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torsions d’étoffe, aux corselets du second Em-
pire, avec une fantaisie qui allège l’esprit. La femme, en ces œuvres, apparaît désirable mais chaste, belle mais lyrique : c’est un oiseau, une créature de grâce fluide, aux gestes enfantins et ravis; c’est avant tout un prétexte à tonalités chantantes et charmeresses, une fleur de luxe et de cérémonial.
On ne peut rien imager de plus élégant sans afféterie que la proportion de ces figurines aux tètes mignonnes, d’un galbe pur, aux rondes épaules nacrées d’une lumière qu’ellesrayonnent à leur tour, aux jupes fastueuses épanouies en ailes; ce monde minuscule, tanagréen, où cha-
que créature s'exprime en un mouvement per-
sonnel, ce monde de femmes posées comme des colombes dans un paysage heureux, c’est bien à un prodigieux effort, à l'hallucination d’un génie fantaisiste et charmant qu'il est dû. Les œuvres de la première manière ont déjà cette
grâce. Dans leurs coulées de tonalités lisses, les femmes sont alanguies, perdues en de longues lignes fuyantes, et toutes sont, penserait-on volontiers, inspirées de la beauté blonde de l’impératrice Eugénie. Mais les princesses féeriques de la seconde période sont graves, étranges; quelques traits suffisent à leur imposer une expression parfois surprenante à force d'intensité. Une âme italienne y brûlé, galante
et hautaine, voluptueuse et tragique. Les sou-
venirs de Watteau, abondent moins que ceux des patriciats florentins en cette œuvre romantique.
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184 DE WATTEAU A WEBISTLER |
Représentons-nous Monticelli comme un de
ces Marseillais à l'extérieur simple, aux façons presque joviales, mais rehaussées d’une gravité, d'une dignité dans l’aisance qui tient à distance toute familiarité vulgaire; de ces esprits à la fois spontanés et aide fout ensemble enclins à l’emphase comme les Grecs, et pleins de mesure et de tact, tantôt presque enfantins, tantôt fiers et prompts à s’offeuser, nonchalants, adorant le soleil, heureux du réalisme qu'il dore et transfigure, insoucieux de la gloire, incapables des compromissions qui la paient,
jugeant d'homme à homme avec une terrible :
liberté de mots, parlant à un monsieur influent comme à un batelier, avec la même cordialité ferme, presque avec l’égalitaire tutoiement des Athéniens de l’Agora ou des sultans question-
nant les portefaix “dans les rues de Bagdad. Tout
cela fut dans Monticelli, avec un fervent romantisme. En parlant de Watteau ou de Rubens, il soulevait cérémonieusementson large sombrero, . comme je l'ai vu faire à M. Ziem. C'était une âme rare, et désarmée dans la dure vie contemporaine, avec des malices et des ingénuités d'Italien artiste, inconsciemment stupéfait de ne plus vivre au temps de Cellini ou de Giorgione. Ayant quitté Paris au moment de l'investissement, il vient à Marseille à pied, semant sur sa route portraits et esquisses pour payer sa nourriture, et arrive en lambeaux, comme un mendiant. M. Chave, qui lui fut un protecteur dévoué, lé conduit dans un magasin de confections. Il en sort ganté, superbe, et, rejoignant à
à la porte M. Chave et un ami, il les prie de le laisser marcher seul devant eux, afin de ne pas ‘atténuer l'effet qu'il compte produire! C'est un enfant plein de confiance, avec des subtilités propres à la rouerie amusante des enfants. Un jour, on parvient à lui amener un riche négociant millionnaire, qui se décide à lui acheter une toile. On tombe d’ accord sur le prix de cent francs. Au moment de payer, l’amateur s'apercoit qu'il n’en à sur lui que soixante. « J’emporte le tableau, dit-il, vous recevrez la somme dans le courant de la journée. » Monticelli devient boudeur, hésitant, et, à. la fin : « Que voulez-vous? dit-il en soupirant, les affaires sont les affaires, emportez le tableau et donnezmoi les soixante francs. » On ne put jamais, ajoute M. Edmond André, de qui je tiens l’anecdote, lui faire comprendre qu'il eût pu faire crédit à un millionnaire pour une heure ou deux. Tel est l’homme, qui aime à chanter à pleine gorge, ne sait pas de meilleur régal qu'une oursinade mangée avec de bons amis dans les cabarets de l’'Estaque et arrosée d'une « bouteille de quinze ans » qu'il réclame naïvement, un peu Oriental comme tout Marseillais, sentencieux, expansif et réservé tout ensemble, simple et noble, avec un goût pour l'apologue et la répartie, tout à fait dans la manière des habitués du Pnyx ou des sages et ingénieux Kalenders, avec tout à coup des joyeusetés de rapin, des plaisanteries pas méchantes.
Sous cet extérieur, il y a une extraordinaire passion pour la lumière et une imagination de