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dont il démarqua les apparences. Le libertinage
de Watteau, la galanterie de Watteau! Allons devant l’'Embarquement pour Cythère, et à l'instant nous comprendrons la désespérance latente, la pureté de ceite œuvre et de cet homme.
Tout, dans Watteau, exprime l’inassouvissement. La phtisie développe la sensualité enfiévrée : le malade aime ce qui tue. L’excès génésique surexcitant ses nerfs lui donne la fatale illasion d'un regain d'activité, la fausse preuve de son énergie vitale, et le pressentiment de la mort le convie à se hâter de multiplier l'acte de vie, à oublier la hantise du néant dans la volupté. La phtisie peut aussi détourner cette fièvre dans l'imagination. Gertains poitrinaires peuvent avoir la force de s’interdire l’acte mortel, leur imagination vagabonde parmi des désirs monstrueux et inavoués, des perversités sensuelles dont l’irréalisation exacerbe la sauvage ardeur. Mais il en est qui vivent dans des mirages, transmuent tout désir en rève, et goûtent La douloureuse. volupté de la pureté, mélancoliques témoins d'une vie dont rien ne leur sera permis. Watteau est de ceux-là. Chez les mystiques, chez les métaphysiciens, cette ivresse de renoncement est grandie par Le mal. Watteau est plein de ce. renoncement ‘. Ses personnages esquissent le
A.-« IT était libertin d'esprit mais sage de mœurs, naturellement sobre et incapable d'aucun excès, dit Caylus. La pureté de ses mœurs lui permettait à peine de jouir du libertinage de son esprit, on s’en apercevait rarement dans ses discours». Retenez le témoignage, son sens enlève de lui-même toute acception au mot « libertinage », autre que « fantaisie ».
songe de l'amour physique. et ne le matéria- lisent jamais. [ls aiment le désir et y voient
tout l'amour. Ils frôlent l'existence et ne la
possèdent pas. Ils sont ivres et tremblants de sympathies subites;. la promesse de l’abcndon Jes enchante, mais ne les hâte pas. Le désir assouvi se ruine lui-même, ils le savent, et ce qu'ils veulent, c'est le léger vertige de savoir qu ils pourraient aller plus loin, toucher la chair : après avoir goûté le rève; € "est, aussi, savourer délicatement l'idée de la ‘tristesse qui suit tout - désir assouvi, sans se donner la peine de le ne Voyez-les, ces personnages vêtus de soie légère, demi-couchés ou marchant avec une | grâce lente, frémissant aux accords d’une mu- sique lointaine : les mains s’effleurent, les têtes se penchent, les êtres semblent laisser exprès
pie effluves, source de leur désir, sauveae garde contre sa réalisation. Quel mouvement sensuel dérangerait les plis de ces robes aux
. changeantes cassures? La femme de Watteau
laisse voir sa gorge, mais le: mystère de son corps sous les étoffes ne sera jamais offensé.
Ces êtres vivent au bord de ces « savants
abîmes éblouis » dont Mallarmé fait parler Hé-
. rodiade rêveuse. Abîmes d’un bleu inconnu, plus.
troublant encore que le bleu des glaciers au fond des horizons de Léonard : abîimes où se profilent des collines, couvertes de grands arbres aux panaches d’or usé, où serpentent des rivières, mais où, presque tout de suite, se dérobe- la - nature dans un ineffable délice de turquoise