WATTEAU ET LA PHTISIE PS A
dent pour écarter la fausse notion de l'esprit latin, il faut bien comprendre que Watteau est le plus authentique inspirateur du lyrisme dou- loureux cher aux meilleurs d'entre nous. Avec . une technique flamande et des thèmes italiens, ce génie a doté l'âme frânçaise d’une des plus pures expressions dont elle rendra compte de- vant l'histoire. Par lui la maladie de l'infini est venue ajouter à notre art une grâce nouvelle. Mais nous ne comprendrons bien cette grâce qu'en la considérant comme une expression de la souffrance particulière qui naît du sentiment de l'impossible évasion de l'âme par le désir. Quiconque porte en soi ce sentiment peut avoir, comme Walteau ou les autres, de l'esprit, de la sensualité, le goût du luxe et du charme : mais il n'en est pas moins, et au-dessous de tout cela, un être pour qui la vie n’est qu’une attente impatiente, le masque de l'existence essentielle. Et maintenant je voudrais bien insister sur ce mot de maladie, parce que je le présente comme associé au terme de phtisie, et qu'on pourrait S'y tromper. N'admettez pas que les hommes dont je viens de réunir les noms soient des pro- . totypes de « l'art maladif » tel qu’on est porté à . l’envisager, sorte d'adjonction dangereuse aux confins de l'art « normal ». Je n’ai d'autre in- tention que d'exprimer, par ce mot impropre de «maladie », l’intime sens de la « morbidezza » qu'il ne saurait traduire.
Rien de moins maladif que la réalisation de Watteau : dessin, couleur, expression, tout en est magnifiquement savant, original et fait de la
- beauté, ni dans Schubert, dont l’art est le cœur.
DE WATTEAU A WAISTLER a
main d'un maître. Rien de maladif dans la rè-. verie si pure de Novalis, ni dans Mozart, le seul. artiste qui ait su tirer de la joie un univers de.
même de l'Allemagne rustique, ni même dans Chopin, dont les harmonies, constamment inspirées du rythme populaire de son pays, sont si. nettes, presque naïves auprès de nos plus ré- | centes recherches de timbres : rien de maladif
dans la poésie classique et hautaine de Samain, rien non plus dans le pessinrisme sentimental.
que Laforgue avive d'une pointe de gaminerie | si délicieuse, d’un accent si « jeune ». Le fait. physiologique de la phtisie ne souligne ici qu'une. disposition toute spéciale à un Ydéalisme qui peut se définir : la faculté de vivre dès cette ne” dans celle quinous attend, dans la réalité seconde. La maladie pulmonaire est la seule qui affine à, ce degré la délicatesse des intuitions, c’est une. collaboratrice de l’âme à l’état mystique. On. conseille au phtisique de se distraire, d'éviter. la contemplation, dont l'équivalent physique es la consomption. ] Mais le PARU trouve toutes distraction vaine et propre à le mélancoliser,.
auprès des joies que lui one la réverie, c "est à-dire l'élément mortel et attirant. Son âme se. ligue avéc le mal contre son corps, qu il ne veuts
pas défendre et prolonger parce qu'il y voit un: obstacle à la libération de son rêve. Tout Phi, sique est un suicidé conscient : : il aime s’user, s’alléger. Il ne peut vivre qu'en se condamnant à ne pas vivre, en adoptant une existence pré cautionneuse et médiocrisée systématiquement,