K.

Et il y a, dans ces masures, des calés d'où sortent des chants nasillards et. tristes comme les plaintes du vent, de vagues modulations exhalées par des flûtes de canne. Il y a des fondouks dont la terrasse porte des kiosques grossiers, ouverts à tonds les brises désirées mais endormies au loin. Il y a des trous de chiffonniers où se vendent des haillons, des harnachements lépreux, des oignons, de grandes poteries qu'on dirait extraites d'une fouille. tant elles ont, dans toute sa pureté, conservé la tradition do l'amphore romaine. Plus loin, ce sont des magasins de tabac de clous, de ferrailles, d'on ne sait quels outils barbaresques. 11 y a aussi de grandes huttes dont des piliers de bois brut soutiennent l'auvent disloqué auquel des nattes et des serpillières

en lambeaux suspendent leurs tentures flottantes. Et, élans l'ombre chaude de ces galeries misérables, boivent des Bédouins accroupis en rond tandis qu'une gazelle apprivoisée ronge un coin de leur tapis de paille, qu'un chien égratigné hurle devant un chat qui se roule en oursin, qu'un chef au vaste turban demeure gravement immobile et taciturne, un faucon sur le poing, un autre sur l'épaule. Kl le burnous de cet homme est plus maculé de blanc qu'un rocher d'île à guano, nobles souillures dont il se pare comme d'une preuve de l'intimité dans laquelle il vit avec ses élèves ailés. 11 y a encore des ateliers, noirs comme des antres de magiciens, tout retentissants du bruit des marteaux sur les pieds des chevaux et des ânes qu'on chausse de fers plus minces que du carton, dont on fait les ongles avec une sorte de hache carrée au talon recourbé en serpette... Un ouvrier sort de l'une de ces baraques, enfonce, d'un petit coup de maillet, une lancette triangulaire dans les quatre veines des bourriquets qu'on suppose malades, et rentre en essuyant son outil à sa chemise. Et, tremblant sur leurs pattes, les naseaux horriblement serrés entre deux bâtons, les pauvres bêles laissent, sans prolester par la ruade la plus inoffensive, jaillir leur sang qui, en minces (ilets, va, autour d'elles, faire avec la poussière une argile rougeâtre.

Ailleurs s'écrasent de petites tentes à deux versants, sous lesquelles des Arabes, venus du dehors, vendent avec nonchalance des vases de toutes formes, des poteries maladroites, des peaux de mouton desséchées au soleil. Des cordiers reculent pour tordre en cordes épaisses le chanvre qui les ceint et leur fait des abdomens d'hydropiques. Des fripiers étalent dans la poussière leurs défroques «le rencontre... Et, à travers ces honnêtes marchands, trottent des ânes qui portent un homme sur la queue; passent îles cavaliers fièrement renversés sur le haut dossier de leur selle que couvre un tapis muge; galope un chameau sur lequel a grimpe'' un gamin qui, à la grande colère du maître, mais a la plus grande joie de ses petits camarades, h' lance a l'aventure; se vautre, les fers en l'air, un jeune baudet charge d'une

infortunée vaisselle donl le fracas se mêle aux éclats de rire

des passants que ce spectacle l'ait, pour une seconde, sortir de leur gravité composée.

Un repli de terrain règne, en marche d'escalier, au travers de la place et ils sont là deux ou trois cents qui, assis côte à côte et sages comme des écoliers qu'on amuse, prêtent une oreille attentive au conteur qui se démène devant eux et dont le tambour souligne chaque lambeau de phrase.

— Et, comme Ahmed chevauchait par la plaine — panpan-panpan... il rencontra Mustapha le voleur... panpan-pan-pan... qui lui prit... panpan-pan-pan...

Et il continue en montrant sur lui-même, d'un grand geste emphatique, son manteau, ses babouches, sa coiffure :

— ... qui lui prit ou'l bournous ,... ou's s'batt's,... ou t toulban,... panpan-pan-pan... et qui le laissa nu comme une grenouille.

Et un murmure d'indignation bourdonne sur l'auditoire... S'il était là, Mustapha le voleur n'en mènerait pas large!

Mais on se lève, on court; le pauvre narrateur est abandonné... Là-bas, détonnent les tebouls, ronflent les darboukas, glapissent les hautbois, carillonne le chapeau chinois d'une nouba, — d'une musique, — ■ qui passe... Les tirailleurs!

Et, fiers comme leurs aînés d'Algérie, ils vont, les petits turcos tunisiens, le fusil sur l'épaule, le turban blanc sur l'oreille... Fils d'une race intelligente, perfectible, c'étaient hier des vagabonds qui se traînaient clans tous les taudis de Kaïrouan; ce sont aujourd'hui de braves, d'excellents soldats dont la discipline, l'allure dégagée et la coquetterie martiale pourraient servir d'exemple à plus d'un de nos fantassins... Ils s'enfoncent sous l'arcade blanche et noire de la vieille porte en fer à cheval et, dans la sonorité des voûtes, leur musique naïve et sauvage fait comme un bruit affaibli de bataille que les détonations des grands tambours ponctuent sourdement comme des coups de canon lointains...

Rentrons en ville. Devant nous s'étend la grande artère que nous avons parcourue déjà; à droite, se glisse, le long des rem-

parts, la rue étroite qu'habitent ces aimées dont, anomalie étrange, la cité sainte a le monopole de fournir la Tunisie; à gauche, s'enfonce une ruelle où s'ouvre la kasbah que gardent des factionnaires en burnous.

Dans la petite fenêtre aux angles arrondis d'une des maisonnettes qui font face à la vieille forteresse, s'encadre, souriant, un gracieux visage, doré dans l'or du foulard qui ceint la chevelure noire...

— Khradoudja !... dit une matrone qui a suivi la direction de notre regard et qui, s'éloignanl un peu de sa porte, lève des yeux courroucés sur la lucarne coupable.

Tu rideau aux fleurettes rouges est brusquement retombé et, revue par hasard, la voyageuse de la plate-forme a disparu comme un enfant pris en faute.

Au bout de cette rue s'élève une sorte de rempart long de cent mètres, épais de six et soutenu par des contreforts... (Test la grande mosquée, l'un des sanctuaires les plus vénérés de l'Islam.

K Al ROUAN

DJAMA-KEBIR. — MUEZZIN. — BASSIN DES AGHLABITES. SIDI-SAHAB-

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