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si
Une curiosité passionnée de nos filiations nous préoccupe tous en ce moment, artistes, criliques, romanciers : avant tout il nous semble
urgent.de remonter à nos sources naturelles, et nous y remontons par des chemins différents, mais l’espérance-est identique et le désir unanime. Pourquoi cette recherche et comment donc l’entreprendre? Après ou avec beaucoup d'autres j'essaierai ici de répondre, du moins de mettre en ordre quelques éléments, avec quelle joie émue! Enfin, nous voici revenus à la critique supérieure telle que Taine la posée au seuil de notre avenir moral et social, voici que. toute une génération s’émeut de la nécessité d'un examen logique du génie français et cherche dans le passé la garantie du futur, voici donc une heure belle où l'idéologie et l'étude des problèmes généraux reprennent dans les
lettres une place trop longtemps usurpée par les subtiles discussions techniques sur l’œuvre d'art
distincte de l'évolution sociologique! Rien ne
peut nous intéresser davantage, et qu'importent-.
les divergences de ce faisceau de volontés nou-
velles ? Toutes doivent être amies, toutes apporteront leur flambeau.
C'est un grand signe que cette intense préoccupation d'idées générales. Pour ceux qui considèrent que l'histoire évolutive des idées est le. sujet capital des littératures, et n’admettent pas que le fait d'écrire soit une sorte de luxe étran-
ger à l’altraisme, mais au contraire une haute
possibilité d’être utile, il y a de quoi se réjouir. Malgré la démoralisation profonde des lettres par la presse et ses trafics, malgré les abus du succès de carrière el l'avilissement de la critique tombée au compte rendu, la force immanente des principes de Taine suscite le sursaut d'énergie de la pensée française. Le roman naturaliste, descriptif, superficiel, aussi vide d'idées que la poésie parnassienne, n'ayant eu pour mérite, parallèlement à limpressionnisme, que : d'ouvrir une fenêtre sur la vie sociale et d'élever jusqu'au style les sujets jadis dédaignés, ce roman naturaliste, qui eùt pu être si grand, ne nous a donné aucune substance vraiment nutritive du cerveau. Le roman psychologique (j'espère bien qu’un juste avenir le débaptisera d’un si beau nom et le nommera simplement le roman sentimental), ceroman bellâtre, dégénérescence composite de {ous les arrérages du romantisme et du bovarysme, a été d'autant plus,
ennemi de l'idéologie qu'il en empruntait le jargon d'université et se faisait le glossateur déférent de la caste riche et oisive en ignorant l'immense majorité qui lui permet de n'être bonne qu'au flirt intellectuel et physique dans l'univers. Le symbolisme, réaction contre ces deux mouvements, a été presque aussitôt ab- sorbé par des recherches techniques dont le vers libre restera le plus précieux résultat; et ses tendances métaphysiques, son culte de l’art pour l'art, nécessaires et salutaires à un certain moment, ont tout ensemble marqué son rôle et la . cessation inévitable de ce rôle. La génération de lk guerre a eu l'intuition de la nécessité d'un internationalisme logique, d’une enquête des pensées étrangères, d'un libre- -échange Opposé au protectionnisme étroit de ce qu’on pourrait appeler la littérature chauvine. L'opposition for- cenée de celle-ci a créé des luttes dont l’âpreté 1ne s'oubliera pas’: le roman russe, le -wagné- risme, l’ibsénisme et le nietzschéisme sont quatre phases qui donneront matière à un bien beau livre dans l'étude des crises de la conscience idéologique française. Mais l’âpreté même de la
lutte entre le chauvinisme et l’internationalisme :
du mouvement symboliste a poussé celui-ci à | exagérer. De R inquiétude récente ; de là, chez ceux mêmes qui contribuèrent à la victoire lé- gitime et qui ouvrirent nos portes, crainte de oir, l'admiration devenant servitude etemprise, Lie gros des barbares suivre indûment les parlementaires accueillis; de là peur d'avoir trop gé- 3 . éreusement. reconnu la supériorité de tels
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étrangers, au point de paraître ‘avouer notre impuissance.
De là plusieurs faits tale, l’école dé Franck se gardant de Wagner et revenant aux formes classiques, Louise et Pelléas s'évadant du bayreuthisme, la jeunesse désavouant, après, lavoir adoré, le symbolisme anglo-allemand, l'art pour l’art délaissé, l'écrivain redevenant homme ets’inquiétant de la crise sociale et politique, la jeune peinture brisant avec le style académique. De là l'aversion de Barrès pour Les barbares, la recherche des origines françaises, la décentralisation, l'idée de renaissance occidentale, celle de renaissance latine, le remède espéré dans un patriotisme raisonné, les pensées émises en ce sens par des hommes comme MM. Adrien Mithouard, Léon Daudet, qui les allient à une politique et à une éthique natio=. nalistes, tandis que d'autres comme M. Remy de Gourmont se réfèrent au nietzschéisme, au scepticisme dans l'éthique et à l’idéalisme pur, d’autres comme M. André Gide à une sorte d'ironie mêlée de ferveur, d’autres à un amour de la renaissance italienne francisée... Conflit ardent, conflit où la politique a mêlé sa terminologie indüment peut-être, et peut-être par une secrète nécessité, conflit où les uns sont ingrats envers l'esprit français, et les autres envers l'apport étranger, conflit où l’on ne peut plus dire sans a celte parole admirable : « Le mot étranger n’a aucun sens », alors qu'il y a dix ans cette conviction a réveillé l'énergie en. France ; — mais conflit superbe, conflit béni, |
puisqu'il prouve clairement l’unanime désir de faire un bilan, d'établir notre doit et avoir avant - de nourrir d’une idéologie Le nouvelle littérature
D ie
Pourquoi cette idée de F race parle-t-elle si haut? Parce que nous sommes devenus forts.
Tant que nous nous sentions démoralisés, nous éprouvions le besoin de nous fortifier du suc - étranger : Wagner, Tolstoï, Ibsen, c'étaient des sources immenses, et nous avions soif. Le chauvinisme a traité pendant quinze ans de « sans. patrie », d'anarchistes ennemis du génie national, des artistes qui aimaient ce génie, mais
- avaient précisément la pudeur de ne pas parler
de patrie avant d’avoir refait leur sang pour le lui offrir, avant d’être passés de l'admiration humble à l'admiration indépendante. Les artistes ont eu la force de caractère de supporter cette accusation de non-patriotisme en étudiant en silence Les grands étrangers qu’on leur reprochaït de démarquer, — et cela jusqu'à cette heure-ci, où, ayant repris la force de recréer un art autochtone, les prétendus sans-patrie se réveillent avec l'idée de la race. Heure où nous pouvons tous vraiment, avec plus de droit que les chauvins ignorants et aveugles, saluer l'idéal français, puisque après cette longue étude minutieuse et modeste des idées étrangères, nous avons reconstitué une peinture que l’Europe
imile, une école symphonique qui est la première du monde, une littérature sociologique admirable, une poésie et un roman dont les formes sont rajeunies. Maintenant seulement il
est de bon goût et de belle dignité de parler du génie de la patrie, parce que nous avons tra-
vaillé pour lui, au lieu que les chauvins n’ont
fait qu'en couvrir leur insuffisance. Maintenant. seulement nous pouvons tous prouver que nous n'avions jamais perdu le sens français.
… Nous touchons à une heure-passionnante où
le balancier cesse d’osciller exagérément de l’ad-
miration excessive des étrangers à la peur ou au
mépris de les connaître, de dois devant, leur génie au protectionnisme sottement ignorant, du reproche d’être des « agents internationaux » à celui d’être « les Chinois de l’Eu-. rope ». Nous nous sommes enrichis sans nous
esclavager, nous ne sommes ni des débiteurs serviles ni des démarqueurs ingrats; l'équilibre
sest fait, nous pouvons admirer sans cesser
d’avoir conscience de notre propre apport dans l'Europe pensante. Et qui donc trouvons-nous parmi ceux qui parlent aujourd’hui de ce patrio-
tisme, de ce retour à la race, de cette consultation clairvoyante du génié national, qui donc
trouvons-nous parmi ces Français déclarant leur amour du terroir? Mais précisément les pré tendus sans-patrie de la veille, les symbolistes,
Iss idéologues d'il y à dix ans, ceux que je viens
de nommer par leurs noms et qui encoururent
les pires reproches parce qu'ils aimaient Wag-
ner, la métaphysique allemande, la poésie anglaise, le symbolisme; ce sont ceux-là mêmes
qui constituent aujourd'hui la réaction en faveur
de nos références nationales. Est-ce palinodie?
Non, car ils aiment toujours tout cela : mais
c'est qu'ils ont fortifié leur substance, aimé sans
s'asservir, et c’est pour cela que nous pourrons
toujours nous entendre, hommes de camps di-
vers. L'idée francaise, épurée, délivrée de son j 2
affublement chauvin, nous réunira en face de
ceux qui, Journalistes ignorants et vantards, ro-
manciers de réclame, entrepreneurs de spectacles, ont voulu faire penser que mépriser le
génie étranger, c'était, respecter le génie fran-