CHAPITRE NEVVJÈME
La Sacra Consulta.
Debora, Virgilio et Barbone attendaient leur jugement dans les prisons du saint-office, dont le palais, bâti vers le milieu du seizième siècle par les Dominicains, est situé entre le Vatican et le
château Saint-An^^e, rue de l'Inquisition. Barbone, qui savait que son arrestation n'était pas sérieuse, jouait son rôle à merveille et trompait ses geôliers par une de ces résignations héroïques, si faciles k prendre lorsq'j'on ne court aucun danger.
Virgilio, réfugié dans son stoïcisme chrétien et ne faisant point aux hommes l'honneur de les craindre, examinait sa conscience pour voir s'il n'avait rien a craindre de Dieu.
Debora en sa qualité de juive, était traitée plus sévèrement. Pacifico, pour la contraindre aux aveux, ne lui fit pas même grâce des fantasmagories du saint
office; elle vil dëfiler dans srn cachot les pénitents à capuchons, les attirails de la torture, les convois funèhres apportant des cercueils vides ; mais Debora n'avoua rien, ni à P^icifico, ni aux geôliers. «Je suis lady Stumley,» réponditelle toujours avec une obstination immuable et une assurance si noble qu'elle faisait naître le doute même dans l'esprit de ses persécuteurs. Au reste , la jeune prisonnière ne trouvait aucun grave sujet d'inquiétude, au fond de ce cachot où elle attendait un jugement terrible ; toutes ses pensées se tournaient vers un avenir bien plus formidable, celui que lui réservait la froideur tout à
coup survenue dans le caractère de Virgilio; elle étail si profondément absorbée à la poursuite de cet étrange mystère quelle regardait sans effroi les objets hideux qui décoraient les murs de son cachot et qui sont suspendus pour frapper l'imagination et dompter le courage des prisonniers^.
Au mois de mars 1848, lors ]ue le nouveau gouvernement romain voulut établir les écuries de l'artillerie nationale dans le palais de l'Inquisition , les ouvriers et le peuple découvrirent les prisons souterraines du saint office, et y trouvèrent des reliques horribles qui semblaient plutôt appartenir à un cime-
- 293 ~ lière qu'à une prison. Noire jeune et belle héroïne Debora, descendue au fond de ces limbes du désespoir, et heurtant ses pieds contre des ossements humains, se détachait complètement des horreurs de sa situation avec une pensée d'amour, passion jalouse qui ne veut rien associer à elle et règne despotiquement au fond du cœur.
Enfin, les démarches actives du père de Gréant venaient de renverser tous les obstacles, et un ordre émané de la cime du Vatican convoquait extraordinrirement le tribunal de révision , la sacra consulta^ nommé dMSsi tribunal e criminale d'appcJIo; un cardinal le préside, et sept
prélats le composent. Au dessus de ce tribunal, il y a encore une sorte de cour de cassation, nommé trlbunale délia segnaturtty qui juge la forme et ne touche pas au fond des procès criminels. Ces juridictions diverses ne fonctionnent que par ordre supérieur.
- Le cardinal Sanla-Scala fut nommé président de la saci a consulta^ chargée de réviser le procès de Paul Gréant; mais par une de ces concessions, assez communes chez les pouvoirs faibles , on nomma monsignor PaciGco pour assister Santa-Scala.
Ce fut une grande solennité judiciaire et elle excita profondément, à Rome,
rinlérêl public, ce qui nous oblige à la raconter dans tous ses détails, comme la partie la plus intéressante de cette histoire. Comparurent en qualité de témoins, le comte Talormi, l'amiral Van- Ritter, Tomaso, Fiorina, Ruzzarina. Le geôlier était en fuite. Les accusés, au nombre de quatre : Paul Gréant, Debora, Virgilio et Barbone ; ce dernier pour la forme. On remarquait dans la foule des auditeurs les chefs du parti libéral romain. Paul Gréant avait été transféré du bagne de Termini aux carceri nuove.
Le cardinal président commença par l'interrogatoire de Debora.
— Vous êtes accusée, lui dit-il, d'avoir
placé réchelle qui a servi à Paul Gréant pour s'introduire dans la chambre de madame Van-Ritter.
— Je n'ai rien à répondre à son éminence, dit Debora d'un ton respectueux et fier ; je suis lady Slumley , et mon nom et mon rang me placent sous la protection de l'Angleterre. Lady Stumley n'a rien à répondre lorsqu'on interroge Debora.
Talormi et Tomaso , interrogés à leur tour, affirmèrent que lady Stumley n'était autre que la juive Debora du Ghetto.
Barbone prit un air candide , et dé-
Clara que la ressemblance était si grande, qu'il n'osait se prononcer.
Virgilio, sommé par Pacitico de jurer sur le Christ que cette femme n'était pas Debora, garda un silence obstiné.
Tomaso , qui avait conservé bon souvenir des chiens du caveau de Josué, demanda la parole et dit :
— La police a amené ici un témoin irrécusable; c'est Milrj , le chien de Debora, et le gardien de la boutique de Josué au Ghetto ; si son éminence veut le permettre , ce chien , qui est si connu au Ghetto, sera introduit, et vous verrez ce qui arrivera.
Pacifico et les juges firent des signes
►- 2'J8 — d'assentiment, et le redoutable témoin fut introduit.
Mitry qui, par instinct, s'était laissé conduire, comuîe s'il eût deviné qu'on l'amenait vers sa maîtresse, entra dans la salle, "de l'air d'un animal qui ne se laisse pas intimider par la solennité d'un tribunal, et, plongeant dans l'air épais du prétoire ses narrines Convulsives , il marcha droit au banc des accusés, et, poussant un cri guttural et presque ac-, centué, qui ressemblait au nom de Debora , il se précipita sur sa maîtresse avec une fougue d'amitié si vive que Debora fut trahie comme par son ennemi le plus mortel.
Après ce bel exploit , Milry se coucha aux pieds de sa maîtresse , dans une superbe pose de spb} nx.
La jeune juive , déconcertée un instant par cette délation inattendue, se leva, superbe de noblesse et de fierté, et dit:
-— Eh bien ! oui ! je suis Debora , je suis Debora , la juive I Vous êtes si charitables à Rome envers les pauvres juifs, que Dieu même nous permettait le mensonge pour vous tromper quand vous nous persécutez. Mais je n'ai pas eu besoin du mensonge; je suis réellement aussi lady Stumley; mon père est né sujet levantin-anglais ; moi, je suis nalu-
ralisée anglaise, à Londres, en 1845 ; j'ai acheté avec l'argent de ma généreuse amie , madame Van-Ritter , le domaine de Stumley , dans le Devonshire , et je suis autorisée à porter mon titre , selon les lois de ce comté d'Angleterre. Mes titres de possession et de naturalisation, enregistrés au Foreign-OfJ^ce , sont déposés à Rome, dans les archives de l'ambassade anglaise. Debora est devenue lady Stumley, non point par une sotte vanité ambitieuse, non point pour renier la sainte religion de ses pères, mais par dévouement pour une amie à laquelle je dois tout, par dévouement pour les juifs dont vous faites des martyrs. Lady
Slumiey a fait ce que Debora la juive n aurait pu faire. Lady Stumley est entrée au Vatican ; elle a eu la gloire de trouver dans ses archives la bulle qu'un glorieux pape a faite en faveur des juifs, dans les ténèbres du moyen-âge , bulle qu'on n'ose ratifier aujourd'hui dans notre siècle des lumières; et ce n'est point Pie IX qui refuse de ratifier cette bulle de son glorieux prédécesseur :
Pie IX est un pontife éclairé, libéral, tolérant; il s'est élevé à la hauteur de son siècle; il veut continuer Clément XIV, et faire oublier Alexandre VI. Nos ennemis ne sont pas sur la chaire de saint Pierre; ils sont blottis sous i'esca-
lier, et quand un ordre libéral tombe du siège suprême, ils le ramassent, et ces faussaires, malgré Pie IX, le changent en édit d'oppression ! Lady Slumley a eu le droit de soulager les misères du Ghetto sans exciter de l'ombrage ; lady Stumley a donné du travail à vos artistes sans les compromettre aux yeux de vos jaloux inquisiteurs. Et maintenant, on accuse Debora d'avoir prêté la main au crime de la place Navone. Mais quelle est la victime de ce crime ? C'est la noble femme qui a élevé l'obscare Debora à la puissante lady Stumîey , c'est Memma Van-Rilter; c'est mon amie, ma bienfaitrice, ma Trovidence ! !£l pour la récom-
penser de tout ce que son ^^énéreux cœur a fait pour moi , je serais deyenue la complice du plus odieux des crimes!
Voilà ce que personne ne croira ni dans cet auditoire, ni dans ce tribunal, ni dans la ville. L'absurde et l'impossible sont ici mes meilleurs avocats ; ils écrasent l'accusation. Et quel est l'homme qui a déjà été condamné une fois pour . ce crime? C'est Paul Gréant; c'esl-à-dire l'âme la plus élevée, le cœur le plus noble , le caractère le plus pur qui soit au monde! J'ai suivi Paul Gréant depuis sept années dans toutes les phases d'une vie de désespoir; j'ai écoulé ses confidences et j'ai vécu de sa
— Ô04 — douleur pour la consoler. Eh bien! je l'atteste devant les cheveux blancs de ce vieillard qui est son père, Paul Gréant n*est pas un criminel, c'est un martyr; depuis quinze siècles Rome ne sait faire que des martyrs et des ruines. Cependant il y a un crime , il y a donc un coupable ; je n'ai, moi, aucun nom à prononcer, aucune tête à désigner du doigt, aucun soupçon a livrer à la justice; si je me hasardais à designer l'auteur du crime, je n'aurais pour soutenir un acte si grave que des preuves morales et ma conviction, et cela ne suffit point à votre justice ; elle est plus exigeante. Vous demandez mieux aujourd'hui ; mais
d'autres onl demandé moins pour condamner Paul Gréant. Dieu seul voit clair dans les ténèbres du crime , et le criminel , lorsqu'il est habile , croit n'avoir rien à craindre sur la terre lorsqu'il n'a que Dieu pour témoin dans le ciel. Monstrueuse erreur! Si Dieu ne parle plus aux hommes d'aujourd'hui comme sous la tente d'Abraham , devant les pyramides de Pharaon et sur la crête du Sinaï , il leur parle encore par la voix des enfants et avec les lèvres pures de l'innocence qu'aucun mensonge n'a souillées I Attendez cette révélation et jugez selon la justice de Dieu.
Un murmure d'approbation , mêlé
d'applaudissemeDts, accueillit les paroles de Debora. On vit Pacifico s'agiter sur son siège , et on comprit à la vivacité de ses gestes qu'il demandait au cardinal président de réprimer cet outrage fait au tribunal ; mais Santa-Scala lui lança un de ces regards sévères qui paralysent les gestes et la bouche, et rendent immobile et muet.
On entendit dans la salle une voix qui disait :
— Ce vieux faune de Pacifico, de quoi se mèle-t-il ?
L'auditeur qui se permettait cette exclamation SI hardie était ou du moins paraissait être un jeune homme de vingt
ans, plus beau que le Bacchus de l'Inde et l'Anlinoûs d'Egypte. Ses superbes cheveux blonds, roulés à la Giotto, encadraient des joues vermeilles comme les fruits des Hespérides ; un léger manteau noir, à collet de velours et agraffé par devant, laissait à peine voir le col d'un frac bleu et la neige éblouissante d'une fine chemise brodée à jour; une étroite cravate de soie iris faisait ressortir la savoureuse blancheur d'un col d'ivoire ; ses petites mains , étroitement gantées , jouaient avec le pommeau d'or d'une cravache d'ébène, et achevaient de trahir un sexe qui n'était pas celui de l'habit. Tous les artistes présents à l'audience
avaient reconnu Clelia et l'enlouraient pour lui faire un rempart de leur corps, si son épi gramme contre Paciflco amenait un fâcheux résultat.
Clelia prit une pose fringante, et pendant une courte suspension de l'audience, elle se permit encore une autre plirase, toujours à l'adresse de Pacifico :
— ^lais regardez donc le monsignore! comme il prend bien l'air d'un saint Pierre à la Cène du jeudi saint! On lui donnerait le bon Dieu sans le confesser.
Puis, s'adressant a Jubelin
— Ecoulez, dit-elle. Après l'audience, vous m'accompagnerez.
— Au piano? demanda Jubelin :
— Non , à cheval. Nous irons faire une petite promenade du côté de la pyramide de Gaïus Sextius. Croiriezvous que je ne connais pas ce coin de Rome?
— J'accepte , dit Jubelin, mais a condition que nous n'entrerons pas aux catacombes. 11 y a un peintre français nommé Robert, qui s'y est presque enterré vivant. Cela suffît à la gloire de la France; je ne veux pas qu'il y ait un musicien du même pays.
— silence, monsieur! dit Clelia en
touchant l'épaule de Jubelin du pommeau de sa cravache , l'audience va continuer, taisons-nous.
Le cardinal Santa-Scala interrogea Paul Gréant. Le jeune homme s'exprima ainsi :
— Lorsqu'on m'a arrêté dans le jardin du palais Yan-Ritter je ne descendais pas l'échelle , je la montais. Un égarement d'amour-propre dont je demande parJon à Dieu , m'avait fait tomber dans un piège ; un accès de folie m'a laissé croire un instant que j'étais appelé à un rendez-vous par une femme qui m'a noblement repoussé pendant sept années. Au lrif>unal della Comarra,
je n'ai pas voulu produire la lettre, œuvre d'un faussaire , la lettre qui a égaré ma raison et m'a fait douter de la vertu d'un ange. Aujourd'hui les motifs de ma réserve n'existent plus , et je dépose celte lettre entre les mains de son éminence et des prélats.
Le faux billet circula de mains en mains.
Van-Ritter produisit sur-le-champ d'autres lettres de sa femme pour montrer que l'écriture avait été habilement contrefaite; il s'exprima ensuite avec une énergie admirable et prononça un véritable plaidoyer en faveur de l'innocence de Paul Gréant,
Le péré de laccusé s'attira , en se levant, les sympathies de l'auditoire et de la majorité des juges. Ce vieillard, qui venait de si loin pour être le premier avocat de son fils, fut traité avec le plus grand respect par le cardinal Santa-Scala , qui lui donna toute lil>erté de parole.
— Je suis averti par mon âge , dit le père de Paul , que je dois bientôt paraître devant Dieu ; eh bien î même pour sauver mon fils, je ne ferais pas un serment qui serait ma condamnation devant un tribunal bien plus auguster que le vôtre, le tribunal de Dieu. Je jaredonc, el san? crainle, jr jure que mon fils est
— 7iio —
innocciil du crinic dont on l'accuse, j(' le jure devant le cruciûx qui est sur la tète du président-cardinal , et qui fera tomber dans son esprit les bonnes inspirations du ciel. Déjà la protection divine s'est manifestée en faveur de mon enfant; le véritable criminel, malgré son adresse infernale, a laissé une trace matérielle de son crime, et nous l'avons entre nos mains ; et puis Dieu a voulu que dans cette nuit même, où Jésus- Christ est né, un ange veillât, comme sur la crèche de Bethléem, pour protéger l'innocence. Voilà , messeigneurs, cette jeune Fiorina , voilà cet ange qui n'a pas encore appris à mentir, et qui est le
témoin de Dieu , en faveur de mon en fan t.
Les larmes du vieillard tombèrent avec ces dernières paroles, et tous les auditeurs frissonnèrent d'émotion.
Le cardinal-président flt avancer Fiorina , et , après quelques préliminaires , il dit en regardant le vieillard :
— Sinite parvulos venire ad me; laissez venir à moi les petits enfants. Ces paroles du divin Maître sont de circonstance aujourd'hui.
Et , se retournant vers les juges . il* ajouta en souriant :
— On peut même les rapprocher de cette grave sentence : La vérité sort de la
bouche des enfants; ex ore infantium nascilur Veritas.
Pacifico répondit pas un sourire trèssérieux. Talormi, uonchalamment assis sur son banc de témoin , approuva d'un signe gracieux de tête la citation du cardinal.
— Fiorina, dit Santa-Scala, vous pouvez parler sans peur et dire tout ce que vous savez.
La jeune fille redressa fièrement sa charmante tête, avança son petit pied droit, divisa sur son front les boucles de ses beaux cheveux , et dit d'une voix ferme :
— Je n'ai peur de rien, monsieur;
— oiG — j'ai passé toute la nuit de Noël dans la cheminée et toute seule ; vous voyez bien que je n'ai pas peur.
— Très-bien! mon enfant, dit le cardinal avec un sourire mouillé d'une larme ; pourquoi avez-vous passé la nuit de Noël dans cette cheminée?
— Mais pour attendre la Befanaî répondit Fiorina , étonnée d'une pareille question. Le soir, au souper de Noël, le comte Talormi m'avait fait l'histoire de la Befana, et j'ai voulu voir si elle viendrait m'apportcr des bonbons ou des cendres.
Talormi envoya un baiser à Fiorina et fit un geste d'applaudissement.
— El la Befana ne vous a rien apporté? demanda le cardinal.
— Au contraire, monsieur; elle m'a apporté une belle médaille que j'ai cachée longtemps de peur qu'^n ne me la prît; mais, l'autre jour, je l'ai donnée au père de,Paul Gréant.
— Avez-vous vu, Fiorina, la personne qui a attaché une échelle à la fenêtre de la chambre de madame Van-Ritler ?
— Oui, monsieur, j'ai très-bien vu cet homme?
— Un homme, dites- vous?... Le reconnaissez-vous dans la personne de laccusé Paul Gréant?
— Oh ! monsieur, je connais très-bien
— ù!8 ^ Paul Gréant ; il m'a si souvent donné de jolis cadeaux , dans la boutique de Debora au Ghetto , où il m'embrassait toujours. Ce n'est pas Paul Gréant que j'ai vu dans la nuit de Noël....
Et , promenant ses regards autour
d'elle sur les bancs des témoins et des
accusés, elle ajouta, en désignant Talormi :
— Tenez.. . c'est un homme corne il si^nor Talormi,
-j- La petite ne prend pas de bonne heure l'habitude de se tromper, dit Glelia à l'oreille de Jubelin.
— Auisi, Fioruia, insista le cardinal.
vous aCQrmez ue pas avoir reconnu l'accusé Paul Gréant.
Fiorina haussa ses petites épaules nues , fit onduler ^^acieusement sa tête , et dit :
— Mais je vous dis que non , monsieur; je vous dis que c'est un homme corne il signor Talormi.
— Elle y tient, dit Talormi, en's'eflbrçant de réprimer un éclat de rire qui n'avait aucune chance d'éclater.
— Donnez cette médaille , dit le cardinal au père de Gréant.
Saota-Scala examina la médaille avec soin , et son visage exprima une convie-
lion sabitemenl acquise : puis il dit à un huissier :
' — Communiquez celte médaille aux témoins; nous verrons si quelqu'un la reconnaît.
Chaque témoin reçut la médaille à son tour; Talormi la prit le dernier dans ses doigts , l'examina sur ses deux faces , comme un numismate fait d'un Oihongrand-hronze , exliumé des fouilles , et par un de ses vieux tours de prestidigitateur, il rendit un francescone au tribu7 nal.
La substilutiou fut merveilleuse; les doigts de Talormi trompèrent tous les yeuxj même les plus voisins.
Le cardinal prit le franceseone el fit un mouvement de surprise que les spectalcurs ne comprirent pas. Pacifico regarda le plafond pour regarder quelque chose; les prélats restèrent ébahis. Talormi seul se posa en fier et terrible représentant de la police autrichienne, en homme qui ne redoute ni les juges, ni la loi.
— La cause est entendue , dit Santa- Scala d'une voix qui étouiïait son indignation.
On délibéra quelques instants pour la forme, et le président, au milieu d'un silence religieux, prononça l'acquiltea ment de tous les accusés.
Un cri de joie unanime éclata dans la salle, et Clelia dit à Jubelin :
— Ces bonnes gens croient que tout est fini là!... Venez, j'ai besoin d'air, j'étouffe.... Deux chevaux nous attendent à Montc-CiLorio , devant la boutique de mon coiffeur. Allons nous promener a la porte Saint-Sébastien. Un autre procès criminel va commeuQcr, et je me fais ju^e sans tribunal.
aiÀPITUE DIXIÈME,
Le départ.
La rumeur fut grande dans la ville le îendemain de ce jugement rendu par la sacra consulia. Une juive mise en accusation avait été acquittée ! Pareille chose ne s'était jamais vue à Rome, depuis
l'empereur Titus. Tous les détails du procès furent racontés à Pie IX, qui s'exprima en termes très bienveillants sur Debora dans un entretien intime avec le cardinal président du tribunal d'appel.
Santa-Scala ne perdit pas une heure pour annoncer à la fille de Costantini tout ce que le Saint-Père lui avait dit, et Debora, enivrée de joie et ne sachant comment reconnaître cette auguste bienveillance, eut une idée qu'elle soumitâu cardinal et qui fut approuvée : il ne s'agissait de rien moins que d'envoyer au pape, comme présent, la statue de Moïse sculptée par Bezzi pour ladj Stumley.
Pleine de celle idée, Debora se rendit
à sa villa d'Albano, afin d'y donner ses ordres. Virgilio l'avait devancée. Les défricheurs virent, aux premiers rayons du jour, sur la cime du plus haut peuplier, flotter le signal de leur ancien chef, et de tous les points de la campagne ils accoururent sur les rives du lac, ayant à leur tête Gédéon.
La profonde tristesse de Virgilio n*échappa point à la sagacité du fils de Costantini, qui en devina bientôt la cause. En apprenant li nouvelle de l'acquittement de Debora, Gédéon abandonna sa troupe et courut à la villa pour embrasser sa sœur. Ce premier mouvement, si naturel, aI>sorl)a toute autre idée. Mais
— 5-28 — ies bras de Gédéon furent comme frappés de paralysie lorsque Debora lui apparut, non point sous le modeste costume du Ghetto, mais dans tout l'éclat aristocratique de ladj Stumley. La sœur elle-même s'épouvanta de l'émotion et de la pâleur de son frère, 'et lui tendit les mains avec une froideur qui eût bien étonné les témoins de cette rencontre; heureusement, il n'y avait pas de témoins. En ce moment Debora était dans la salle de râtelier de sculpture, et contemplait la statue de Moïse , en se réjouissant de la voir si belle, et si diiine d'avoir son piédestal dans une dcs^ paieries du Vatican.
- 5-29 - Par une de ces affinilés magnéliques, bien plus puissantes encore entre deux organisations du môme sang et de la même nature. Debora comprit que la guérison de son frère n'était pas tout-àfait opérée, et que peut-être Gédéon, fils du désert, ne croyait pas impossible cet amour qui avait des exemples bibliques, aux premiers âges du monde, lorsque Dieu même autorisait un frère à voir une épouse dans sa sœur. Cette pensée, que le trouble de Gédéon justifiait suffisamment fit commettre à Debora une imprudence qu'elle prit pour un acte de haute sagesse, et que l'inexpérience d'une jeune femme peut seule expliquer. Debora
crut achever la guérison de son frère en lui faisant la confidence de son amour pour Virgilio. Gédéon avait trop d'honneur au fond de l'âme pour ne pas lutter énergiquement contre une passion qui venait de prendre subitement un caractère incestueux; mais l'idée de voir un autre homme aimé de cette sœur qui était encore un peu iady Stumley, lui parut intolérable ; si la terre se fut écroulée sous ses pieds en ce moment, il n'aurait pas éprouvé une plus terrible com-' motion ; cependant il se contint héroïquement, et à force d'être abatlu , il eut l'air d être résigné. Debora aimait Gédéon de cette pure affection de famille
qui doit être l'amour des anges : elle lui tendit la main, comme pour une réconciliation entre parents, et sa l>ouche effleura le front du jeune homme... Gédéon sentit courir dans ses cheveux la suave haleine de lady Stumley, et l'ardent Arabe du désert, emporté par le délire, poussant un cri de terreur, levant les mains au ciel, frissonnant sur la racine de ses pieds, bondit en arrière sur le seuil de la porte, et prit la fuite comme un criminel.
Il traversa le jardin, les bois, la prairie, et ne s'arrêta que devant la troupe des défricheurs, qui retenait encore Viririliopour lui fiiiro raconlor dnns tous
— 55-2 - SCS détails l'histoire irritante de son injuste arrestation. Le fils de Josué apportait avec lui une fièvre dont personne ne pouvait soupçonner l'origine , aussi les premières paroles qu'il prononça en arrivant produisirent un effet immense , parce qu'elles semblaient sortir d'un cœur ulcéré par l'oppression et les crises politiques du moment.
— Vous êtes encore la, debout, s'écria-t-il, comme des hommes qui n'ont rien à venger, rien k punir ! J'étais, moi un chef indigne de vous, je le sais et je l'avoue hautement ; mais votre véritable chef vous est rendu ; Virgilio est à votre tête ; qu'altendcz-vous donc , nobles en-
— ooô
faots (le l'esclave Sparlacuf, encore tous esclaves comme lui, après deux mille ans? Y a t-il dans le ciel une patience égale à celle de l'homme ? Est-il possible qu'une nation endure une souffrance de vingt siècles et trouve sur la terre l'éternité de l'enfer ! Parlons tous, et forgeons des armes avec le fer de nos charrues, brisons la porte des arsenaux, soulevons toute la campagne romaine au cri de liberté!
— Oui! oui! s'écrièrent les défricheurs en battant des mains.
— On nous traitera d'abord de bandits, je le sais, poursuivit Gédéon ; stupides gens ! ils s'étonnent qu'il v ail des ban-
dits, depuis des siècles, dans les Marais- Pontins ! Mais quand les gouvernements laissent une campagne inculte, et proscrivent le travail, que veut-on qu'ils deviennent, les habitants de celte campagne ? ne sont-ils pas forcés de se faire bandits? Si vous brisez la charrue des agriculteurs, ils prendront le poignard l C'est la faute d'une aveugle tyrannie, ce n'est pas la nôtre. Soyons victorieux, et ceux qui nous appellent bandits nous salueront du nom de héros !
De frénétiques applaudissements écla^ tèrent au bord du lac , et Virgilio luimême parut ému des paroles de Gédéon, et lui serrant la main, il lui dit :
— Godcton, ce que vous exprimez si bien, je le pense, et demain à la pointe (lu jour
— Comment , demain î interrompit Gédéon ; point de demain ! demain est l'ennemi des ^^andes entreprises! demain, c'est le vent glacé qui refroidit le feu de la veille î demain, c'est la réflexion qui tue l'enlliousiasme! La minute qui passe à nous, saisissons-la au vol; celle-là seule nous appartient.Venez, mes frères, ceignons nos reins, suivons le soleil qui ne s'arrête jamais quand il se lève, et parlons. .
Les défricheurs bondissaient comme les béliers de la Bible, sicut arieles^ au\
paroles de Gédéon, et déjà la troupe opérait un mouvement de marche du côté des montagnes, lorsque Virgilioqui paraissait dominé par une pensée inconnue, fit un signe de la main et arrêta les premiers.
Gédéon regarda Virgilio d'un air d'interrogation-.
— Ecoulez, mon ami, lui dit Virgilio, en le prenant à l'écart, vous êtes dans ma pensée comme je suis dans la vôtre. Ainsi, ne croyez pas que je vienne ici vous proposer de longs retards ; mais j'ai un devoir sacré à remplir, vous allez en juger vous même.
— oo/ —
— Voyons, dit Gédéon d'une voit tremblante.
— Lad} Stumley est à la villa, poursuivit Virgilio, et j'ai quelques comptes d'intendant à régler avec elle, avant mon départ. C'estindispensable, comme vous voyez. Ensuite, les bienséances ne me permettent pas de partir ainsi brusquement, sans faire mes respectueux adieux à une femme que je crois avoir servie avec fidélité, et qui a toujours eu tant de bonté pour moi. Ce devoir rempli , je pars comme chef ou comme soldat d'une entreprise que je mettrai sous la protection de Dieu.
Nirgilio fit quelques pas du côté du
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kiosque du lac, comme pour prendre le chemin de la villa.
Gédéon cherchait des paroles, et ses lèvres desséchées par la fièvre, se serraient convulsivement et empêchaient l'émission de la voix; un effort suprême lui permit d'étendre sa main vers Virgilio et de lui dire :
— Non! c'est inutile... restez!...
Virgilio regarda Gédéon avec une
expression de visage qu'aucun peintre ne traduira jamais sur un tableau.
— Comment! c'est inutile ! dit-il; vous voulez qu'un intendant ait l'air de s'échapper d'une maison sans régler ses comptes.
— Eh ! dit brusquement Gédéon, lady
Sliimley ne lient pas à ces usages bourgeois; elle a bien d'autres soucis que celui de régler des comptes avec son intendant! Soyez tranquille, mon cher Virgilio, je me charge, moi, de vous justifier auprès d'elle, si vous aviez besoin un jour d'être justifié... Venez, venez, ces braves gens nous observent de loin avec inquiétude; il semble que nous avons des secrets pour eux; ne leur inspirons point de défiance au début de notre entreprise. Leurs pieds brûlent comme s'ils étaient sur des tisons ardents; donnez le signal de marche-, et vous verrez quels transports vous répondront. \
El se tournant vers la troupe des Ira- ^ vailleurs, Gédéon cria :
— Mes amis, nous allons partir l Un cri de joie répondit.
— Gédéon , dit Virgilio d'une voix suppliante, je vous conjure de me donner une heure, je ne vous demande qu'une heure et nous partons.
— Virgilio, dit Gédéon encore plus alarmé par ces instances si |mystérieuses et si claires à la fois, Virgilio, les défricheurs nevpus accordent pas une minute, leur impatience répond pour moi.
— Au iTpom du ciel! reprit Virgilio, accordez-moi un seul instant, tout ce qu'il faut pour dire un adieu.
— Pas même .cet instant! dit Gédéon avec une irrilalion sourde, parce que cet instant peut tout changer; parce que cet instant peut briser votre résolution, et vous détourner de votre œuvre, qui est en ce moment l'œuvre de tous. Virgilio, .vous ne vous appartenez plus, vous êtes à nous, comme la tête est au corps.
— Eh bien ! Gédéon, dit Virgilio d'un ton résolu, si vous me refusez la minute d'adieu que je vous demande, j'abandonne tout, et j'entre demain au couvent des Camaldules de Tivoli.
— Non, Virgilio, dit Gédéon d'une voix stridente mais contenue non, vous
n'entrerez pas chez les.camaldules, demain, savez -vous pourquoi?
— Non, dit Virgilio, d'un air stupéfait.
— Eh bien ! je vais vous apprendre ce que vous savez, Yirgilio ; vous resterez dans le monde, parce que vous aimez cette femme, et parce que cette femme vous aime; voilà pourquoi vous abandonnez les travailleurs !
Virg:ilio, atterré par cette apostrophe inattendue, et n'ayant jamais souillé sa bouche d'un mensonge, baissa les yeux et resta immobile ; ses lèvres seules s'agitaient comme s'il eût récité une prière mentaîe pour demander le secours de Dieu dans ce grave moment.
En pareille situation, un homrne du monde, un homme civilisé aurait fait bonne contenance et inventé quelque heureuse supercherie pour répondre à Gédéon ; mais Virgilio, après un silence assez long, qui en disait plus qu'une confidence détaillée, avoua son amour pour lady Stumiej, car il craignait , en s'obslinantk se taire, de laisser le champ libre à de calomnieuses suppositions.
Gédéon écouta l'aveu de Virgilio comme le criminel écoute une sentence de mort.
— Eh bien ! lui dit-il avec cette voix folle que donne le désespoir, après cet aveu, je ne vous conseille plus de ne
~ 3U pas revoir lady Stumley, je vous l'ordonne ! Cette femme est ma soeur.
Ce fut comme un échange de coups de foudre entre ces deux rivaux impossibles. A son tour Virgîlio fut anéanli.
Les défricheurs, persuadés que Yirgilio et Gédéon discutaient entre eux un plan de campagne, respectèrent leur entretien, et ils s'étaient assis sur les rives du lac où ils chantaient, à voix contenue la cantilène d'Albano :
Fior di Roma, fior d'amore.
L'orchestre des pins mélodieux accompagnait ces douces paroles, et la persienne du kiosque s'ouvrit comme
une oreille pour écouter ce concert do la campagne.
Il n'y a pas de bruit lé^rer dans une solitude; la persienne quoique ouverte avec précaution, attira simultanément les regards de Vir^llio et de Gédéon ; un visage de femme rayonna comme le soleil levant dans l'embrasure du kiosque, et le même cri de surprise sortit de deux poitrines, ou pour mieux dire de deux cœurs. Les deux hommes avaient nommé Debora sans prononcer son nom.
Elle fit un signe imperceptible de la main, et Gédéon et Virgilio se regardererent comme pour demander auquel des deux cet appel s'adressait; leur in-
décision fut comprise, car le signe se répéta, et cette fois avec deux désigna-tions précises ; on leur disait à tous deux : Venez.
C'est toujours celle pelite main dont parle le poète anglais, dans Macbeth^ this Unie hand^ qui a une si grande puissance pour agiter les hommes les plus forts.
Gédéon et Virgilio baissèrent .la tête et obéirent comme des enfants.
En entrant au kiosque, ils trouvèrent Debora négligement appuyée contre la fenêtre, et penchant en arrière sa tête et sa chevelure qui jouaient avec les brises du lac. Elle donna de l'assurance à sa
voix, el leur dit | en souriant avec tristesse :
— J'ai entendu des cris du côte du lac, et je suis venue ici par curiosité. Je ne croyais pas assister à une scène de conspiration en plein air, sur mes domaines. Vous voulez donc compromettre encore lady Stumlej le lendemain de son jugement?
— Nous ne conspirons point, dit Gédéon ; nous émigrons avec tous ces braves travailleurs ; la vie n'est plus supportable ici.
— Et vous partez, vous aussi demanda d'une voix tremblante Debora à Virgilio.
Virgilio, sans regarder la jeune fera-
me, répondit par un signe de tête affîrmalif.
— J'allais faire mes adieux à milady, lorsqu'elle est arrivée, dit Virgilio, toujours les yeux baissés.
— Gédéon, ditDebora, en contenant des larmes qui humectaient déjà l'émail de.se§yeux, tenez-vous un instant , là, sur la première marche de l'escalier; j'ai deux mots à dire, en confidence k mon intendant.
Gédéon hésita, mais un regard sévère de ladyStumleylui donna le courage d'un moment de résignation; il fit quelques pas, et, Sans fermer la porte du kiosque, il resta sur la marche contlguë au seuil.
— Vir^^ilio, dit Dcbora en le faisant approcher d'elle, veuillez bien vous expliquer; je ne vous comprends pas.
Dites-moi le motif (|ui a pu opérer un si brusque changement dans voire conduite et votre esprit... Parlez, Virgilio, ne me donnez pas le regret mortel d'avoir été si bonne envers vous...
— Milady, répondit Virgiîio avec des efforts de voix renouvelés sur chaque syllabe, vos bontés ne sortiront jamais de ma mémoire. Le laboureur d'Albano ne^erajamais ingrat envers ladyStumley.
— Vous êtes trop respectueux aujourd'hui, virgilio, et vous n'avez plus raison de l'être : vous savez bien qu'il n'y
a plus de lady Slumley. Je suis votre égale en condition , je suis Debora, la fille d'un marchand du Ghetto.
— Adieu! adieu! milady, s'écria Virgilio dans une subite éruption de larmes ; adieu pour toujours !
Et Virgilio s'élança hors du kiosque avec une agilité surhumaine. Debora tendit les mains pour le retenir, et poussant un cri sourd et déchirant, elle s'évanouit.
Gédéon vil passer Virgilio comme un éclair a côté de lui, et le suivit au vol jusqu'aux rives du lac, où les défricheurs attendaient.
— Mes amis , s'écria Virgilio avec
rexaltallon du délire, ne me reprochez point quelques larmes que je donne en partant à cette campagne où je suis né. Nos aïeux aussi pleuraient lorsqu'ils abandonnaient la terre natale. Ce moment d'excusable faiblesse passé, je suis a vous ; suivez la trace de mes pieds, et allons où est la liberté de l'homme et du chrétien !
Gédéon voulut serrer la main de Yirgilio; mais celui-ci retira la sienne avec une répug^nance trop bien marquée, et ajouta :
— Enfants de la campagne romaine, vous êtes tous chrétiens et pieux; ainsi, plaçons-nous tous sous la protection de
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Dieu et de Notre-Danie-d'Albano, etconimençons notre sainte entreprise par un acte saint.
Virgiliose mit à la tête des défricheurs et les conduisit sous le massif de grands pins qui sert de coupole mobile à la chapelle de Notre-Dame-d'Albano. Là, élevant de nouveau la voix il dit :
— Tous ceux qui entreront avec moi dans celte chapelle seront dignes de me suivre, et nous chasserons bien loin de nous ceux qui n'entreront pas.
— Nous entrerons tous ! crièrent les défricheurs.
— Et vous prierez avec moi, ajouta Virgilio.
— Oui! répaiulilla Iroupe.
— A ^^eaôu\ sur la pierre ?
— Oui !
— Venez! dit Virgilio en regardant Gédéon j nous verrons si tout le monde priera à genoux et chantera le Sub inum prœsidiiim.
Tous les défricheurs se précipitèrent dans la chapelle et s'agenouillant à l'italienne; ils entonnèrent l'hymne saint.
Virgilio, la prière faite, sortit le premier, et montrant Gédéon appuyé contre un pin, il dit :
— En voilà un qui n'est pas entré !
qu'il s'éloigne, sa présence nous porterait malheur !