‹ De Tripoli à TunisChapitre 33 sur 41 · SELLIERS. VUE GENERALE DE TUNIS. — HUE B AB-DJ EZIRAH · texte numérisé non relu

SELLIERS. VUE GENERALE DE TUNIS. — HUE B AB-DJ EZIRAH

BAHMENARA.

— Par ici, maintenant! nous dit, pour la douzième fois, le yaouled que nous avons pris pour guide et cpii nous fait remonter la rue de l'Église.

Depuis que nous avons mis les pieds dans la ville, depuis qu'il s'est, d'office, constitué notre gardien et notre conducteur, tous ses efforts tendent a nous entraîner vers un quartier ou il semble avoir à gagner quelque chose. Suivons-le enfin.

Et, vite, se retournant de temps a autre pour s'assurer cpie nous sommes toujours derrière lui, il marche, il court, comme s'il redoutait de nous voir nous arrêter encore devant quelque cour entr'ouverte, devant quelque mosquée ou quelque synagogue.

Encastrées à l'angle de deux maisons qui se font face, deux

eol îettes, peintes, — en mirlitons, — de spirales vertes et

rouges, soutiennent un arceau de pierres blanchies et flanquent l'ouverture béante d'une sorte de large corridor d'où s'exhalenl

de violentes odeurs de cuir, de Meurs et d'essences. I ne foule

s'\ agite, confuse dans l'ombre transparente.

TUNIS : LE SOIR DUS Pà R F D 1

C'est un souk, c'est l'un des passages de cet immense bazar dont l'ensemble remplit tout ce quartier et où se réunissent prescpie toutes les boutiques de Tunis, où s'exerce tout le petit commerce de la ville, le seul, à peu près, qui soit encore entre les mains des musulmans. Le grand négoce, en effet, appartient aux Italiens, aux Prussiens, à quelques Français et surtout aux Juifs du Grana... Ces derniers sont si efficacement soutenus par leurs frères d'Allemagne ! Qu'un de ces consuls teutons qui ne se contentent pas d'être des agents diplomatiques, mais qui jouent encore le rôle d'agents commerciaux, recommande l'un d'eux, qu'il l'appuie de sa garantie morale et il lui sera aussitôt ouvert un crédit presque illimité! II recevra, à prix réduit et sans avoir aies payer de suite, des marchandises qui, de qualité inférieure, ont cependant aussi bonne apparence (pie les nôtres et grâce auxquelles il fera à chacun une concurrence victorieuse...

Que, sur un terrain légèrement incliné, on se ligure le passage des Panoramas avec la galerie Feydeau, la galerie de la Bourse, la galerie Montmartre, la galerie des Variétés et les couloirs sans nom qui vont de l'une de ces galeries à l'autre ; qu'on y ajoute le boulevard Montmartre rétréci et couvert, le passage Jouffroy avec ses enfoncements et ses sinuosités, le passage Verdeau et les rues avoisinantes transformées en corridors; que, se coupant, s'abouchant, montant, descendant, divergeant en tous sens on multiplie dix fois ces passages, ces galeries et ces impasses; qu'on fasse • le leur ensemble comme les mailles irrégulières d'un filet embrouillé et on aura, en petit, une idée du labyrinthe compliqué que forment les souks, la grande curiosité, le quartier typique de Tunis.

Pas de dalles ici, mais un pavé de galets glissants, polis par le frottement perpétuel des pieds nus el des sandales; pas de toitures vitrées mais, très bas et comme reposant sur le linteau des poiles. des lentes en loques, des plafonds de bois crevassés, des voûtes de (lierres percées de trous carrés pareils à des bouches de citernes el souvent bouchés par des claies qu'on y hisse et qu'on y applique au moyen d'une poulie el d'une corde.

De chaque côté de ces allées couvertes se rangent, comme les

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