UN VIBRANT
Je ne trouve jamais le nom de Fortuny dans les revues d’art; et je ne crois pas l'avoir Jamais lu dans les écrits des Hommes de ma génération. De Fortuny reste le nom. éclatant et doux, et un souvenir à lui pareil, mais fugitif, un étincellement qui aussitôt s’efface dans la mémoire :
\ telle fut d’ailleurs sa vie. Beaucoup d'artistes s’en souviennent comme d’un météore, savent qu'il fut admirable, mais ne se rappellent plus son œuvre, et les critiques n’en disent rien. Le | Louvre, le Luxembourg ne possèdent pas d'œuvres de l'artiste : là génération montante ne saurait où l’étudier, n’y songe pas. Or, ce fut un délicieux maître.
Né à Reus, près de Tarragone, Mariano-José- Maria Bernardo Fortuny dessina et peignit dès
l'enfance : orphelin en 1849, il suivit son aïeul, menuisier comme son père, qui avait formé | pour se créer des ressources un cabinet de figures de cire qu'il montrait dans les environs … de Tarragone et de Lérida. En 1832, Fortuny et son grand-père firent à pied les 100 kilomètres qui séparent Reus de Barcelone, et le vieillard obtint pour son petit-fils une pension mensuelle de 42 francs sur des fonds légués pour une œuvre de bienfaisance. J'emprunte ces détails à la préface du catalogue posthume écrite par M. le baron Davillier, qui fut un ami dévoué de Fortuny et en a su parler avec autant de goût que de bonté. Fortuny suivit jusqu'en 1856 les cours de l’Académie des Beaux-Arts, qui ne lui apprirent rien : en dehors, il peignait des sujets de dévotion, enluminait des photographies, dessinait pour des architectes, gravait des illus- . trations sur bois, en taille-douce, décorait à la détrempe l’église de Saint-Augustin de Barce- lone. Prix de Rome (pensionné par la ville) en 1857, il fut, en 1860, chargé par le Conseil général barcelonais de suivre l'expédition du Maroc, et là fit de nombreux croquis, et prit le goût des sujets arabes. De retour à Rome, il travailla assidûment, fit un second voyage en Afrique: Barcelone lui donnait 132 francs par mois; à l'expiration de cette pension le duc de Rianzarès la lui continua jusqu'en 1867. À cetle date Fortuny, qui était venu à Paris, entra en relations avec la maison Goupil, connut Meissonier et Gérôme, épousa M'° de Madrazzo.
En 1868, il commenca son tableau de la Vicaria
(le Mariage espagnol), et en même temps, installé à Madrid, copia Velasquez et Goya. En 4869 la Vicaria était exposée chez Goupil, et la gloire, foudroyante, révélait Fortuny au monde entier. Théophile Gautier, en un feuilleton enthousiaste, plaçait l'artiste au rang des maîtres. La fortune et la célébrité, en une année, échurent au peintre de la Vicaria. I avait trentedeux ans.
En 1870 il quittait Paris, séjournait à Séville, Madrid, Grenade, peignait en 1872, les Académiciens de Saint-Luc et le Jardin des Arcadiens : en 1874 il allait à Londres, puis retournait en Italie, passait l'été à Portici avec sa femme, son fils et sa fille. En novembre il rentrait à Rome, la saison finie, avec une vague mélancolie, prêt à rejoindre l'Espagne : il n’en eut pas le temps. Une fièvre pernicieuse le saisit, et le 21 novembre 1874 Fortuny mourut à trenle-six ans. Le deuil fut universel; les plus célèbres artistes de différentes nations tinrent à honneur de porter son cercueil jusqu’au Campo Varano. La vente . de son atelier eut lieu le 26 avril 1875.
Telle fut cette vie: une longue pauvreté fière, un travail intense, une gloire éblouissante — et tout de suite l’irréparable nuit sur cette
gloire, par le décret d'une mort entre toutes
prématurée et cruelle. Ceux qui ont connu Fortuny sont unanimes à dire la noblesse, la générosité, la hauteur d'âme et d’esprit qui furent siennes. Et maintenant j en viens à son œuvre.
Elle se compose d'une considérable série de peintures, d’aquarelles, et d’une trentaine
d’eaux-fortes, sans compter des céramiques, des ciselures, des armes damasquinées. Les sujets orientaux sont les plus fréquemment traités ; le reste des œuvres présente des intérieurs du xvi° et du xvu° siècles, des liseurs, des amateurs d'armes ou d'estampes, des personnages dans le goût de Watleau, en général les . thèmes favoris de Meissonnier. Mais heureusement l’art de Fortuny borne à cette analogie de sujets ses rapports avec ce qu'a produit le trop célèbre auteur de So//érino et des petits pastiches hollandais. Imaginez la couleur exquise et étincelanté de Monticelli, donnant la vie, non à des ébauches mais à des formes très précisées.
Songez au dessin minutieux des petits seigneurs de Watteau, avec ce chatoiement suave, cette pâte de pierreries figées qu'eut Monticelli, et vous vous ferez une idée assez Juste des toiles de Fortuny. Il serait vraiment puéril de faire servir l’éloge de Fortuny à la condamnation de Méissonier, et Je ny songe pas. De toutes les. fausses gloires qui portèrent en elles-mêmes leur germe d'oubli, il n'en est pas de plus lamentablement effondrée aujourd'hui que celle de Meissonier dont le succès fut un scandale, dont la statue dans les jardins du Louvre est uné dérision, et qui, adulé, enrichi, vanté aux quatre coins du monde, apparaît actuellement aux plus impartiaux comme un habile illustrateur de vignettes, un dessinateur bon à orner d’une amusante façon les marges d’un roman historique, un patient et myope copiste de costumes, n'ayant jamais rien pensé de grand ou
162 DE WATTEAU À WEHISTLER
de profond, sans souffle, sans largeur, sans
originalité, doué uniquement d'une adresse manuelle remarquable. Si je parle de Meissonier à propos de Fortuny, c'est parce que les gens qui jugent des artistes selon la similitude de leurs sujets ont rapproché jadis ces deux noms, et qu'il est temps de protester contre une appréciation aussi ridicule. C'est précisément parce que Fortuny à l'air de ressembler à Meissonier que l’examen le montre infiniment supérieur.
C'est bien la même façon de présenter les personnages, de dessiner avec minutie les plis d’un bas ou d’une culotte de soie, de préciser le luisant d'un soulier de satin ou la dentelle d'un Jjabot; mais chez Meissonier cela est photographique à faire pleurer, exact sans grâce, sans humour, sans liberté technique, d’une pensée
vulgaire et jamais suggestive: on pense au
modèle et au nombre de séances, on suppute les heures passées à ce « fignolage », on a l'impres-
Sion odieuse d’un « ouvrage de palience » et
d'une intolérable imitation de la maitrise, du
tour de force qui n’est jamais la force. Fortuny
donne exactement l'impression opposée. Comme Walteau, il est minutieusement dessinateur sans mièvrerie : {out y est, tout semble aisé, tout est élégant mais sobre, nerveusement construit, et combien savant de la vraie science! Meissonier est à chaque instant en faute de valeurs : il peint un cavalier, et le moindre! ardillon est dessiné avec cette perfection qui intéresse plus les gravures de modes et les albums documentaires que l'art lui-même ;: mais
n'est jamais une ombre mais une tache de cou- . leur inexacte, le sol lui-même n'existe pas, il est semé niaisement de cailloux et de petites . herbes, comme une fillette apprenant à laver uue aquarelle en pourrait faire. Et si Meissonier . peint un dragon vert et jaune sur fond de ciel bleu, jamais il ne s’occupera de trouver un . bleu qui ne soit pas laidement allié à ce Jaune où à ce vert. Son ciel à déjà servi: peu lui . importe l'harmonie, la valeur, la distinction, le charme musical d’un ton réagissant sur un äutre. Ce n’est pas un coloriste, ni un homme sensible, au lieu que Fortuny est par excellence un visionnaire de la couleur, un virtuose de la nuance, un peintre-né. Son dessin est d’une sûreté merveilleuse, peu d'hommes ont à ce . point laissé deviner le nu sous le costume, et dans ses petites figures tout est grand, tout Pourrait, comme dans celles de Watteau, être transposé à la grandeur naturelle sans rien . perdre du charme ni de la force : la saillie d’une Gheville, l'indication d’un coude sous un pli de Soie, le brillant de la peau tendue sur un poignet rond, à chaque instant de tels miracles de vérité arrêtent l'œil dans l'étude de ces figurines, landis que celles de Meissonier ne seront jamais que de petits bonshommes, qui ne tiennent pas plus devant un Fortuny que devant un Terburg. VEt je ns veux plus parler de Meissonier : l'esprit, l'expression, la finesse spirituelle de Fortuny me font bien plutôt penser à Debucourt ou à Eugène Lami si injustement oublié ou encore
y pit
DA TENR Se
regardez l'ombre portée du cheval sur le sol : ce
à Isabey dans ce qu'il fit de meilleur. Mais For-.
tuny y ajoute la grâce nerveuse, Reste de Goya.
des Rousseau qui laissent loin ceux du Louvre, le plus beau Ricard qui existe, et bien d’autres belles choses, on se trouve en présence de la Vicaria, vraiment on y constate l'esprit psychologique, le sens décoratif, la perfection du dessin, la puissance créatrice qui inscrit sur une ving-
taine de faces humaines la série des sentiments
Ah! le délicieux ot cl Lorsque, due la collection de M°° la marquise Carcano, où l’on voit
les plus variés, le profond savoir qui précise,
dans une main grosse comme un ongle, toute l’anatomie sans que rien soit mesquin, sans que
jamais la peinture s’abaisse à la miniature, et
la couleur enfin, cette couleur qui, moite de lumière, se symphonise d’un personnage à l’autre, s'évoque en rappels délicats, amuse
l'œil et l’entraîne en de suaves variations de
clair sur clair, et finit par chatoyer dans ses.
propres complémentaires en un coin du tableau, posée comme un papillon sur l'éventail de la gitane ou le boléro brodé et passementé d’un toréador. Le virtuose magistral se joue des tons chauds et des tons froids, accumule les préciosités sur l'écharpe d’une femme et tout à coup ose la nudité fauve d’un vaste pan de muraille
où miroite le contre-reflet d’une baie : l’ara-
besque des groupes se noue et se dénoue selon un rythme parfait, telle partie est minutieuse, telle autre semble négligée, tout est gradué,
réfléchi, calme, expressif — et de cette petite:
œuvre sort une émotion grande. Comment dire ces noirs si fermes et si fins, ces délices de satins pâles, la dorure basanée des visages, la chanson des jaunes de maïs et des dentelles beiges, le luxe sourd des cuirs de Cordoue et des tapis, la qualité des clartés froides du sol, l'ingéniosité de l'entente, la répartition impeccable des lumières et des ombres, le goût et la proportion d’une si belle chose?
Toutes les toiles de Fortuny révèlent ceite
maîtrise. [l faisait l'admiration et le désespoir de
Regnault, qui connut les aquarelles marocaines du prestigieux Espagnol au moment où lui-même peignait sa belle série d’études mauresques et cette Salomé où, auprès du maniérisme de l'Ecole persistant en certaines parties, on trouve un sens si radieux de la belle couleur. Regnault, âme ardente, peintre passionnément compréhensif et travailleur acharné, restait émerveillé des aquarelles de Fortuny; et, en effet, ce sont des œuvres inimitables par l'éclat, la composition, les valeurs et la précision dans la fantaisie. Je ne vois guère qu'un autre oublié, un Français, Henri de Beaulieu, pour rappeler cet art orientaliste et ces toiles féeriques. Les types de soldats ou de mendiants marocains de Fortuny sont dessinés avec une verve et une force incroyables, et quel aquarelliste aux yeux intenses, quel peintre des demi-teintes, quel homme sans rival pour peindre le ton d’une muraille dans l'ombre, faire circuler l’air entre les choses, résoudre à fond les difficultés ingrates que le public ne soupçonne pas et que les
je
peintres escamotent! Guillaumet et Fromentin
ont été sincères, mais semblent si pauvres de
moyens, et Marilhat parait si convenu, ef que dire de Gérôme, de Huguet et même de Berchère? Tout cela s'efface devant le prestige étincelant de ce jeune coloriste vainqueur qui fait chatoyer la couleur comme un sabre au soleil, et osait en 1866 une œuvre comme la Fantasia où l’on trouve des raccourcis, des libertés de composition dont les impressionnistes n'ont point dépassé l'audace. Aucun orientaliste n'a été plus vrai et plns somptueux.
Aucun aquarelliste non plus n’a été plus luxueusement fantaisiste dans les scènes de genre. Les cabinets italiens, les meubles de Boule, les hautes cheminées, les tapisseries et les crédences sont interprétés avec une magnificence puissante. Si Fortuny peint un reiître au
torse nu, coiffé d’une salade bossuée et fourbis-
sant la coquille d'une rapière, nous pourrons nous en désintéresser, mais non pas nier la préciosité, la science, la joaillerie de la couleur, la force expressive du dessin, la race nerveuse et élégante de cet art. Les deux dessins d'après M. d’Epinay costumé sont des pièces que le Louvre s'honorerait d'avoir ; le style et l'esprit se révèlent dans la moindre hachure. Et enfin, par quel étrange oubli les musées français n’ont-
ils pas acquis la série d’eaux-fortes que Fortuny
composa à Rome en 1866? Là son génie éclate tout entier. Devant de telles épreuves, on a peine à admettre que l'artiste n'ait pas pratiqué le travail du cuivre pendant vingt années anté-
rieures, on reste confondu par l'évidence des dates qui prouvent que cette série fut, en une quinzaine de mois, un caprice du peintre qui s'essayait à tout. Ces eaux-forles remontent immédiatement à Rembrandt et à Goya : c'est tout de suite à ces noms qu'il faut penser pour comparer dignement. Ce sont de saisissantes créations, où se trouvent réunis tous les jeux, toutes les ressources de l’eau-forte. Des planches comme le Kabyle mort verllé par un ami, la Maréchalerie au Maroc, la Sérénade, l Amateur de Jardins et surtout l Anachorète, d'une
terrifiante beauté ascétique, compteront parmi les:
pièces capitales que cet art a produites. À ceux qui penseraient que J'exagère, je ne saurais trop
conseiller d'aller consulter les albums d'aquarelles et la série d'eaux-fortes que M. Joyant | * laisse voir aux amateurs d'art dans les galeries
du boulevard des Capucines. Ils verront là, notamment dans la planche de l’Anachorète, dequelle façon magistrale Fortuny assemble les nuées d’un orage, les stries de lumières blafardes, échevèle un arbre dans l'ouragan, passe
du noir absolu au blanc, varie un terrain, pré-
cise des formes dans un chaos — et comment, dans la Maréchalerie, il s'approche de Rembrandt par la qualité des pénombres, et comment, dans le Kabyle mort, il mêle la hachure au vernis mou pour obtenir un effet à la fois velouté et acerbe, et quel style à la Delacroixil y à dans cette figure morte, couverte des lourds plis d'un burnous sur lesquels est posé le long fusil, et dont seulement émergent les pieds nus,
d’un dessin puissant et tragique. Nous n’avons pas, hélas! trop de place pour exposer les dessins de nos maitres français modernes, au Luxembourg où M. Bénédite fait des prodiges pour arriver à les montrer par séries; mais Je suis certain que s’il lui était donné d’ exposer un
jour cet ensemble d’eaux-fortes de Fortuny, ce.
serait une véritable révélation pour tous les jeunes artistes qui, plus que personne, viennent chercher plaisir et exemple d’art dans ces séries.
Ils ne pourront pas, malheureusement, voir la peinture de Fortuny; l'Etat l'a méconnue, et les possesseurs de telles œuvres les gardent jalousement. De la Vicaria une gravure à été faite; peut-être l'original sera-t-il destiné au Louvre par une généreuse donation. Mais on ne peut voir une autre manifestation des dons excepfionnels de Fortuny : je veux parler de ses copies d'après Goya, et notamment de celles que possèdent M. de Madrazzo son beau-frère, et M'° la marquise Carcano, outre MM. Stewart, Davillier, de Goyena. Ces copies sont parmi les plus belles qui aient été peintes et peut-être n’y a-t-il au x1Ix° siècle que Ricard et M. Degas qui en aient réalisé d'aussi parfaites. Ce sont, non des copies, mais des identifications absolues d'un artiste à un autre, et on ne pourrait discerner l'original. Je me serais absolument refusé à croire qu'une d'elles, le portrait de Marie- Louise et du roi de Rome, de grandeur naturelle, fut exécutée en deux jours, si je n’en avais recueilli la plus sérieuse assurance. Il y avait
quelque chose de foudroyant dans la spontanéité de Fortuny, comme dans sa vie. Non seulement il produisit de vingt à trente-six ans une prodigieuse quantité de dessins et de peintures dont l'examen fait supposer un travail de trente années, mais encore trouva-t-il le temps d'acquérir dans la ciselure une telle adresse, qu’à sa
vente il fallut, paraît-il, l'affirmation loyale des
commissaires et le témoignage de ses lettres mêmes pour détromper le public au sujet d'une épée sarrazine qu'il s'était diverti à exécuter et qu'on persistait à prendre pour. un alfange authentique, chef-d'œuvre de quelque antique « espadero » de Cordoue ou de Grenade.
C'était un grand artiste romantique, un beau maître. [l étincela et mourut. Un jour son œuvre sera de nouveau visible, et on l’acclamera.
Récemment une exposition a été faite à Londres, on y a revu quelques chefs-d'œuvre de
Fortuny, et il est bien regrettable que nos criti-
ques n’en aient pas parlé : l'échange d'idées
. internationales est prompt chez nos voisins et
lent chez nous. Mais c'est une question de temps. Il y a là un feu glorieux sous une cendre légère. On a peu écrit sur Fortuny, mais on a eu le temps déjà d’en dire trop d'inexactitudes, dont la plus grave est celle-ci, qui ne se
peut tolérer : on a parlé de l'école dégénérée de
Fortuny, en semblant l'en rendre responsable. Il est très vrai qu'après le succès inouï de la Vicaria une foule de petits peintres se sont mis à faire des tableautins dans ce genre, en Espagne et en France. Comme ils n'avaient ni dessin
170 DE WATTEAU A WBISTLER
sérieux, ni belle couleur, ni distinction native, ils en sont vite venus à fabriquer des chromos d'une fausse grâce affadie, des aquarelles pour calendriers et magazines du jour de l’an. Mais il est monstrueux d’imputer cela à Fortany, d’abord parce que ce genre est venu bien plus de Meissonier et de Lami que de lui — et on a peu copié Lami, qui avait un talent vrai, alors qu'on a adoré le photographisme de Meissonier — et ensuite parce que Fortuny n’a Jamais eu d'élèves et aurait sans doute pensé des Leloir, des Adrien Moreau, des Vibert, des Detti, et de tous ceux qu’on a abrités derrière son nom, ce que nous en penserons nous-mêmes. Il à été démarqué et n’en saurait être rendu responsable. Une telle allégation est aussi bizarre que si l'on reprochait à Frans Hals d’avoir prétexté M. Roybet, si l'on se plaignait d'Ingres parce qu'il permit M. Bouguereau, ou si l’on boudait l’orientalisme de Decamps en voyant Gérôme.
Fortuny a été un homme extraordinaire, — et personne ne pourra dire ce que cet homme fût devenu, si sa vie n'avait pas été brisée prématurément. Il avait tout, la technique, le sentiment, l'originalité de vision, l’ardeur au travail, la hauteur de l’âme et la clarté de l'esprit, et tout donne à penser qu'il serait aujourd'hui l'un des plus curieux artistes, et peut-être le précurseur d’une renaissance de la peinture héroïco romantique.