UNIS
casiers d'une étagère, de petites boutiques exhaussées au-dessus du sol, de véritables alcôves, des niches arrondies que séparent une simple cloison ou une colonne bariolée.
Une obscurité lumineuse, une vapeur bleuâtre flottent dans ce dédale. Les fentes des planchers, les déchirures des tentes laissent, ça et là, le jour titrer en minces lames. Par quelques soupiraux ouverts tombent îles piliers de soleil que rendent visibles les atomes qu'ils dorent. Et les hommes qui passent sous ces trous reçoivent comme une douche de lumière, apparaissent un instant vivement éclairés et rentrent aussitôt dans l'ombre. Un rayon qui pénètre par une crevasse accroche à une chamarrure des paillettes qui éclatent comme des étincelles électriques; un autre allume une flamme rouge sur un objet de cuir, sur un foulard suspendu à une muraille. Des portions de voûtes se sont effondrées et, de loin en loin, une clarté intense, une chaleur d'incendie inondent les allées qu'elles ne protègent plus; ailleurs régnent, au contraire, une fraîcheur délicieuse, une température de cave.
Des volets qui se relèvent en marquises ou qui se replienl contre les murs défendent les magasins pendant la nuit. Aucun vitrage, aucune devanture ne les ferment maintenant, mais, accrochés à tort et à travers, des sabres et des étoiles légères, des cierges el des vêtements brodés les encadrent d'un étalage flottant, rappelant ceux des cabanons qui remplissent le bazar du Temple. Elevé à la hauteur d'un banc, leur seuil est tapisse d'une natte de sparterie et là s'asseoient les acheteurs qui ne pénètrent jamais dans [ échoppe où tout s'empile, où tout se mêle en un fouillis confus. A peine le propriétaire du lieu peut-il s'y faire lui-même une petite place, derrière le tabouret qui lui sert, en même temps, de comptoir, d'établi, de table pour le repas ou pour le café; à peine trouve-t-il à se loger à côté du coffre de cuir vert, qui, constellé de clous à tète dorée, renferme, dans des sébiles de cuivre, ses karroubes. ses piastres et ses sequins. Attachée au plafond, une coule se balance sur sa tête, comme celle qu'on met parfois suite lit des blessés; elle lui sert à se soulever quand sa journée est finie... Et, nu-pieds mais souvent revêtus de riches costumes, des Maures gras et roses, parfumés de benjoin et de musc, vivent
ainsi au milieu de leurs marchandises que l'exiguïté de la boutique leur permet d'atteindre de la main. Au fond du local s'ouvre quelquefois, par une petite porte, une cour minuscule que remplit, éclatante, une lumière venue on ne sait d'où et où s'entassent des couvertures et des poteries, des armes et des caisses resplendissantes de couleurs et de dorures.
Et vous n'avez pas fait un pas dans ce quartier général du bibelot et du brocantage que, criant comme Archimède à la sortie de son bain révélateur, un enfant se précipite sur votre personne.
- — Chbuf\ CIiou/l Regarde! répète-t-il, en vous entraînant vers une boutique.
Celui qui vous accompagnait s'efface respectueusement devant lui, comme devant un maître, et se met derrière vous. Un nouveau cicérone surgit qui s'empare de votre droite. Un quatrième survient qui, marchant à reculons comme un thuriféraire, vous précède et vous assourdit de ses offres. D'autres veulent vous arracher à ces gardes du corps... Ils forment le carré autour de vous; ils les repoussent à grands cris et, étourdi, tiraillé, vous n'avez qu'un moyen de vous débarrasser d'eux-mêmes. C'est de vous liver à l'un d'eux.
— Viens! s'écrie celui-ci avec élan.
Et il vous traîne vers un magasin dont le titulaire, — un Mustapha, un Berbouchi, un exploiteur quelconque de votre curiosité, — lui donnera le vingt-cinq pour cent des piastres «pie vous laisserez chez lui... Ne craignez rien ! 11 n'y perdra pas; c'est vous qui ferez les frais de ce courtage et il saura en majorer le prix de ce que vous achèterez chez lui, — prix qui sera, d'ailleurs, le triple ou le quadruple de celui auquel il vous le laissera si vous n'êtes pas novice dans les bazars barbaresques.
Ne vous débattez plus!... Nous êtes pris comme une mouche dans une toile d'araignée. Le marchand vous lient; vous lui appartenez, vous êtes sa chose. Les autres vous regardent et ricanent mais aucun ne cherche à lui ravir sa conquête.
R'odoua, rodoua, demain, demain, .le repasserai..., avant de partir, dites-VOUS en détresse.
ao!»
Avant de partir! Domain! Mais c'est aujourd'hui, c'est sur l'heure qu'il faut s'exécuter !
— Tcli abb nechrobou el kaoua? Veux-tu prendre le café?
TINIS : DANS LES SOUkS
— Non. ///</, Allai Merci, merci, mon ami. Inutile! On ne vous écoute pas.
■ — irt, kouadji, zoudj fenadjell Holà, cafetier, deux tasses. Fissa, fissa\ Vite, vite!
Et, de force, Mustapha vous installe au bord de sa souricière.
Le cafetier voisin, — complice appelé à l'aide, — ■ accourt et, avec un .sourire où pointe une moquerie, il dépose devant vous son plateau de cuivre chargé de ses cafetières et de ses coquetiers en filigrane.
— ■ Mark' abat Qu'elle soit la bienvenue! soupirez-vous, si vous connaissez cette formule obligatoire de la politesse arabe.
Et, comme un condamné, vous tirez une cigarette de son étui de papier rouge ou vert.
— la, ouled, j'ib a afin ! Holà! garçon, apporte du feu! commande votre homme qui a toutes les prévenances.
Sous vos yeux bientôt ahuris, passent cependant, en sarabande, les nattes du M'zab, les étoffes de Brousse, les soieries d'Orient fabriquées à Lyon, les blanches gargoulettes moulées en poissons ou en poules, les poteries jaunes que semble avoir décorées en noir un vague souvenir de l'art étrusque, les vieux yatagans, les longs fusils à la crosse mouchetée de corail, les poignards à la lame damasquinée, les lourds coupe-têtes en forme de faucilles, les /lissas hideux comme des couteaux de boucher, les petites tables, les étagères, les coffrets, les cadres de bois dur incrusté de nacre, le bric-à-brac ramassé dans tous les coins de l'Islam.
Enervé par les boniments que vous avez subis, ébloui par le feu d'artifice des couleurs qui ont détonné devant vos yeux, vous vous levez, vous vous échappez enfin...
Hélas! Votre guide est chargé d'un tapis et d'un tambour que vous avez achetés sans savoir pourquoi ni comment.
Voici des boutiques qui, par extraordinaire, sont de plainpied avec la rue. Elles vous semblent curieuses et vous vous arrêtez devant l'une d'elles. Imprudent ! L'industriel qui y était blolli se lève, comme ces diables qui jaillissent d'une boîte, pousses par un ressort. Il effectue une sortie bruyante, il fond sur vous, il jette sur votre bras ses doigts recourbés en grappin d'abordage et, comme ses ancêtres remorquaient dans leur port les galères chrétiennes, il vous tire jusqu'au fond de son antre... El il vous l'ait si bonne grâce, le scélérat ; il vous sourit si doucement que vraiment vous n'avez pas le cœur de vous fâcher.
Vous voilà encore sur la sellette, derrière une table de marqueterie, cette fois, dans une arrière-boutique éclairée par un trou pratiqué dans sa voûte... Un nouveau café fume déjà devant vous. Et c'est une nouvelle débandade de tapis, de costumes en velours brodé d'or, de brûle-parfums, de lanternes, de cuirs gaufrés comme des cuirs de Cordoue, de poteries émaillées comme des vases d'Ispahan. Votre pirate est bon prince...
— ■ Netlakou, au revoir, dit-il en vous serrant cordialement la main.
Et il vous rend la liberté. Encore une fois, hélas !... Notre yaouled a jeté le tapis sur son épaule, le tambour sous son bras gauche et il a maintenant entre les mains une caisse enjolivée d'arabesques et sous le bras droit le paquet volumineux d'une tenture dont vous serez bien embarrassé... Qu'il vous suive de très près, au moins! Qu'on voie bien que tout cela est à vous! Et. peut-être, vous laissera-t-on tranquillement achever votre visite.
Une foule musquée encombre les passages ; des groupes flegmatiques d'hommes debout ou couchés obstruent la circulation avec une indifférence superbe. Ils sont chez eux !
— Enta krechin bezef l Tu n'es qu'un grossier personnage ! crie un gros Maure essoufflé.
— Halouf! Kelb ! K'Ixid!... Iaoudi ! Porc! Chien! Kabyle!... Juif! glapit un Arabe.
— Bar cal Barca! Assez! Assez! soufile le premier qui suffoque.
Et on murmure autour d'eux. C'est vrai, le Bédouin a monté trop haut ou, si on veut, est descendu trop bas dans la gamme de ses injures.
Passons! Ce n'est rien, c'est une simple dispute entre ces hommes d'un calme si trompeur.
Adossé à un mur, un vieil aveugle qui a un pain de trop le met bravement aux enchères et crie comme s'il avait à vendre une rareté inestimable.
Harassé de chaleur, un Arabe a déposé sur un banc son turban et sa chachia; sa calotte blanche suit ces premières pièces de sa
coiffure ; un à un, ses vêtements suivent la calotte... Et il finit par se promener avec, pour tout costume, un étroit lambeau de toile sur le dos.
Perchée comme une chouette sur l'escalier d'une mosquée, au fond d'une voûte sombre, une vieille insensée adresse aux passants cpii la regardent avec respect un discours dont elle entrecoupe les incohérences de hurlements prolongés et sinistres. Et, appuyé sur sa faucille emmanchée d'une longue hampe que couvrent des fanfreluches, un marabout qui passe interrompt ses psalmodies pour la contempler en hochant la tète.
— Est-elle heureuse! semble-t-il se dire. Maboul! Polie ! Ah! (pie son sort est digne d'envie !
Des burnous en paquet sur les épaules et des tapis plies sur la tête, des Arabes affairés lèvent leurs bras noirs chargés de colliers, de chapelets, de bijoux, de ceintures d'or. Et, criant à pleine gorge, haletants, les yeux enflammés, ils se faufilent à travers la foule.
— Avbal Arhaî Quatre! Quatre! hurlent-ils d'une voix étranglée, d'une voix dont les efforts gonflent les veines de leur cou nerveux et suant...
Leur ton baisse, plaintif comme s'il allait mourir. Ils vont céder leur marchandise à un acheteur qui, de loin, leur a l'ait un signe... Mais, tout à coup, galvanisés par une surenchère, ils repartent de plus belle.
— Khramsa ! Khramsa ! Cinq ! Cinq !..
Et ils sonl dix, vingt, cinquante qui vont ainsi, beuglant et se démenant, jusqu'à ce qu'ils perdent tout espoir de voir la dernière offre couverte.
Chez les mahométaiis comme chez les Israélites, chaque corps de métier forme ici une corporation placée sous la juridiction d'un iimiii. — d'un prévôt, — et occupe un souk particulier...
(n Maure secoue sur notre dos un flacon de porcelaine au loue- col e1 y fait, en fine pluie, tomber des gouttelettes d'essence. Ainsi que dans une de ces églises mondaines où l'odeur de l'encens se mêle harmonieusement à l'arôme des fleurs, aux
émanations délicates du cuir de Russie el des sachets d'iris, une atmosphère de parfums nous enveloppe et nous pénètre. Et, comme l'ouïe perçoit le son de tel ou de tel instrument dans l'ensemhle d'un orchestre, de temps à autre ici, l'odorat distingue les effluves concentrés du jasmin, du géranium ou de l'oranger...
Et on songe aux captives langoureuses des harems ; on voit passer les odalisques au pas traînant, aux gestes lents et mous; on voit les pachas fatigués s'endormir sur les divans. la tête et les membres alourdis... Nous venons d'entrer dans le souk-el-* lltariu, le souk des parfumeurs. Partout, en minces filets bleuâtres, fument les pastilles du sérail; partout se rangent et scintillent côte à côte, dans leur lit de coton, les longs petits flacons de cristal doré et [ailles à facettes dans lesquels est emprisonnée l'âme des roses qu'on recueille dans les environs de Tunis.
Le souk-el-JLttarin envoie bientôt, à gauche, une branche
qui s'enfonce entre des boutiques bleues et la galerie extérieure de la grande mosquée; à droite, une autre branche, — le souk-el- Bladjia où, innombrables, s'ouvrent les ateliers des fabricants de babouches.
Plus loin, s'en détache le souk-el-chachia où de grandes et lourdes mécaniques aux grosses vis de bois, à peu près pareilles à des pressoirs à vin, apprêtent les bonnets rouges el en font des cylindres plus ou moins hauts, des pots à fleurs renversés, des calottes hémisphériques, des cônes tronqués aux angles carrés ou arrondis, selon qu'ils sont destinés aux Touareg, aux Arabes, aux Egyptiens, aux Algériens, aux Tunisiens
musulmans ou juifs. Los commerçants de ce passage reçoivent ces objets de Tebourba. Ils leur arrivent à demi fabriqués et ils les peignent eux-mêmes avec des tètes de chardons, les mettent ainsi à la forme, les ornent de glands bleus et en vendent ou en expédient chaque année pour deux ou trois cent mille francs.
L'n peu plus loin le souk des tissus bifurque avec celui des parfums. On dirait, sans sa voûte sombre, une de nos rues de village tendues de draperies pour le passage d'une procession. Toutes les boutiques s'y pavoisent d'étoffes qu'on mesure et qu'on débite au pik-arbi long de cinquante centimètres ou au pik-turki long de soixante, selon qu'elles ont été fabriquées à Tunis ou à l'étranger; toutes se tapissent de vestes aux lourdes broderies, de vêtements incrustés d'arabesques d'or, de portières en velours bleu sur lesquelles s'appliquent de fausses portes découpées dans du drap rouge, de gazes aériennes étoilées comme la nuit, de voiles diaphanes, de rideaux lamés d'argent et de soie, de mousselines fleuries, de foulards éclatants et diaprés comme des ailes de papillons brésiliens.
Au souk-el-Attarin fait à peu près suite le souk-el-Belat, — le soukdes <'[)iciers, — aux senteurs fortes et bizarres. Ici se trouvent la cire coulée dans des pots de terre jaune ; les confies de charbon; la chaux à blanchir les murailles ; la semoule en gros grains; le d/'aho, — espèce de millet, — ■ dont on fabrique des plats barbares et des nougats extraordinaires; le café en grains ou en poudre ; le cumin pour parfumer, pour colorer les ragoûts ; les aulx; les oignons; les dattes pressées, écrasées, agglutinées dans de petits sacs en une sorte de fromage qu'on détaille par morceaux; le raisin sec: les noisettes; les amandes; les pistaches; la kefta qui ressemble à de la pâte de coing ; les graines de courge torréfiées; les fèves grillées; les arachides enfin, — -ces kakawettes chères aux yaouleds de tout âge. Ici se trouvent surtout les épiées embrasées sur lesquelles règne ce piment rouge dont la poudre violente constitue le J'clfcl... On fait de ce jelfel une sauce qu'on appelle la margha et on arrose de cette margha le couscous qui en devient un plat inabordable, une pâte infernale dont vous ne pouvez prendre une cuillerée sans que
votre bouche soit en feu, sans que votre front s'emperle de sueur, sans que des milliers d'épingles s'enfoncent dans votre cuir chevelu. Si Dante avait connu ce condiment furibond, il en eût fait servir aux membres d'un de ses cercles de damnés.
Les teinturiers achètent ici le sulfate de cuivre efflorescent, les bois colorants, l'écorce des pins et celle des petits chênes qui servent à tanner les peaux, la racine delentisque et les calices de grenadier qui les teignent en rouge, l'écorce de grenade et les petites grenades sèches qui les font vertes, jaunes ou brunes... Les coquettes y envoient chercher les boules de savon rouge ou vert; le t'vel, espèce de talc, qui, venu du Maroc, se chauffe, se pulvérise, s'additionne de quelques gouttes de parfum et forme une pommade avec laquelle on se lave la tête dans les hammams; le :iit. graine oléagineuse qui ressemble à la pistache et qui l'ail luire les cheveux; le kohl qui, préparé avec de l'antimoine, donne aux yeux leur éclat sauvage ; le souak, écorce de racine de noyer, qui blanchit les dents ; la lilba qui dénature les charmes ; [erusma épilatoire ; le henné vendu en feuilles concassées ou en une poudre verdàtre qui, — simplement délayée dans de l'eau et, pendant une nuit, appliquée en cataplasme, — donne aux cheveux, aux pieds et aux mains une étrange teinte d'acajou... Les malades s'y procurent ce même henné qui leur rend de véritables services contre les dermatoses, les gerçures, les plaies et les eschares; le nitrate d'argent qu'ils appellent \in excrément du diable; les capitules de pyrèthre qu'ils emploient comme vomitif; les tètes de pavot; la graisse et la moelle d'autruche, souveraine, disent-ils, contre les douleurs et les fractures; la poudre de momie égyptienne, médicament qu'on trouve moins ridicule qu'il n'en a l'air, si on tient compte du n aphte et des baumes dont sont encore imprégnés ces cadavres millénaires ; le séné, le t/uua le thafega, le khebel, le zat/tur, le bonzouz-doumi, le m'rista, le nounek'ha, Voukei'z-sidna-moussa et autres simples d'une pharmacopéehermétiqu<v^' très ingrédients inconnus de nos thei a peu tes...
Puis, plus large, c'est le souk-Ettrouk, avec son plafond de bois, ses portes flanquées de petites colonnes, ses étalages de costumes anciens, ses boutiques frémissantes du bourdonnement
des rouets, du ronflement des dévidoirs. Des tailleurs turcs accroupis devant des tables liasses y brodent de soie aux couleurs tendres les vastes djoubba dans lesquelles, paresseuses, s'endormiront les longues siestes des croyants, ces sages qui s'évadent de la vie dans le sommeil et dans le rêve; ils chamarrent les vestes qui, bardées de dormes, s'arrondiront, comme des corselets de cétoine, sur les larges épaules des Juives ; ils taillent les
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vêtements qui, tissés d'or et de lumière, noieront dans leurs plis soyeux les habitantes ennuyées des harems... Abomination! L'un d'eux s'applique, de tout son talent, à tracer dans le dos d'un gilel mauresque, non un croissant, ni un soleil, mais une sorte de long triangle ajouré... La tour Eiffel!...
Jonché «le nattes, un corridor étroit aboutit à une cour voûtée où, derrière des grilles, gisent trois longs coffres de bois peint. I>es cierges à cinq branches en éventail. — mains aux doigts étendus, — brûlent sur le couvercle de ces caisses... Elles con-
tiennent trois saints, — trois morabetJis, — le père et ses deux fils. Devant eux, entre des colonnes bariolées, des Maures s'endorment dans une demi-obscurité sépulcrale; d'autres égrènent leur chapelet en ânonnant des prières « au bon, au puissant, au miséricordieux »; d'autres boivent ou jouent aux dames.
C'est le café des trois marabouts. Au fond de ce mausolée qu'habitent des vivants et des morts, des figuiers se tordent dans une nouvelle cour d'où un escalier disloqué conduit à un grand carré plein de soleil et de mouches, d'orties et de décombres. Là était la maison des susdits bienheureux, lieu vénéré où nul n'a le droit de rebâtir quelque chose..
Le souk-Ettrouk continue. A droite s'en séparent le souk-Esser-madjia et le souk-el-Ouzar où se vendent les sacs; à gauche, le soukkebalbia et le souk-el-IIariria, pour les costumes de femmes et pour les soieries.
Voici maintenant le soukel-kefa, pour les couvertures, le souk-el-bej , pour les meubles et les tissus, le souk-Bransia et le souk-Bernousia pour les haïks et les burnous, le souk- Tkarkia pour la laine et les foulards lamés, le souk-sidi-ben-Ziad et le souk-Eliamani pour les pantoufles de cuir jaune ou rouge.
Plus loin, étroit et sombre mais étincelant d'argent et de dorures c'est le souk-el-Berka. Là. il y a cinquante ans à peine, se vendaient