UNE PENSIVE
Sa personnalité s’est révélée en 1895 et rapideient affirmée. L'opinion des meilleurs peintres de la jeune génération est qu'elle est un des plus forts d'entre eux et qu’elle touche à la maîtrise. Une dizaine de toiles importantes, cinq ou six secondaires, une série d'affiches, des études deux livres abondamment illustrés : voilà où juger dix ans d'efforts de cette jeune femme silencieuse dont on ne lit le nom dans aucun journal mondain, qui ne va nulle part, n’est de
rien, et dont le caractère est d’une singulière
fierté.
La technique et l'âme d’une telle œuvre valent l'étude, l'évolution est significative.
Girondine avec des ascendances basquaises,
M'° Dufau semble avoir été, dans ses premiers
Di. Rs , DE WATTEAU A WHISTLER
tableaux, une déracinée s’en tenant, par prudence, au réalisme immédiat, et taisant son sentiment et ses aspirations au style pour ne s'occuper que de parfaire son métier. Ce métier fut dès l’abord d'une süreté rare. Il est diflicile de trouver plus de talent chez un débutant que
dans les Ricochets (1895) et les Enfants de mari-
niers (1897). La composition est simple et libre : le garçonnet nu qui, au premier plan des Ricochets, lance .sa pierre, s’enlève liardiment sur
l'eau lumineuse, et son corps est d’une justesse de valeurs et d’une finesse de dessin en mouvement qui ravit les yeux. Entre les angles aigus de ce corps et ceux du corps d’un autre enfant assis, jambes pendantes, au rebord d'un bachot à droite, s’établissent d'amusants rapports de lignes brisées qui créent la vie et prolongent les gestes relativement à l'horizontalité de la rivière et de sa berge opposée où s’alignent de maigres arbustes de banlieue. C’est du réalisme à la Degas, strict dans le pittoresque, avec une grande | préoccupation de l'atmosphère, une gamme blonde, une facture alerte, et le charme suburbain, pauvre et joli, des premiers Raffaëlli. Les. Enfants de mariniers insistent dans le mème sens, groupant cinq figures expressives dans une composition très osée, une arabesque toute” décorative de nudités grèles aux grâces de jeunes animaux heureux de l’ébat en pleine eau, avec … un emploi des obliques montantes tout à fait ingénieux, le fait de quelqu'un qui a regardé la nature avec les yeux des impressionnistes sans servilité à leur technique, et qui a compris le \
MADEMOISELLE C.-H. DUFAU F2 ouf
Paris pauvre. Déjà là M"° Dufau se montrait sous l'aspect simultané de paysagiste de plein air et peintre de nu, singulièrement apte à exprimer les anatomies nerveuses et surtout à transposer le frisson de l'air sur la chair. Mettre en lumière, situer, elle avait ces dons fondamentaux que l'Académie n'avait pu pervertir, et elle avait aussi celui de ne pas confondre l’anecdote avec la scène, la vignette avec le tableau. La largeur d'exécution, le tact variant le degré d’achève- ment, se gardant du détail inutile, mettant tou- Jours en avant le souci décoratif el synthétique des grandes silhouettes et-ne « finissant » qu'en
raison du caractère des parties traitées; toutes.
ces qualités qui sont le bon sens de la peinture lui étaient innées; aussi avait-elle produit deux excellentes toiles, et Les Jeux d'été (1898) confirmèrent ces promesses. Mais déjà là se pressentait le désir instinctif de faire prévaloir le grand aspect décoratif et de quitter graduellement la peinture d'observation pure et simple, la scène de mœurs et le tableau de genre, pour rechercher des secrets plus intimes, des lois plus strictement picturales. fe
Ces premiers tableaux n'étaient à proprement parler que des études, des occasions de grouper, de concilier ou contrarier des plans et des lignes, d'exprimer la différenciation des matières. On n'y trouvait pas assez de personnalité si l'auteur souhaitait être un peintre anecdotique : et heu- reusement certains détails annonçaient, sinon au public du moins aux connaisseurs, que-.
M! Dufau n'avait pas du tout cette intention.
Mais d'autre part on sentait fort bien qu’elle était gènée, occupée jusqu'alors des exigences techniques et désireuse, y ayant . d'appliquer touté son expérience de palette à Pinterprétation de rèves personnels qu’elle ne savait encore formuler ni à autrui ni à elle-même. En un mot cette artiste douée voulait passer de la pétite peinture à la grande, et, à Paris, elle n'y parvenait pas. Ses tableaux avaient encore le défaut de ne rien révéler de son sexe, de son effort pour Vaffirmer ou l'oublier : on n’eût pu les attribuer à un homme plutôt qu'à une femme. Elle retardait ainsi l'emploi d'une force précieuse. Si lon a pu soutenir que dans la région des chefsd'œuvre la différence sexuelle des auteurs doit. s'abolir, il semble infiniment plus rationnel, et en tous cas plus conforme à la logique générale des arts, de penser que celte abolition résultera non de la masculinisation de la femme, comme on le sous-entend, mais de l'affirmation hardie, au contraire, de sa féminité, c’est-à-dire d'une puissance aussi forte, aussi riche que celle de l’homme, égale et différente, ne permettant plus de reconnaître une supériorité masculine, ne contraignant pas la femme à abdiquer sa psychologie pour emprunter l’autre. On était conduit à penser à tout ceci dès 1898 devant les très intéressants débuts de cette artiste; une bourse de voyage, en lui donnant l'occasion d'aller en Espagne, allait mettre fin à ces hésitations.
Là-bas M'° Dufau dut être bien moins sen- .
sible aux monuments et aux musées qu'à la terre elle-même. En Espagne et dans les pays basques »
MADEMOISELLE C.-H. DUFAU f RG
cette déracinée occasionnelle se trouva en face de son hérédité, et entendit la voix de sa race et de son sang. Aucun parisianisme n'avait pu entamer en elle l’atavisme de grave énergie, obéi dans un travail incessant, sinon dans des résultats définis. L’âpre beauté sensuelle et farouche de ces contrées impressionna violemment la visiteuse par un contact insistant et révéla- - teur de l’âme et des mœurs. Et lorsqu'elle revint, sa personnalité s'était complètement reconstituée avec une lucidité et une logique d'organisation qui, sans affaiblir sa sensibilité féminine
allaient lui ouvrir des méthodes de volonté. Au retour d'Espagne, M°° Dufau quittait la peinture de genre, le réalisme simple, et tentait, directe. dl hardie, une peinture toute nouvelle, décorative par la ligne, symphonique par le coloris, symbolique par les intentions, et... on pourrait dire païenne, ou Dee par le caractère et la psychologie.
On l'a parfois rapprochée de Besnard, à cause d'une affection marquée pour les harmonies - bleues et orangées : c’est là un rapprochement tout extérieur et facile dont je reparlerai. Mais il en est un qu'on ne fit pas et qui me semble bien plus sérieux. C’est celui de l’analogie d’esprit et de-circonstances qui a fait passer Besnard de ses premières toiles caractéristes, sombres, de Londres à ses nudités amoureusement caressées de reflets, et à tout cet art si large, symbolique et panthéiste qu'il a fait depuis, après les premières aquarelles de montagnes du lac d'Annecy qu'on vit de lui aux Aquarellistes vers
1888. À M" Dufau comme à lui la Cavcholsui
ample des montagnes a élé be De cette période date l’éclosion ardente d'une
nature à la fois grave et vivacé, qui pénètre et
illumine un talent singulièrement mûri etaffermi
par la chaleureuse nature dont il émane et qu’il restitue dans Espagne, dans Rythme, dans l’Automne, celte toile de premier ordre que le Luxem-
bourg a gardée opportunément. les titres deviennent synthétiques et les œuvres en tiennent
la promesse. L'artiste touche au vrai beau sens de la peinture, du moins à celui que notre âge lui veut donner — des synthèses décoratives s'édifient
En berçant l'éclair fauve et riche de leurs lignes Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir.
Ces deux vers de Mallarmé me semblent être
l’épigraphe parfaite de cette œuvre dont la singulière sensualité détonne par sa magnificence
dans la réaction sombre de l'actuelle école fran-.
çcaise : œuvre salubre, où vibre le frisson heureux
du désir antique, avec pourtantune inquièle nervosité moderne. C’est au nu masculin ou féminin :
que l'artiste demande les combinaisons expres-
sives, les complexités linéaires, les surprises savoureuses de son art. Pour elle le corps humain
est, comme pour Rodin, un chiffre aux infinis
secrets, une clef, un sy mbolisme en mouvement,”
et un des plus absolus motifs de synthèse.
Elle le combine au décor ou l’en isole. Tantôt. il est vêtu et pétri de tous les suaves reflets d'un” paysage de frondaisons qui semble y incarner.
MADEMOISELLE C.-H. DUFAU x 7 2081 lerêve diffus qui le hante : tantôt ces grands corps dorés, fauves ou mats, riches d'une âme de lumière condensé, paraissent illuminer les ra- meaux dont les formes dociles prolongent les
leurs. Une union délicieuse mêle à la chair le végétalnon moins vivant, et selon les courbes des corps s’ordonnent où se contrarient, en de subüles, réversibles et touffues alliances, les palmes ondoyantes, et toutes diaprées de rayons, des feuillées ornementales. Dans Rythme, l'artiste touche au fond des destins de la peinture : l’évocation tangible d’une idée se formule vraiment par la réciprocité immédiate ou lointaine des
Corps, leur balancement, le jeu souple de leurs . volumes de chair irradiée flottant dans un air dense, chaleureux et attendri. La guirlande décorative des trois corps s'infléchit depuis les courbures minérales d'une vasque touchée de Clarté, les courbes s’ordonnancent et se ré- pondent, jusqu’à devenir, à la gauche extrême du tableau, le redressement exquis de la jeune fille nue et mince qui s’eloigne, hésitante, et se
retourne, et se voile du soleil. Il y a là le Ry/hme,
Vraiment, que suscile la syrinx sous le baiser Sonore de la nymphe médiane. Suspendues dans
l'atmosphère heureuse, ces figures en résument le sens. Pourquoi pensé-je obslinément, devant celte toile, aux premières mesures de l’immortelle sonate pour piano et violon de César - Franck? C'est la même puissance magnétique de mélodie continue, le même début d’inexpri-
Mmable douceur, de tendresse et de grâce, el aussi la même fermeté linéaire et chromatique.
Un tel art appelle immédiatement l’idée d’une : volontaire sensualité cérébrale. Il y a là une caresse que la touche elle-même exprime, onctueuse, moite, épousant les contours avec la ferveur silencieuse d’un baiser. Un telart, mythologique pourtant, hellénisant et faisant revivre Théocrite, est infiniment éloigné de l’acadé-. misme par la qualité de son exécution et le sens tout païen de son harmonie. Gardons-nous de penser qu'un {el art représente seulement la transposition des songes qu’une artiste sérieuse et retirée, une cérébrale avertie et subtile, a posés là, un peu en mage de sa vie. Plus haut que les sens, plus haut que les désirs, l’idée parle là, et les corps ne sont que ses images. Nous sommes dans un pays non chimérique où s'imposent des speclacles de réalité parée de lumière, des formes saines dans un air salubre, : et nous entendons ici non pas les regrets d'une. âme qui se console de la vie moderne en peignant la patrie rêvée, mais le chant lui-même de cette âme, l'hymne de son plaisir compréhensif devant les possibilités de l'existence, et les personnages du Rythme et de l'Automne ne sont point des nymphes, mais des pensées calmes et fortement harmonieuses, vôtues du plus riche vêtement,” la nudité ensoleillée.
I y a donc là une intellectualité très aiguë, el, un profond contraste avec les nus de Besnard, auxquels on à comparé ces œuvres. Besnard à | « mis des idées » dans ses décorations : mais quand il peint le nu, ilne peint que des morceaux Il ne pense pas, il se récrée, en fils de Rubens,…
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de Boucher et de Fragonard. Il cherche la belle forme et la belle couleur, il n'est que peintre ; M'° Dufau inscrit une idée dans une forme, en tout ce qu'elle fait. Et on peut dire ainsi que cette jeune femme, dont la peinture a fait sensation par sa voluptueuse enveloppe et l'ingénuité heureuse de son paganisme, n’est aucunement une artiste du sensualisme. Seulement, ce qui fait d'elle quelqu'un d’extrèmement remarquable et de très fort, c’est qu’elle peut garder léquilibre absolu entre l’idée et l’apparence, et donner deux sens à un tableau : Ryfhme ou Automne, ce : sont des régals de chair, de lumière et de fleurs, et pour qui sait ou veut voir au-delà, ce sont des symboles. Cette personnalité s'est mürie et
ouverte comme un beau fruit sous la lueur na-
tale. AR
La Nymphe au repos, nacrée et comme imbibée de reflets, est un des plus sérieux morceaux de l’art actuel. |
Il y a beaucoup moins de sûreté et d’eurythmie dans l’arrangement de la Grande voix, qui est une œuvre donnant une impression d’esquisse, peut-être à cause d’un certain vide, d’une proportion trop grande. Mais regardez l’admirable nu, fauve et souple, d'Espagne : c'est d'un maitre, et je ne sais si Besnard'a fait mieux. C'est beau autant et autrement que lui, et j'entends bien qu'il doit y avoir de vives affinités de vision entre la masculinité de M!° Dufau et la féminité que recèle partiellement le curieux esprit du grand virtuose, affinités que leur commun amour pour les effets d'ombres bleues et de
rayons dorés a conduites à une certaine similitude d'exécution. Quant aux études d'Espagne et du pays basque, secondées par des natures mortes étincelantes, peu de peintres pourraient s'offrir le luxe de cette vision de Tolède brûlée de chaleur, vue récemment, où s'inscrit la ville entière dans des lueurs roses sur son rocher. abrupt et farouche. Telle silhouette d'Espagnol est l'indice de la pleine compréhension du caractère et de la race, parmi des notations accessoires toujours intelligentes et précises. La Partie de pelote au pays Paso rappelle Manet, mais encore plus Goya que Manet rappelait, par la crudité simplifiée de l'atmosphère, la synthèse des collines et des nuages, l'animation expressive des groupes, l’impressionnisme de la foule massée au fond, la caractérisation sérieuse des types, depuis ces deux exquises petites Basquaises aux yeux et aux profils de chèvres sauvages jusqu’à ces jeunes gens minces aux têtes petites et très pures. L’arabesque de cette foule sur la longue horizontalité du tableau et du décor s'arrange ici avec un subtil sens de la vie - crispée. Les notes blanches des joueurs strapassés sont des chiffres ornementaux. Le plus curieux échange se fait entre les lignes brisées des collines, celles des joueurs et celles des spectateurs : à étudier de près cette apparente confu- … sion et la manière dont chaque unité se reconstitue dans l’ensemble, on reste surpris de la * jeune vitalité de ce talent, de son respect du | caractère, et aussi de la sincérité alliée à cette … science qui ne confond jamais le pittoresque et …
FA
lescamotage et peint hardiment, avec des procédés très nets, en plein air, une trentaine de figures de tous âges, de tous plans, de toutes attitudes, et sait les faire vivre dans des dimensions restreintes.
L'affiche bien connue du Jeu de pelote à Paris restitue cette grande figure du joueur en blanc, si svelte et d’une torsion si nerveuse. Affichiste,
soit qu’elle traitât ce sujet qui lui est cher, soit qu'elle fit pour la Fronde une significative réunion de femmes pauvres attendant à l'horizon la lueur du meilleur avenir, soit qu’elle composât pour l'Exposition d'Hanoï une fantaisie bariolée et d’une synthèse capricieuse, M'° Dufau s’est
- révélée d'emblée pleine d'eutente du genre, des sacrifices et des évidences qu’il exige, et là encore son instinct inné, son amour de l’art décoratif l'ont servie, comme dans ses images pour les écoles où les devises enfantines s'inscrivent de si amusante façon dans des décors naturels.
Un des derniers actes de M. Henry Marcel, qui rendit tant de services à l’art en un an et en recut le paiement qu'on sait, a été de faire confier à M'° Dufau quatre panneaux de la Sorbonne.
C'était comprendre et servir à souhait la direction véritable et essentielle de son art, lui ouvrir une voie où sa spontanéité la fera vite compter parmi les premiers artistes de son temps.
Des illustrations de Basile et Sophia, j'imagine n'avoir rien d'autre à dire que leur parfaite idenüté à l'esprit du texte, et Paul Adam ne me
démentira pas, lui qui compte pour une bonne - fortune d'art le fait d’avoir trouvé un tel colla-
borateur à un de ses ouvrages qu'il a raison de préférer, et qui est une merveille. L'iconographie d'un semblable livre ne pouvait se comprendre que de deux façons : ou une reconstition archéologique minutieuse, véritable exégèse comme celles de Rochegrosse pour Hérodias et Salammbé, où un commentaire ornemental, imaginatif et symbolique renonçant à restituer l’époque byzantine et traduisant les états d'âme des héros.
M'° Dufau, en choisissant modestement le second parti, a satisfait à la fois à sa tendance synthétique et à sa curiosité littéraire, et il en est résulté un des ensembles les plus homogènes que l'illustration contemporaine puisse présenter, un modèle de grâce nerveuse et de compréhension. Le commentaire dessiné des Femmes Êe de Setné témoigne d'un esprit moins inventif el
; plus préoccupé de mettre en relief certains traits d'érudition égyptienne. Mais là aussi on retrouve ces corps minces, ces pâles figures aux yeux étranges, ces expressions aiguës el fantasques,.
cette volonté lente et ce paganisme qui mettent
un peu de mystère et d'inquiétude dans toute
l'œuvre de M'° Dufau, sans en altérer l'har-
Ée monie!. ï | Extrèmement intelligente et consciente, ne \ créant que lorsqu'elle a quelque chose à dire,
et le disant avec une énergie et une résolution concentrées, à la fois ardente ét réfléchie, se ré- .
1, Au Salon des Artistes français de 1905, un nouveau grand poème de nu et de soleil, Jeunesse, affirmait cette constante et originale maîtrise. |
férant à sa race et enrichissant son instinct des alluvions méthodiques d’un esprit auquel rien ne se ferme, M'° Dufau à son dessin à elle, son style, sa marque, et le moindre croquis de sa main ne se confond avec ceux d'aucune autre.
Préparée par de sagaces études de nu, de nature morte, de paysage, à la composition décorative
et à cette mise en œuvre de l'idéologie sans la-
quelle il n'y à pas de grande peinture, elle m'’ap-
paraît aujourd'hui comme l’un des très rares
êtres capables de rénover l'art des sujets, et de
trouver dans la modernité les éléments d’une
synthèse lyrique délivrée des pastiches caducs.
Personne ne peut plus éloquemment contri-
buer à faire cesser le désaccord funeste qui,
par la faute des écoles, s’est élevé entre le pein-
tre de morceaux et le peintre d'idées. Elle
donne l'exemple d’une artiste qui absorbe à
degré égal les deux tendances, par le jeu natu-
rel de sa vocation, et refait avec elles une beauté neuve, à la fois sensuelle et méditante, riche de
songes luxueux, saine comme les fruits de la
terre, un peu farouche, et d’une profonde, d’une
‘insistante saveur.
Je ne sais pas de cerveau mieux armé. Il y a une tâche admirable à remplir pour un peintre ornemental. C'est d'inscrire dans une synthèse décorative toute une série de symboles nouveaux, toute la représentation poétique de la science. Nous verrons peut- ètre cette jeune femme pensive et forte créer enfin cet art-là, cette mythologie de l'évolution qui serait le style de notre âge.