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310 DE WATTEAU À WBISTLER

manité de l'idéalisme absolu, indifférent au. 4 monde de la réalité passionnelle. 4 À une telle vision il fallait le concours d’une 4

LT æ FERA

technique spéciale. Whistler s’est appliqué à immatérialiser sa peinture et à n’user de la matière que juste pour rendre perceptible son évocation psychique des êtres. La tonalité générale de ses œuvres, c'est cette ombre à la fois légère et profonde, vaguement argentée et fauve, où. nous nous plaisons à rêver les apparitions Spi= * rites que la vraie lumière offenserait. Ce n'est ni le crépuscule ni la nuit : c’est l'ombre en soimême, un élément distinct des heures, et où se déroule une existence qui n'est point Ja vie ordinaire, tandis que notre Eugène Carrière, par exemple, prenant cette ombre dans une acception plus normale, en use pour envelopper des … :

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scènes d'intimité humaine. Même dans ses … paysages, ses marines, ses vues de Saint-Mare, Whistler se sert de cette ombre pour effacer ce qui n’est pas essentiellement expressif de l'âme. - L'ombre de Carrière renforce, celle de Whistler isole. En même temps il la fait concorder très picturalement au grand principe de la peinture, c'est-à-dire que tout tableau est le développement logique d’une lumière. Get évocateur spirite est un peintre génial par la maîtrise absolue … de ses valeurs et de ses harmonisations. A elles seules il a demandé la puissance évocatrise. Il s’est contenté du gris, du noir, de quelques notes bleuâtres, dorées, beiges, mais il s’est créé des gris, des noirs qui ne ressemblent, ni à ceux de Corot, ni à ceux d'aucun maître, de Velazquez à

us

Ses FR EX

Goya, ou de Bronzino à Tintoret, et qu'il a obtenus par des mélanges infiniment minu-

tieux. Coloriste admirable, il a inféodé la couleur à sa vision et à sa volonté d'un certain style. au lieu de se laisser séduire par elle : il y

a deux sortes de grands peintres, ceux qui cèdent à la joie de la couleur et ceux qui lui

résistent tout en l’aimant. Whistler, dans cer-

tains petits pastels, dans des marines, des détails 9 - È 1

de portraits, et dans ses caprices japonais d'une

grâce nerveuse et bizarre, a trouvé d'inimitables

bleus, des rouges, des verts, des lilas, qui prou-

* vent combien son œil était sensible. Mais il con-

sidérait les couleurs comme des éléments de la vie réelle, et l’on vient de voir qu’il ne voulait

peindre que la réalité seconde : les couleurs étaient pour lui de vives et brillantes mélodies

qui ne trouvaient point place dans sa sévère symphonie de l'étrange, et jamais il ne céda au

plaisir d’une fantaisie de couleur pour elle-

mème, ce qui a été le plus clair du talent joyeux

de nos impressionnistes. Je lui ai entendu dire

un jour qu'il n’aimait pas en eux le souci de montrer, par la décomposition chromatique des tons, comment ils obtenaïient l'effet d’une coloration que les yeux habituels voient une dans la

à nature. Cela le choquait : : il s’attachait à ce

qu'on ne pût savoir comment il avait peint —

eten effet on ne le sait pas toujours. Les dessous

de sa peinture, à la fois fluides et très chargés, déconcertent l’analyse. Il en est de même de la

texture des contes de Poë. Par moments, la.

matière est si légère qu'on croirait voir une buée

LA

Sur une +. et par moments elle a une COR= __ sistance minérale. Il est impossible de saisir le __ passage d’une valeur à une autre, d’une silhouette à un fond : le dessin est infaillible et … pourtant ne se décèle jamais. Aïnsi est-il impos-. sible de savoir, dans un récit de Poë, à quel. moment on quitte la réalité pour entrer dans le monde des rêves. | Whistler ne donnait pas d’autres titres à ses évocations de la nature que ceux-ci : Harmonie en bleu et argent, Nocturne en noîr et or, Arrangement en gris et vert. Les noms, les titres ne. venaient qu'après, soit dans ses portraits, soit dans ces admirables paysages de lune, d’eau, de neige et de feu qui sont, à l’égal de ses ‘figures des transfigurations d'âmes. On a pris pour.

du dandysme cette affirmation simple de ce qu'il entendait retenir dans la vie de son art et dans l'esprit de ce musicien des nuances, les termes d'harmonie ou de nocturne n'avaient ‘pas une valeur d’assimilation à la musique notée Il admettait que la couleur était vraiment une propriété musicale de la matière, distincte des ondes sonores. Il prenait. le mot au sens de « musique des sphères ». Il ne se servait précisément ni de la peinture ni de la musique, mais il en avait refait un langage qui était bie celui qui convenait à ses re facultés inductives, à sa puissance de contemplation.

Son humour, manifestée dans la vie par des saillies redoutables, se retrouve dans sa peinture, discrète mais indéniable. Ce visionnaire ne peignit pas des fantômes; sa préoccupation

avec une ironie un peu nerveuse certains dé- - tails typiques, malicieusement parfois. Dans ses -atmosphères de rêve, jamais Whistier n’a laissé

les habitudes et les goûts. Il a possédé le don de la distinction suprème, et aristocratisé ses modèles; mais cette aristocratisation n'a jamais - altéré la vérité, elle est restée étrangère à J'odieux « joli », au « fini » et à la fadeur. Même laide, une figure peinte par lui eût paru belle, parce qu'il suscitait l'âme et ne retenait de la chair que l'indispensable. En ce sens, il aura - été, avec Degas et pour de tout autres raisons, le peintre moderne par excellence. Dans une époque où rien de décoratif ne persiste dans le ostume et où comptent seuls le visage et les mains, Whistler a su, avec du noir, être le peintre luxueux et raffiné do quelques hautes figures. C'est une humanité épurée, racée, ennolie, qui nous regarde du haut de ses longs et troits cadres d’or fané qu'il aimait, et qui semlaient sertir des miroirs magiques dans l’eau ormante, ancienne et froide, desquels naissent es créatures d'au-delà la vie. Œuvres qui, dans e bariolage hâtif et discordant de nos salons, apparaissaient déjà comme dans le recueilleent des musées, prêtées par quelque grand eigneur ayant consenti à les extraire du silence mbreux d’un lointain palais. Whistler à été, avec Besnard, l’homme le plus imité dans nos Salons. Auprès d'excellents peintres comme lanche, Guthrie, la Gandara, Lavery, qui ont

st où WATTEAU A WHISTLER

su le comprendre et rester eux-mêmes | beaucoup “ont pensé se donner cet « air de musée » pré maturé; mais il n'ont fait que grimacer ce art si noble. Pour être fumeux et fabrique fraichement des tons décolorés, on n’est pa plus Whistler ou Carrière. qu’un meuble de tapissier n’est « Renaissance » pour avoir sub sous le vilebrequin nee de la ne de eue. vers.

D Les grands chefs- re de Whistier. 4 ‘LÉ Portrait de M"° Whistler mère, le Cariyle si HS majestueux, le Sarasate si nerveusement élé FE gant et singulier, le Whistler par lui-même, d'une inexprimable fierté triste, Lady Meux, Lady Archibald Campbell, le dessin extraordi= naire d'après Mallarmé, le Nocturne en bleu GE : or, sur Saint Marc, la Fusée tombante, le Val-. AA /A Haraiso, la Neige à Chelsea, Miss Rosa Corder, à es. F/ la Princesse du pays de la porcelaine, Miss

Alexander, quelques autres figures, notamment Je : Petit Cardinal, sont des œuvres que cet homme seul eût pu faire, qui ne viennent de.

nulle part et de personne, et qui sont isolées aux confins de son art. Ses pastels, relatant fragilement quelques nus, ses petites études ne telles les minuscules et humoristiques Voisin j de la dernière Société nationale — ses lithographies d’une grâce raffinée, ses eaux-fortes d’une. prestigieuse exécution, le montrent plus part culièrement artiste, au sens ordinaire du terme: D elles le ra pprochent de nous et, avec ses écrit Si curieux, nous aident à mieux comprendre la. relation de l’homme à son œuvre. Il a y eu la

plus ue faculté idéologique, et peut-ètre une grande sensibilité froissée, une poignante ambiion de l'absolu, sous cétté causticité défensive que nous lui avons connue. Si l’Arf de se faire - des ennemis, le Gentilhomme et le papillon, nous : retracent le Whistler ironique et irritable du procès Ruskin et du procès Eden, le Ten o’elock . reste une causerie d'art dont la sagacité et l’élé- . vation concordent à l'œuvre du grand maïtre. - Qu'a donc été pour Whistler le mystère dans 4 a peinture? Ce qu’il a été pour les princes de - son art: le fait de ne point considérer la forme 4 comme sa propre fin, mais comme la surface - sensible où se fixe l’irradiation de l'infini. Le mystère, en art, ne commence pas à la suppression ou à l’atrophiement des formes visibles, : comme l'ont cru certains dessinateurs fantastiques, mais au moment où, par suite du choix . de certains détails, on devine que la vérité ne fait que commencer derrière la vraisemblance. Le mystère en art, ce sont les si/ences dans la ë musique ; et dans un art dit matériel, comme la | . peinture, ces silences, ce sont les concordances des formes à la suggestion de ce qu'elles dissi-mulent. Il n'y a pas d'arts matériels : un son, une couleur ne sont pas plus matériels qu’un . bronze ou une toile. Mais cela, qui est la secrète # À Vérité, ne peut être compris que par très peu d'êtres humains : ainsi n'est-il pas donné à beaucoup de comprendre que la polarité, l’inter- - pénétration, les rayons cathodiques, la dissy- . métrie moléculaire ne laissent rien de matériel dans la matière et la font aussi impalpable

Vas DE WATTEAU À WHISTLER

qu'une idée pure. Un tableau de Whistler est une chose propre plus que toute autre à faire toucher à quel point une toile, apparemment asservie à des lois d'exlériorité très précises, peut être cependant translucide, et condens des émotions qu'on pensait inconciliables dans lPunivers. Jamais personne n'a donné à penser avec plus de persuasion que rien ne finit là o nos sens le supposent, par l'expression puissante de ce qui semble fini. Whistler a été nativemen imbu de celte croyance, et la nature lui conféra. É : le pouvoir de la faire partager. C'était un de grand visionnaire, un très admirable peintre, le. î premier qui vécut dans son temps; il n'existe aujourd’ hui personne qui puisse lui être comparé. Besnard, Degas, Carrière, sont de grands artistes, mais ce qu'a été Whistler, nul ne | sera peut-être jamais plus. Cette personnalité était arrivée à un degré unique de perfection, d'unité, d'originalité, de science et de médita tion : ces qualités existent chez d’autres, mai leur dosage, leur alliage, qui faisait Whistler tout entier, est une formule perdue, inscrite sur une page du grand livre de l’alchimie des âmes, que la mort a déchirée et emportée dans ces régions du mystère dont ce génie sans analogue. nous a parfois fait pressentir les ombres.

LR

he de M. Théodore De était, le Lanet du même auteur, impatiemment attendu de la part d'un homme qui fut l'ami des deux. grands artistes et leur garde un fidèle et clairyant souvenir. Livre net et vrai, et tel qu’ un. biographe le devait écrire, insoucieux de se - faire valoir, n'oubliant rien de ce qu'il seyail de ire. Un tel livre, sous son apparente modestie, force d'autorité : je me réjouis de le voir re neltre au point des exagérations et des erreurs, ssiper certain snobisme qui veut absolument noue le. caractère original des se

70 propos de DHistoire de J. M. N. Whistler et de son. vre RAT: THÉODORE DURET (PIQUE 1904).

artistes. De l'agaçante présentation « sibylline »

de Mallarmé, le meilleur et Le plus cordialement

simple des hommes, combien n’avons-nous pas

souffert! On n’a pas, touchant Whistler, apporté moins de prétentieuses assertions. Par quel

étrange désir du rare s’acharne-t-on à dire au public qu’un homme de génie subtil ne saurait être, dans la vie, un être normal, et croit-on servir sa mémoire et le faire mieux vénérer en

affectant des allures entendues et des chuchote-

ments précautionneux? J'ai connu des gens

ridicules au point de ne parler de Mallarmé

qu'en baissant la voix et en lançant de furtives … œillades ; avant que je rencontrasse Whistler, on …

m'avait fait prévoir une sorte d’être diabolique, de magnétiseur baroque et féroce, d’alchimiste

et de dandy dont le rire, ainsi que celui de la fée : à

allemande, était inexorable et mortel. Mon

appréhension de très jeune homme ne résista

pas à la cordialité vive, à la fine politesse du maître visité, une après-midi de 1894, en son . beau jardin de la rue du Bac, qu'il aimait tant.

Voici donc un livre qui détruit la légende du snobisme et présente, au lieu d’un démon génial,, tout uniment ce que je lui prérère mille fois : un homme de cœur el d’esprit, un homme qui souffrit et pensa, un bel artiste à l'intuition profonde et au goût infaillible, dont la dure existence est une noble leçon pour nous tous, et ferait taire ceux qui oseraient se plaindre. Lisez

le livre de son ami : vous y sentirez, sous la

forme la plus contenue et La plus sobre, l’indi- . gnation devant cet essai de transformer Whistler. 4

en un personnage hoffmanesque, et d'altérer la haute dignité de sa vie par l’outrance et la. | bizarrerie imputées à vertus. Vous y trouverez le soigneux respect des documents et le mépris des commérages. Il sied qu’en France, où la . gloire de Whistler fut consacrée, sa mémoire : ne soit pas suivie de tous les potins qui, en - Angleterre, à l’époque où l’on niait son merveilleux talent, le présentèrent comme un élégant ; un peu fou, écrivain caustique mondain à à l’iro-

i de gazettes et, par surcroît, peintre surfait, obsédé du désir de l'originalité jusqu'à l'absurde et au défi.

En racontant le procès Ruskin, l'affaire Eden. ‘affaire Du Maurier, l'injustice médiocre et tenace qui poursuivit cette existence, et ce . labeur, et ce génie, en disant l’éclosion tardive de cette gloire en terre française, assombrie par

. la perte cruelle. d’une femme adorée, au seuil . d'une vieillesse qui a dû connaître de tacites désespérances, M. Duret nous restitue l’homme . pensif dont l'ironie ne fit que voiler la sensibilité, . dont les acerbes révoltes ne vinrent que: de | l'horreur du faux art, dont l'humeur procédurière ne fut due qu'à la nécessité de se défendre et au sentiment de la noblesse morale et des iv de solidarité de son état. Grande figure que celle-là ! Qu'elle détruise donc dès mainte-

1. De 1882 à 1894 l'admiration française a complètement construit la réputation de Whistler, l'a imposée au monde . officiel, et a déterminé le revirement complet de l'opinion anglaise, qui l'avait forcé à s’expatrier, ruiné et découragé.

2 PRCTNEN

un principe pictural absolument opposé à celui

plus utile, plus attachante, pour le critique : 1

nant le grimaçant fantôme d'on ne sait A. Ë Brummel de la palette. È

Le caractère public de l'œuvre de Whistler et. de son rôle aura été d'apporter en Angleterre

qui régnait. Peinture d'idées, prédominance du. sujet et du sentiment, du symbolisme et du concept littéraire, sur la technique, voilà le. credo du néo- -primitivisme des préraphaélites. Il semble que le sort railleur et jaloux se soit plu à infirmer, à pervertir ce beau mouvement de pensée, ce groupement. de nobles individuaz lités lyriques qui eurent tout, sauf le discerne=. ment du moyen véritablement fait pour l’expres- : sion de leurs rêves : poètes, érudits, sociologues, dont l'intellectualité ardente s’épandit sur tous les domaines de l'esprit, ces hommes dignes d'admiration et d'estime raisonnèrent, esthétisèrent. Ils n’eurent que le tort de peindre, e leur génie, se dérobant à la poésie ou à la musique, s s’acharna à montrer tout ce que des êtres épris d art, instruits, méditants, sensibles, sine

cères, peuvent apporter d’ ingéniosité et d'amour à remonter contre les principes naturels et.

techniques. Nul mouvement ne sera d’une étude

éclate le conflit de l'esprit humain et des néce sités fondamentales d’un art plastique, nécessités qui, négligées, mènent à la chute, et, respectées obéies, aimées, mènent aux chefs d'œuvre. Li préraphaélites sont grands et nobles : leur & est maigre et pauvre, le démon de la logiq annule tout ce qu'ils tentent. Leur scrupule

perfection devient la minutie d’un bon devoir, leur poétique choit dans la fadeur sentimentale, leur dessin qu'ils rêvent pur devient graphique, . leur délicatesse se transforme en mièvrerie, leur . crainte du « sensualisme de la couleur » voudrait - les tons pâles et beaux de la fresque, et ne trouve qu’un coloris discordant ou délavé; un guignon . les poursuit, la matière se venge, sur lidée belle la plastique grimace, ni l’idée ni la forme ne sont servies, ce faisceau de volontés n’y peut rien, et tout cela porte en soi son poncif, tombe, se fétrit, descend presque tout de suite au bas à ice de la Roÿal Academy, comme après Ingres, après Mottez et Amaury Duval, l'art néo-grec d'ici sombra dans l’académisme.

4 Whistler, qui portait en lui un rêve différent, mais aussi éthéré, aussi « poétique », Whistler . l'amant des nuits, le songeur de formes entre- vues, le musicien de la nuance, Whistler, illu- - miné par la claire logique des grands maîtres, - arrive devant ce mouvement. Et il a l’air d'un : réaliste, parce qu'il remonte simplement aux . lois élémentaires, apparemment banales, de son art. Peindre, c'est aimer la belle matière, les beaux tons, penser à eux d'abord; le sujet en

re

- l'ombre. Il ne lui en faut pas plus — mais c’est que, là-dessous, il y a tout. Et voilà où la lutte commence : cela, el l'amour des modernités *.

1. En ceci, envisagez-le iuséparable des premiers compagnons d'armes auprès desquels il vint se placer courageusement aux heures de risée (1863). Courbet, Manet, Goncourt,

- surcroît, car le vrai sujet, c'est la lumière et-

dd 0 WATTEAU A WBISTLER symboles. Il est artiste, lettré, mélomane, éubus que les autres; mais dans la vie, pas devant sa. toile, parce qu'il est peintre. Se nourrir le cœur: et l'âme de tout cela, certes, mais non le mettre en tubes ! C'est dans la couleut, ce moyen pour. les autres et ce but pour lui, qu il cherche e trouve l’immanence de la poésie. C'est le noir, le blanc, le rose, qui sont la poésie, etce n’est pas à eux que limpose l’idée littéraire. Par là

b différent d'eux, aussi soucieux de cacher.

procédé qu'ils tinrent à montrer le leur, bien plus fin, aristocratique autant qu'ils furent démocratiques, amoureux du secret et du rare autant qu'ils le furent du pittoresque et de lévidence vivante, avec toutes ces dissemblances de. race et de volonté Whistler, contre l'ennemi . Commun, fait la même œuvre et combat aussi. vaillamment le rude et nécéssaire combat. De à - date sa solidarité morale avec nos peintres, son amitié avec Fantin-Latour, sa sympathie qui le place, à l’heure des luttes “héroiques, au Salon. des Refusés de 1863. C'est de cela que nous l'avons remercié plus tard, en montrant enthousiasme et respect au génie qui venait en France écœuré de lincompréhension anglaise : Whist ler, sans rapports esthétiques avec nos impré

Bracquemond, voilà sa conception, l'amour de la beaut caractériste trouvée tous Les jours dans tout, avec licence de l'exprimer selon son tempérament.

sionnistes, à soutenu la même lutte de trente années contre l'art officiel, boursouflé d’allégories et de littérature hors de propos, et par sa conviction morale il fut un Français,

Il a aimé la matière jusqu'à l'idéaliser, lui aussi; mais il ne l’a pas trahie. I1 l'a sublimée par une mystérieuse alchimie. Synthétiste essen- tiel des aspects, des atmosphères, Whistler a été plus minutieux que les préraphaélites : mais

c'était pour enlever tout détail non indispen-

sable, l'empêcher de dérober la moindre par-

celle de l'attention du spectateur aux grands plans, aux traits significatifs qui la doivent

absorber toute. Son œuvre entière montre mer-

. veilleusement que voir est le contraire de tout . vorr, que regarder n'est que le déchet de vor.

Whistler a été 'par excellence un voyant : il faut

. lui appliquer ce nom qui désigne, par une pro-

. fonde sagesse du langage, ceux qui percoivent

Vers

les plans invisibles étendus derrière les aspects et défendus aux yeux. Au lieu d'appliquer ses idées poétiques sur les choses, il portait en lui . Sa poésie, au point qu'il ne pouvait rien contempler sans en rejeter inconsciemment la pelli-

. cule extérieure et percevoir à l'instant la réalité . seconde, c’est-à-dire l'immanente etla vraie. Une telle œuvre n'apparaît fantastique, étrange, bi-

zarre, occultiste (pour citer quelques termes ressassés à son propos) qu'à ceux qui prennent

l'apparence, c'est-à-dire l'accident de la réalité,

» pour cette réalité elle-même, et dont l'âme ne

- dépasse pas la glace sans tain de leurs prunelles. À ceux qui ont, par la méditation, pris l’habi-

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tude de ne tenir pour réelle que la réalité seconde, Whistler et son art ne semblent que na: turels et logiques. Rae Il se place d'emblée sur le véritable domaine des arts, et c’est pourquoi il en vient à considérer l'effluve magnétique, l’harmonique de la couleur, l'onde sonore, comme les élémen communs à toute synthèse d'art. M. Duret explique très bien qu’en prenant des termes musicaux pour désigner, auprès du litre extérieur (Portrait de M. X**, Vue de Chelsea), le titre pictural de ses tableaux (Harmonie en no et gris, Symphonie, Nocturne, etc.) Whistler n’obéit nullement au désir d'étonner, ou de faire. penser qu'il entendait créer des relations entre les sons et les tons, à la façon risible dont cer- tains peintres firent jouer de la musique derrière leurs toiles (Munkacsy ou Mackart, Je crois). Whistler voulait seulement exprimer que son tableau avait deux sujets, l’occasionnel (une femme ou une marine) et le pictural (une com binaison nouvelle de certaines couleurs). I fa lait donc un second titre concernant la recherche strictement picturale et décorative ‘. Le langag musical s'offrait seul pour rendre ces titres de réalité seconde. Si Whistler eût prétendu sug= gérer de la musique, il eût écrit (avec une pré

1. Ai-je besoin de rappeler que le décoratif, pour Whistl comme pour l’art d Extrême-Orient qui l'influença beancou consiste, autant que dans la recherche linéaire, dans la juæt posilion chromatique prise comme sujet de la surface décoré indépendamment de personnages ou documents qu'elle © lore ? |

tention absurde d'ailleurs) : Nocturne en si bémol, Harmonie en fa dièze. I] ne désirait qu'une | analogie. et non une transcription qui eût fait ; . de ses tableaux des couvertures de musique possible. Son principe de coloris étant, non comme

Monet de juxtaposer des tons entiers, mais de se jouer des harmoniques successives d’ un même

ton‘, il usait donc de cette terminologie avec le act e ta justesse d'esprit qu'il eut toujours à à un

degré admirable, et il nous semble presque )inconcevable aujourd’ hui que cette analogie avec la musique ait tant révolté des Anglais qui ne voyaient aucun inconvénient à introduire la poésie dans la peinture au point de {ransformer celle-ci en illustrations peintes.

L'étude des identités entre matériaux d'art (sons, tons chromatiques, harmonies sylla- biques, valeurs), cette étude qui sera la base de la critique le jour où celle-ci, sortie de l’ornière du reportage d'art, redeviendra une science créatrice, Whistler donne l'exemple de la mesure où l'artiste peut s’en servir. C'est cette disposition de sa sensibilité qui en à fait un précurseur de . l’art moderne, l’a rapproché de Verlaine et de

Mallarmé, et lui a préparé ici un public de sym- bolistes tout prêts à l’acclamer et le comprendre. La première phase de la sympathie française pour Whistler est due à sa camaraderie avec

1. J'ai déjà parlé de ce point délicat dans une précédente . étude sur M. Le Sidaner, qui tient de Whistler par là plus que des impressionnistes malgré l'apparence de sa facture, - et j'ai dit un mot de l’art analogue de M. Debussy, qui a en musique tous les caractères esthétiques de Whistler.

Courbet et Fantin-Latour, à sa communion .

d'idées avec des peintres qui s’élevaient contre le sujet littéraire et aimaient d'abord la matière et le coloris ; la seconde phase de cette sympathie est due à l’extrème amour de la nuance, à la progression musicienne des tona-

lités, qui furent à Whistler les moyens d'expri-

mer la réalité seconde. Au lieu de chercher le symbole par construction préalable de son esprit, par métaphysique surajoutée au métier de

peintre, il l’atteignait par l'étude elle-même de

la vie intérieure des choses, par réalisme poussé jusqu’à l’état contemplatif !. Observez que c’est absolument de cette façon qu'Edgar Poë, dont il semble le commentateur nlistièue, nous ‘conduit par degrés, avec une telle science de composition que nous ne pouvons nous en apercevoir, de l’envisagement d'un fait ordinaire aux ré-

gions sous-Jacentes dont ce fait est l'affleure- |

ment extérieur. Toute figure ou tout site n'est pour Whistler et pour Poë qu’un prétexte à faire émerger, à rendre visibles certaines lois qui Sy. recèlent et que cette Jigure ou ce site résument en les dissimulant : c’est-à-dire le symbolisme … même, la transfiguration du réel, sa révélation … à travers l'apparence, l'intuition ‘du permanent à

sous le transitoire, du vrai sous l’exact. En ces 4

conditions, la chose représentée est son propre

symbole et n’a pas sa fin en elle-même; elle est

BA En quoi, outre un commun amour de l'enveloppe, il se. rapproche beaucoup de notre Eugène Carrière, surtout dans. les dernières œuvres que Whistler ait montrées, notamment,

à l'Exposition de 1900, son prodigieux portrait de Jui-mémes %

de

| une allusion plastique à

son essence. Voilà pour-

quoi la génération littéraire de 4880 ne pouvait

qu'adorer Whistler, et pourquoi cet amoureux des joies subtiles de la matière était, tout en

restant grand peintre, plus sérieux symboliste que les amis de Ruskin.

Du goût de Whistler pour le noir absolu em-

| ployé pour le fond de ses portraits, de sa facon

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