LAC
Hammam-el-Lif, — la Mamélife, comme, avec un sans-gêne dédaigneux, l'appelle un auteur célèbre qui a entrevu ce pays dans son itinéraire de Paris à Jérusalem, — n'est guère qu'un village presque inhabité. Il s'écroule au fond du golfe de Tunis, au pied du Djebel-bou-Gorneïn dont, vu de près, le profil perd singulièrement de son aspect grandiose. Les Tunisiens s'enorgueillissent cependant de cette bourgade et en parlent comme d'une rivale future de Dieppe, de Vichy, de toutes les stations hydrauliques à la fois. Ils appuient la prétention de ces plaisanteries thermales e1 maritimes sur le voisinage de la mer et d'une source mi né raie.
En attendant rlammam-el-Lifn'est, dans une chaude saisonnière, que la débandade d'une petite gare, tête de ligne du tronçon du chemin de fer qui vient de Tunis; d'une grande maison garnie, vide en été, déserte en hiver ; de deux cafés ai européens, ni arabes, installés dans des baraques chancelantes ; de quelques marabouts qui, désolés, oui fermé leurs droites portes rouges ;
d'un restaurant dont les plantes grimpantes dissimulent heureusement la misérable charpente de bois ; d'une dar-el-bej ; enfin d'\[\i établissement balnéaire encore inachevé.
La dar-el-bey, ■ — ■ ancien palais de pacha, — est, mi-italien, mi-mauresque, un vaste bâtiment aux trois quarts abandonné... Pourquoi le laisser tomber en morceaux ?... 11 serait si gracieusement, si franchement tunisien au soleil, avec son architecture hybride, sa porte pointue, son petit avant-corps crénelé, ses inscriptions, ses fenêtres vertes dans des grilles ventrues !
Un large corridor aux niches tapissées de faïence conduit à sa cour centrale ([lie décore une grande vasque de marbre, qu'entourent de charmantes galeries sous lesquelles débouchent les escaliers. Ne montez pas! Vous trébucheriez sur des marches ravinées, vous vmis perdriez dans un labyrinthe de couloirs sonores, embrouillés comme un écheveau de fil entre les pattes d'un singe, dans un dédale de pièces que des fenêtres étroites éclairent à travers des murailles de forteresses, dans des boyaux obscurs où vous entendriez des bruits incompréhensibles, des craquements inexplicables... Et vous vous croiriez égaré dans quelque demeure hantée, dans quelque manoir où se cacheraient les quarante voleurs d'Ali-Baba.
Suive/, cependant les détours de cette allée ténébreuse.
— Alloumetl ? vous demande le nègre qui vous guide et dont la face noire se fond dans le noir qui vous entoure.
Si vous n'avez pas d'allumettes, rebroussez chemin ; si vous en avez, fiât lux! Et, à tâtons, — le long des murs en moiteur, sur des dalles qui glissent, sur des moellons qui basculent comme des trébuchets, — vous allez, par une atmosphère étouffante, hésitant a chaque pas. comme si des soupiraux s'entr'ouvraient devant vous. Vous atteignez ainsi une petite salle. In peu de jour y
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