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Whistler est mort. On a dit, dans les jour- : naux, beaucoup de choses ayant trait à sa vie, à son humour, à ses procès, toutes les choses que la chronique croit devoir ramasser d'urgence . derrière un cercueil d'homme illustre; mais, par bonheur, sur son œuvre il n’a été dit presque rien, donc presque aucune erreur grossière. Îl semble que les personnes instituées par les gazettes pour parler très vite et dès le lendemain aient redouté quelque sarcasme posthume du grand ironiste : Whistler n’est pas mort; il 2 | S'est plutôt reculé d’un pas, RC nent
a au lendemain de sa mort.
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dans l'ombre mystérieuse qu’il aima peindre et. qui baignait toute son âme. Il a quitté la vie comme une soirée : il était déjà ce passant élé-. gant et furtif, apparu puis disparu un peu diaboliquement. On entendait son rire et déjà il. n'était plus là. Nous ne le reverrons pas : ceux. qui l’aimaient devront, pour l’évoquer, fermer. les yeux — et dans l'obscurité il leur réapparaîtra, comme dans ses toiles. Depuis la mort de. sa femme, à Chelsea ou dans son hôtel de la rue » du Bac, il était déjà, douloureux et taciturne, ce spectre de soi-même à soi-même confronté, . hanté des appels indicibles d’une chère présence, , et en ayant fini avec notre monde et nous tous. » Les journaux n'ont pas dit grand’chose de son … art : la mention de cinq ou six chefs-d’œuvre avérés, des fragments d'opinions écrites par quel-. ques critiques qui font loi — et rien de plus C'est que Whistler n'était pas « un sujet d copie ». Célèbre et mal connu, il créait le mys tère autour de lui; et il y avait bien peu de temp en somme qu'on ne le déclarait pas incompré hensible, dans la critique courante. On en par lait un peu comme du Mallarmé de la peinture avec circonspection, déférence et ignorance. St gloire avait atteint l'étiage exact où ceux quin savent pas préfèrent ne rien dire, parce qu'il es de notoriété indéniable que l’homme auquel ne comprennent rien est pourtant grand, et q leur critique prêterait à rire. En Angleterre, 0 l'avait attaqué furieusement parce qu'il se lev seul contre une honorable et fausse esthétiqu qui régnait après avoir, elle aussi, connu li
justice. En France, Whistler ne gènait personne. L'admiration de l'élite n'avait pas forcément pour corollaire, dans son cas, l’irritation des médiocres, que suffisait amplement à nourrir cet impressionnisme auquel, dès 1863, Whistler . s'était joint moralement, bien qu ayant, comme Fantin-Latour et Legros. une esthétique toute
différente. Cet étranger riche, illustre outre-mer, d’un esprit redouté, sans cesse en voyage, EXpo- sant des œuvres sombres, ne prèlait guère aux attaques. L'Institut s'arrangeait pour l’ignorer poliment, et avait vu offrir pour un prix déri- . soire le Portrait de M*° Whistler mère au Luxembourg sans susciter les scènes scandaleuses du legs Caïllebotte. Une seconde médaille, indul- . gemment conférée d’ailleurs à ce chef-d'œuvre lors d'un salon antérieur, lui donnait un visa . suffisant! Le détail est d’un comique discret qui Jui vaudra d'être retenu. Les tempéraments exceptionnels semblent ne gêner l’Institut que lorsqu'ils sont français. Seulément il y avait - des sourires dédaigneux, s’il advenait qu’ on - déclarât cette œuvre la plus belle du musée, et chacun des réputés, à part soi, pensait aux siennes et se rassérénait.
Le génie de Whistler, sa vie et sa mort se sont résumés en deux mots : mystère et har- monie. Dans ses marines comme dans ses portraits, il a été avant tout un harmoniste, avec une délicatesse, une intensité, une anxiété que personne n’a eues à ce degré. Il a moins peint les choses que l’atmosphère qui les enveloppe. … Cette phrase pourrait s'appliquer exactement à
Claude Monet, qui est aux antipodes de Whistler, si l'on n’ajoutait aussitôt que celui-ci peignait l'atmosphère morale et magnétique. Monet peint l’onde lumineuse, Whistler peint l’e/fluve. Et c'est en cela qu'étudier Whistler, c’est étudier le mystère dans la peinture, au point de confondre constamment ces deux études. ; Ce qui rattache Whistler aux très grands maîtres du portrait et notamment à Velasquez, |
c'est moins l'élégance nerveuse de l'attitude, le choix d'une harmonie ombreuse où frissonnent | quelques lueurs d'argent et d'or, que cette faculté singulière de présenter un être dans son rayonnement psychique, par transparence, de facon qu'on voie, si je puis user de cette image obscure, l’âme du modèle interposée entre nous et son corps, Velasquez et Van Dyck ont soupconné cela : Whistler l’a réalisé. Ce souci'n'a Jamais décidé ces génies à sacrifier la perfection extérieure des détails, et c’est de la réalité puissante des êtres qu ‘ils ont peints qu'on déduit par la contemplation la psychologie recélée par les visages. Mais Whistler a trouvé son origina- | %