DE IMPOLI A TL'MS
d'un enfant à son réveil ! Sous notre fenêtre, clans un enclos de cactus, est un jardin toufl'u. Une mare y loge, sous des arbres, les batraciens dont la mélodie nous a étonnés cette nuit; des hommes y balancent des seaux de cuir sur les bords d'un puits ombragé ; à grands flots intermittents, de l'eau y tombe dans un large bassin; des femmes y remplissent leurs amphores. A l'Orient, où, derniers voiles de la nuit, se traînent encore quelques bruines paresseuses, scintille la nier qui frissonne et se dorent les maisons d'IIamamet... Et tout cela fait un de ces tableaux gracieux
<pii mettent la joie au cœur.
Chacun est dehors ; des Arabes prosternés prient vers le soleil levant; un Juif en calotte blanche lit des versels de la Bible dans un vieux petit livre de parchemin ; les chevaux hennissent ; les alouettes montent en chantant dans le ciel d'un bleu pâle... De toute pari s'élève L'hymne de la vie à la nature qui s'éveille.
Ali est prêt; notre équipage s'enlève... Des gerboises traînent leur queue à travers l'alfa et courent comme des poissons a travers l'algue; des tortues dont le dos brille au soleil se liaient lentement vers leurs petites affaires; un lièvre détale... Ne craignons rien! Il a passe à gauche. S'il eùl passé à droite, noire voyage ne se lût pas terminé sans une catastrophe.
lit nous nous enfonçons dans les taillis de thuyas au noir feuillage... A gauche, se lèvent des montagnes bleues qui dépendent du massif du Zaghouan ; à droite, fuient les crêtes du capiton. - — du Ras-Addar, — dont nous allons couper la base.
Des gourbis sous les branches; une halte d'Arabes a l'ombre opaque d'un grand caroubier plusieurs fois séculaire avec un petit puits, des chameaux qui allongent le cou vers les feuilles de
.'il
l'arbre, des Anes qui broutent, des hommes qui rompent la galette des voyageurs; plus loin, tics bois tout roses de lauriers et toujours des caroubiers, toujours des thuyas, — de ces citres dont la fastuosité romaine faisait des tables qu'elle pavait jusqu'à trois cent mille francs.
Voici enfin une roule, une vraie route, — la route beylickale
\ E BOI I \ \lj ERE.
d'Hamamet et de Nebeul... De loin en loin, des figuiers de Barbarie, entourent un henchir ou un abreuvoir; de loin en loin, se lèvent, — blocs informes, — des ruines de monuments qui ont dû être gigantesques, des tours à demi renversées el qui, avec leurs larges brèches, rappellent nos donjons de l'époque féodale. Sur un plateau s'éparpillent, larges de trois à quatre mètres, des enclos de pierres grises, de petites enceintes dont les mu-
raillesbasses s'en vont tristement en débris. Des arbres y poussent, rabougris et noueux; des bouquets de palmiers y l'ont llotter leur ombre. C'est Bir-Arbaïn, c'est le cimetière de quarante martyrs tombés dans ou ne sait quelle guerre sainte, dans on ne sait quelle pieuse bataille des vieux temps. Des tombes récentes les entourent; les trépassés d'hier viennent dormir près des morts vénérés d'autrefois.
Les oliviers recommencent. Brich, Belli, Aïn-Tebouriiouk, Niaroun pressent autour du minaret pastoral le blanc troupeau de leurs maisons plates. Puis apparaît Gorombalia, horrible petit village européen où des colons polyglottes boivent de l'absinthe frelatée et s'accoudent en grognant sur les tables graisseuses de leurs tavernes.
Au loin, derrière des champs dorés que tigrent des oliviers très verts, miroitent heureusement les reflets magiques du mirage et, sur leur argent fluide, nagent dans la lumière les mosquées de Soliman.
Le paysage s'élargit tout à coup vers le nord; le miroir de la mer se déploie dans toute sa splendeur... Le ciel, les flots, les montagnes, tout est bleu.
A droite, s'arrondissent, au loin, les croupes du Djebel-abd-er- Rhaman, du Djebel-Kourbès, du pays des Beni-el-Kaoli ; à gauche, sous nos pieds, s'étend la plage d'Hammam-el-Life et, comme un vol de mi mettes sur un rocher, se posent sur une éminence les maisons étincelantes de Rhadès qui nous cachent Tunis; plus haut, le Djebel-Ressas se cuirasse de ses roches plombées et le Djebel-bou-Gorneïn dresse la mitre de sa cime aux deux cornes.
En face, rougit, au delà d'un golfe, une sorte de l'alaise abrupte, calcinée par le soleil, écorchée par les vents du large. Des maisons échelonnent leurs cultes d'albâtre sur ses lianes rocailleux; quelques dattiers y l'ont des taches vertes; le farouche village: de Bou-Saïd boude dans la sauvagerie de son fanatisme musulman. A ses pieds, des monticules arides se; couvrent, en croûtes grisâtres, des ruines de ce qui l'ut Carthage. Au-dessus de ces débris informes, une cathédrale, blanche comme une mosquée,
élève ses tours etsa coupole. La maison des missionnaires d'Afrique range, à côté d'elle, ses arcades mauresques; un couvent de religieuses s'y enferme dans l'austérité de ses hautes murailles; une modeste chapelle nous y parle enfin de saint Louis. Plus près, entre Rhadès et Carthage, s'étend, comme pour les réunir, l'ancienne Taenia, le ruban de sable cpie couvre R'halq' l'ved, — la petite ville de la Goulette dont le golfe sert de port à la capitale de la Régence. Tunis, en effet, n'est pas sur la mer, mais sur la rive occidentale d'un lac salé dont la Goulette occupe la rive orientale. A peu près circulaire et large de dix kilomètres, cette nappe d'eau communique par trois ouvertures avec la Méditerranée dont la sépare l'étroite bande de terre que nous voyons d'ici. A midi, nous sommes à Hammam-el-Lif.