‹ De Tripoli à TunisChapitre 37 sur 41 · UE RUE · texte numérisé non relu

UE RUE

chissage montrent ici leurs pierres brunes et leurs iniques rougeàtres et rompent agréablement la monotonie des blancheurs dans lesquelles on vit en Tunisie. Cette porte donne sur une rue d'un caractère ravissant d'originalité, — la rue des charrons et des forgerons agricoles, ("est. — plus haut, plus large, couvert de planches plus disloquées el plus noires, — comme un passage de souk dont chaque boutique est un atelier barbouillé de suie, encombré de ferrailles. Le foyer brûle par terre, au milieu du local et, à côté, sont, à plat, posés sur h; sol deux énormes soufflets qu'un homme actionne au moyen de deux tiges de bois qu'il manœuvre comme les aiguilleurs de chemin de fer

manœuvrent les poignées qui l'ont tourner les disques. On fabrique là-dedans les pièges à chacal, les colliers de fer, les faux, les faucilles, les serpettes aux formes menaçantes, on y fait surtout d'étranges machines à dépiquer le blé. Ce sont de longues et larges planches carrées, relevées d'un bout à la manière des traîneaux dont les Canadiens se servent pour glisser sur les pentes de neige. La face inférieure en est hérissée de fragments de silex gros comme des pierres à fusil. On attache un cheval à ces sortes de râpes gigantesques, un homme y monte et, debout comme sur un char antique, il les lance et les fait tourner en rond sur les aires où le blé est étendu.

L'avenue que nous suivons depuis la kasbah tourne vers l'est, devient la rue Bab-Djedid et descend entre la Médina et les petites maisons plates, les modestes minarets, les boutiques dévorées de mouches du quartier de Bab-Djezirah dont elle prend bientôt le nom.

Des Maltais commencent à se mêler aux indigènes; des tramwaj s sonnent de l'olifant ; îles acacias ombragent les trottoirs.

Plus bas des fondouks s'ouvrenl a côté d'établissements de photographes; des barbiers italiens suspendent leur plat de cuivre contre les bananes d'un fruitier musulman; dans leur devanture vitrée, des modistes étalent des chapeaux parisiens près du nougat blanc et rose, près des blocs de sucre colorés d'un confiseur autochtone; des libraires rangent leurs livres et leurs journaux illustrés en face des balais, des paquets de cordes, des gargoulettes, des régimes de dattes dont un épicier tunisien enguirlande son auvent et tapisse l'envers de ses portes appliquées contre le mur; la foule augmente; des chapeaux et des vestes se mêlent aux turbans et aux burnous... Nous sommes revenus à la porte de France.

CAFÉ. CORTÈGE DU BEY. DAR-EL-BEY. POPULATION TUNI- SIENNE. HISTOIRE. — GOUVERNEMENT. RUE DES MALTAIS.

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