PRÉFACE FETE
C'étaient des inspirés et non des disciplinés, des maîtreset non des professeurs. C'est l'Ecole qui est la décadence et le désordre, avec tout le cor-
lège de notions mortes el de recettes séniles qu’elle traîne dans le présent, au nom du passé,
pour paralyser l'avenir.
On trouvera ici des pages où cette conviction s'énonce. On y lira aussi des commentaires sur quelques modernes qui ont fait œuvre d'indépendance, de foi dans l'immanence de la beauté. Is l'ont aimée, cherchée, trouvée dans le temps où
il leur avait été donné de vivre, et en cela ils ont © fait leur devoir d'artistes envers elle comme envers nous. Il n'y a pas une beauté canonique placée
quelque part dans un firmament hypothétique el
indéfini : la beauté évolue, mélée à la vie; elle est partout, elle est en nous, elle attend qu'on la dégage. L'amour et le désir sincère la découvrent.
-C'est une pensée impie et criminelle que de gémir
de la laideur d’une époque en regrettant la beauté . d'une autre. La vie ne permet pas cela : elle crée
de la beauté toujours, avec une insistante, une sublime, une sereine indifférence. Cette toison d'or est cachée, nous devons la retrouver, elle se renouvelle sans cesse. Malheur à l'Argonaute paresseux qui S'en tiendrait à celle qui a déjà été trouvée! Il ne verrait plus qu'une dépouille flétrie et rongée par les vers, comme l'est cet idéal de
Me PRÉFACE
beauté « indépassable et formulé une fois pour. toutes » que l'Ecole, niant l'évolution vitale, conserve dans l'arche de ses préjugés. Sous les bandelettes dorées des préceptes, il n'y a plus que de la pourriture, et le cadavre des vieilles beautés déchues empoisonne l'époque qui veut vivre. Les morts ne veulent pas qu'on reste auprès d'eux : il faut aller plus loin, créer, chercher, se tromper, regarder l'univers avec des yeux tout nouveaux. . Admirons, ne refaisons pas. Imiter, c'est être lâche, déchoir et périr.
L'esprit d'Ecole, c'est l'esprit du de vivre. De Watteau à Whistler, l'art litre a lutté contre cel esprit, s'est indigné contre ce refus.