‹ De Watteau à WhistlerChapitre 35 sur 42 · ANS · texte numérisé non relu

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vermeil; les robes amples entremèlent des flots 7 . adorables, les’ géraniums des bouches et les . pensées veloulées des yeux, sous le miel ou le jais des chevelures, dans la chair dorée ou bleuâtre des visages, fleurissent avec un charme | étrange: les lueurs sont sourdes, il règne un 5 Doc aux parties supérieures de la salle, Doors la vapeur des mets, des ‘parfums chaleti- | reux et des respirations. Tout au fond, sur cette : ture diamantée, se dressent les torses noirs et rouges des maitres d'hôtel et des tsiganes. Au . faite d'une monumentale cheminée de porphyre, . un buste à perruque, hautain, nu sur l’évoca-

tion éteinte des tapisseries, semble l’orgueil morne et figé de la fète toute entière, et déjà … l’image de la tristesse à l'heure du lente et des lumières éteintes, du petit jour blafard.….

Etilya là une poésie spéciale, Toute + colo- ration ardente se concentre, chante en mineur, avec une fiévreuse expression. On pense cons- . lamment au vers de Baudelaire : « Valse mélan- … colique et langoureux vertige », c'est la devise . de cet art lout entier, de cet art si peu littéraire - pourtant, si richement pictural. La technique de ; ces caprices est admirable. Les valeurs des noirs

- dans les ensembles roses, les tonalités des pans de mursou des meubles entre deux lumières, . les évocations des fonds, le dessin d'une main jou désigne, rectifie ou insinue, l'attitude d'une \ tête, l'éclairage d'une nuque, sont autant de merveilles qui décèlent sous le lyrique imagià natif un observateur précis, sous le poète de fêtes . galantes un connaisseur des facticités mondaines

un homme sachant ce qu'il y a d’égoïsme, de convoitise, de défiance armée, d'amertume et

d’ironie sous la correction apprètée à quoi se

réfère parfois l'animal humain, par une conven- 3 tion tacite qu’il vient contresigner dans ce qu’on. appelle le monde. Cest bien là l'éblouissant pas-

sager, chargé d'électricité nerveuse, d’un lieu où les êtres, tout vibrants encore de la tension. égoïste, viennent faire semblant d’être policés,

désintéressés, uniquement soucieux d’un opti-. misme délicat et d’une attitude choisie, cependant qu'au vestiaire de leur âme les passions, les haines, les clairvoyances cruelles attendent de leur refaire le vêtement usuel de la vie. Mais. tout cela, qui, chez un Degas par exemple, devient, comme dans les œuvres d’un Paul Her-

vieu, l'essentiel but de l'œuvre, est ici entraîné

dans le souci capital des hermonies. Ces êtres. sont vrais, observés, aperçus avec justesse; mais. ils sont d’abord vus par le peintre, et si l’homme . s'amuse de leurs gestes et de leurs intentions, » et se hâte de noter leur psychologie, le peintre. ne les retient qu’à titre de taches noires ou roses” dans une symphonie que compose le salon tout entier, ils sont avant tout, à ses yeux, les motifs. 1 ‘ chatoyants d'une musique infinie à laquelle son M âme est prète el qu il se sent créé pour jouer, 1 d’une musique qui est la lumière, pour lui le seul être existant réellement au onde: l'être multiforme qui absorbe tous les autres, les sus-« cite quand il vient et les annule quand il se retire, l'être féerique dont Gaston La Touche : recommence à chaque minute l’infinissable por

trait, la lumière-fée qui se joue en toule son œuvre comme un sylphe eapricieusement suprème.

Je’ne vois rien d’analogue dans l’art contem- porain à cette création luxuriante, spirituelle, - rêveuse, hallucinée ou souriante, née des effu- SIOns d'une àme étrange, et pourtant, malgré son amoncellement de songeries à la Heine, de déliresàla Schumann, de use lits allemandes, de froides clartés du Nord, de chaudes langueurs paiennes, de décamérons et de mysticités, de

. nervosités modernistes et de douceurs idylliques,

pourtant si intimement, si absolument française

dans la conception et l'exécution.

Gaston La Touche s’est voulu l'amant de la couleur, et la changeante maîtresse lui a fait une âme à la sienne pareille, une âme aux D cettes de lumière, une âme de cristal frissonnant, semblable à l’un de ces lustres anciens qu'il aime à peindre, suspendus entre terre et ciel au-dessus des êtres et des choses, isolés dans le vide magnétique, s’illuminant au feu de . la vie qui se déroule au-dessous d'eux, baignant

dans l'ombre supérieure, retenant au soir le Suprème aveu de la lumière qui s’en va, ns - doucement dans les ténèbres désertes . constitué de la clarté qu'ils émanent et planant dans un - Silence parfumé, révélant, dès qu'on les émeut, - l'arc-en-ciel suave et scintillant qu'ils recèlent . en leur concile de pierreries fragiles, exquises, - et impénétrables.

UN HEUREU X

Ce n’est pas une loi, mais c’est une constata- tion, que la joie ne donne presque pas de résul-. tats en art. « Tous les bonheurs se ressemblent, mais chaque infortune a sa physionomie parli=. culière. » Aïnsi débute Anna Karénine, un.des. plus beaux livres qui aient jamais été écrits. C’est peut-être en effet ce manque de physiono= mie particulière du bonheur qui l'empêche des contribuer à l’art que la douleur alimente iné puisablement. Le bonheur est un état dont on. se souvient ou qu'on espère, mais où l’on ne se. voit pas vivre : c’est une cessation de: tout. trouble, et par conséquent une cessation du sens critique de soi-même. Jusque dans les pa roxysmes de l’exaltation qui offrent à certains tempéraments une forme du bonheur, il y a un.

point culminant qui est calme jusqu'à l’inconscience et qu'on ne perçoit pas. On perçoit la . montée et la descente, c’est-à-dire les états avoisinant le bonheur; mais lui-même est un pôle où l'âme seule peut atteindre et survivre, et que la sensibilité ne contrôle pas. |

L'art étant fait des contrastes de cette montée et de cette descente, il s'ensuit qu’il n’exprime . presque Jamais le but lui-même. Quand il nous semble y parvenir, nous trouvons que, malgré tout, le bonheur, tel que notre âme le rêve, est . infiniment au delà de ce qu'on nous montre, et tous éprouvons une sorte de déception. Ainsi L:ozart, par exemple, en certaines périodes sym- phoniques, est l’image même de l’art heureux, mais donne-t-il vraiment cette sensation d'infi-

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