‹ De Watteau à WhistlerChapitre 38 sur 42 · INDE · texte numérisé non relu

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lité dans la méthode contraire : son induction a d’abord étudié la pensée de ses modèles. Il les examinait très longuement sans peindre. Il Jui fallait vivre avec eux et on se plaignait de ses lenteurs interminables : quand il savait ce qu’il voulait savoir, il cherchait les traits essentiellement propres à signifier ce qu'il jugeait essentiel de dire etéliminait tout le reste.

Il composait le modèle peint d’après le modèle vivant, le savait par cœur. Seulement alors il:

prenait sa palette, y préparait très minutieusement un ton, cherchait vingt fois la place exacte -où poser sa touche — hésitation apparente qui n'était que la genèse d’une certitude —, posait cette touche etn'y revenait plus. Quelques notes ainsi définissant la psychologie du modèle, Les autres traits n'étaient plus pour Whistler que des motifs servant à relier les points essentiels à l'harmonie générale qu'il Jugeait propre à les faire valoir. C'était donc le contraire d'un réa- liste, qui peint tout et laisse à la nature le soin de suggérer : Whistler définissait ce qu’il pensait d’un être. Pour lui, la figure de chair n'était qu'un aspect fugace d'une âme, dans art comme dans la vie, et c'était cette âme qu'il fallait faire surgir et transposer sur la toile; ainsi nousne Mecque un homme que par ce que . nous en pénétrons sous son aspect physique, et . son corps ne nous est qu'un moyen mnémo- - technique de nous souvenir de lui. Ce lui, c'était - le sujet de tout portrait de Whistler; ce lui se révélait dans quelques symptômes physiques, et l'artiste enveloppait le reste, corps, vêtements, - traits analogues à ceux d’une autre personne, dans une harmonisation de pénombre.

… Nous n'avons eu en France que Ricard, génie incontestable qui n’est pas-mis à son vrai rang, pour témoigner d'un idéalisme analogue, bien qu'à un degré moindre. L'art de Whistler, par cette divination, devient presque inquiétant. Il participe du vrai spiritisme, il évoque le corps astral à travers le corps apparentiel, qui passe . au second plan. C’est là que Whistler est com-

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plètement étranger à Velazquez, si ses tonalités : etses valeurs l'en rapprochent, il est non moins. étranger à l'élégance généreuse de Van Dyck.

par la sécheresse, la nudité de son style, qui. semble désincarner l'être, n’en laisser qu’une silhouette emplie d’ombre, et qui exprime l'âme . par des lumières froides, avec on ne sait quelle à chasteté étrange, quelle survie préférée à la vie, quel amour swedenborgien pour « l'essence » et.

sa beauté abstraite, traits communs à l’art de. ô Whistler et à celui d’ Edgar Poë, son vrai frère. # intellectuel ! Et enfin, si une telle préoccupation est bien moderne, si cet art fluidique est bien. spécial à notre temps comme le néo-hégélianisme des théories de Mallarmé, rien n’est pour tant plus opposé à notre peinture d'observation et de caractère, au pittoresque impressionniste L'art de Whistler, jamais direct, transposan toujours, composant un être définitif d’après son modèle transitoire, en vient à ce degré de subtilité; il dit à un homme : « Vous n'êtes pas l’ab ‘solu à quoi mon portrait va tâcher de res sembler; vous êtes, vous forme de chair ici présente, l’ensemble d'éléments où je vais cho: sir de quoi exprimer plus durablement, et avec ma force et ma science, l'âme qui y habit c'est-à-dire vraiment vous-même, vous-même tel que vous ne vous connaissez pas pleinement. Chacun voit votre enveloppe sous un aspe différent; mais ce que je veux, c'est dire vot vérité intérieure, la pensée que vous cachez qui détermine vos aspects. » Aïnsi Ricar quand il revoyait un modèle qu'il avait por

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traicturé, lui disait quelquefois : « J'ai plaisir à voir combien vous ressemblez à votre portrait. » Phrase singulière et profonde, qu’on ne comprenait pas toujours. Un tel art est limitrophe R. de la métaphysique et de la musique, comme celui d'Edgar Poë; et pas plus que celui-ci, il ne doit être confondu avec le fantastique, qui est l’adjonction d'éléments surnaturels à un être normal et extérieur. Pour Ricard, pour Poë, pour Whistler, la présence de l'âme dans un corps est, par elle-même, le fantastique absolu, que n'égalera aucune bizarrerie de l’imagination, Et dans leur art à tous trois, cette présence reste contenue dans des formes absolument vrai- . semblables. Mais, si elle y est contenue, du

moins n'y est-elle pas cachée : elle transparaît. Quand nous envisageons un portrait de grand maitre, nous déduisons peu à peu, de la vérité” puissamment exprimée, l'âme : ainsi faisonsnous devant un être vivant. Whistler a déjà fait ce travail avant de nous montrer la toile, et ce - qu'il nous montre ce n’est pas l'être, c’est la déduction qu'il en a tirée. Là est l’inimitable de … Son génie, el cela ne se trouve chez aucun peintre de la même façon que chez lui, ni chez Vinci, ni Chez Rembrandt, ni chez Velazquez ou Van - Dyck, ni même chez les Primitifs. Ce qui marque vraiment l'originalité de Whistler dans sa façon d'évoquer, c'est, comme chez Poë, une sorte d’idéalisme impassible, mêlé d'une ironie Voilée et parfois glaçcante, une impartialité triste, «une grande aspiration à la solitude » comme … äls l'ont dit l’un et l’autre, et vraiment l'ixhu-

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