LEUR IMPORTAN CE MÉDICALE ET MÉDICO- LÉGALE
“La série des expériences précédentes nous permet maintenant de comprendre d’une manière exacte de quelle façon des débris de vêtements sont entrainés par les balles qui pénètrent dans l’organisme : ils sont por- tés sur la face avant des projectiles. ” Autrefois, ces projectiles élaient volumineux, leur face de pénétration était moins grande qu'actuelle- Inent, ils avaient tendance à entrainer devant eux une quantité assez considérable d'étoile, ou de substances diverses, toujours par le même mécanisme, comme on
peut le voir dans les exemples d'observations anciennes
‘que nous avons rapportés dans le chapitre premier.
= Actuellement, la section des balles est beaucoup plus faible, leur forme est habituellement cylindro-
ogivale, leur vitesse est très grande. Deux cas peuvent
Dee
se produire : tantôt r'étoffe est découpée à l’emportepièce, tantôt quelques fibrilles seulement se trouvent arrachées par la balle pointue écartant les fibres du tissu ; mais leur quantité n’est jamais considérable.
Nous avons examiné plus de cinquante observations de plaies par balles, réunies à l'hôpital du Val-de-Gràce, observations de provenances très diverses, prises dans différentes ambulances du front (guerre 1914-1918). Dans le plus grand nombre d’entre elles était signalée la présence de débris de vêtements dans les plaies ; dans une ou deux de ces observations on notait l’existence d’un gâteau vestimentaire sur la face antérieure du projectile, retrouvé dans l’orifice d'entrée.
PoricaRD notait les mêmes phénomènes. Sur 44 plaies de guerre examinées histologiquement, il observait la présence de débris d’étoffe, invisibles à l'œil nu, allant de 20 à 60 mm. rarement à 100 min.
BRocaRpD, tirant sur des cadavres (chiens et nouveaux nés) recouverts de vêlements, avec des revolvers de divers types (Browning, Revolver modèle 1874), dans 17 expériences trouve 17 fois la présence de débris de vêtements dans l’orifice d'entrée.
Yest donc là une règle générale. Quelles sont les conditions qui régissent cette pénétration :
1° Rôle du volume et de la forme de la balle. — [Il ne semble pas douteux, étant donné la manière dont l'étoile se charge sur le projectile, que plus le calibre de celuiciest volumineux, plus les particules de vêtements entraînées sont importantes,
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Ceci nous permet d'indiquer une des raisons (en dehors des questions de vitesse, etc...) pour lesquelles les balles de fusil de guerre peuvent entrainer dans certains cas dé grandes quantités de vêtement (alors qu'a priori en raison de leur grande vitesse et de leur ogive accentuée elles devraient se borner à écarter les fibres des tissus traversés). Les balles de ces armes sont très allongées ; la balle du fusil Lebel par exemple a un diamètre de 8 mm. pour une longueur de 39mm.20 (elle a donc une longueur correspondant à 5 de ses diamètres environ). Une telle balle, sous le moindre cho:, bascule facilement ; on conçoit aisément qu'avant de pénétrer dans les tissus elle puisse frapper les vêtements obliquement ou même latéralement ; la surface qui se charge des tissus est alors très large, et peut ainsi entrainer dans la profondeur une grande quantité de détritus vestimentaires. C’est évidemment un mécanisme de ce genre qu’on peut envisager lorsqu'on trouve un capuchon ou un gâteau devant celte balle.
2° Rôle de la nature des tissus. — LOCHTE à montré que les divers tissus présentaient des caractères spéciaux de perforation, suivant leur trame et selon leur substance.
Nous avons pu le vérifier expérimentalement ; ces faits sont d’ailleurs connus depuis longtemps: le chapeau de Charles XIT, tué au siège de Friéderichstad, d’un coup de briscaien, présentait une ouverture tellement petite que l’on eut des doutes sur la nature du projectile. EL cette circonstance fit naître des soupçons d’assassinat !
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LAMRACES
Dans un exercice à Strasbourg, en 1849, un garde national fait feu et deux cantinières placées à 46 pas du bataillon, tombent en même temps, l’une d'elles pour ne plus se relever ; le crâne est atteint et une portion de
substance cérébrale s'écoule par une plaie du pariétal | qui a 6 cm. de diamètre ; l’autre femme est frappée à la tête par un fragment du projectile qui s'était brisé sur le crâne de la première ; le trou dans son chapeau de feutre est de 4 mm, il est de 10 mm. à la peau !
Ces faits rapportés par TourDEs montrent que pour certains tissus le trou peut être inférieur au diamètre de la balle.
La quantité de fibres trouvées dans la plaie dépend donc dans une certaine mesure de la nature du tissu traversé.
3° Rôle de la disposition des vêtements. — Nous avons remarqué dans nos expériences que les (issus étaient d'autant mieux découpés qu'ils étaient soutenus par un plan sous jacent, ce qui se produit pratiquement lorsque la chemise est appliquée sur la peau ; si pour une raison quélconque un vêtement se trouve écarté du corps, l’étoffe sera moins bien découpée et il se peut qu’on n’en trouve pas de débris dans le trajet.
4° Rôle de la quantité de vêtements interposés. — Dans les observations anciennes que nous avons relatées, ou dans les observations de guerre que nous avons eues entre les mains, il était parfois question de gâteau de vêtement, c’est-à-dire de la superposition des divers plans traversés (capote, tunique, chemise, etc.)
Nous « avons remarqué, à aan d'expériences que. F5 nous rapportons plus loin,que lorsqu'une balle traverse
cu une grande quantité d’étoftes, il se constitue un véri- table peloton de débris de tissus, où chaque fragment
d’étoffe nous a paru plus vaste que s’il avait été découpé
nu là balle.
| EXPÉRIENCE, — Tir avec une rite Flobert 6 mm. 7 “balle sectionnée (face antérieure plate). — Cible constituée
par 9 morceaux d'étofte (drap, toile, drap toile, etc.) appli-
re sur un bloc de paraffine.
- Une masse d ‘étofte où l'on dissocie les divers bu sous forme de morceaux importants est trouvée à { ou 2 cm. de = profondeur dans la paraffine.
A Les observations suivantes sont des exemples de ces = __ pénétrations ; nous faisons remarquer que la recherche : 74 des fibres d’étoffe peut être difficile, pouvant nécessiter des dissociations des tissus où ils se trouvent inclus, 4 ou une série de coupes histologiques.
5% Observation 1 (due à l’obligeance de M. le P' BazrHaamp). — La femme M... reçoit, dans le dos, à travers ses $ vêtements, un coup tiré de près avec un browning de
6 mm. 35. L'examen histologique de l'orifice d’entrée permit de retrouver dans la coupe quelques fibrilles de vêtements {vraisemblablement en coton).
2 Observation 2. — Un individu reçoit à distance trois coups de feu dans le thorax et lépaule, à travers ses
vêtements. Les projectiles sont des balles blindées de
6 mim.35 (browning) ; on retrouve à l'examen histologique d’infimes particules d’étoffe.
Observalion 3 (due à l’obligeance de M. le P' Bar- THAZARD). — Une ferme est tuée en février 1924 (revolver Bull-dog) ; l'assassin pourchàssé est blessé peu après par un agent, d'un coup de browning 7 mm. 65 dont la balle blindée traverse les vêtements el pénètre au dessus et en dehors du mamelon droit. Il se suicide quelques instants après ense tirant un coup de feu dans la région temporale droite avec son revolver bull-dog. Les deux blessures étaient mortelles, la blessure de la tempe droite plus rapidement que celle de la région hépatique.
L'examen microscopique de la plaie d’entrée de la balle de browning tirée par l’agent (fig. 6) permet de déceler la présence de fibres d’étoffes.
On voit en effet très nettement, sur la coupe perpendiculaire à l’axe du trajet de la balle dans les tissus, la disposition de l’orifice d'entrée, avec, de la superficie vers la profondeur, l'arrachement épidermique et Ja zone érosive ; sur celle-ci on remarque des dépôts de crasses (collerette d’essuyage), qui se prolongent dans la première partie du trajet. On observe également un fort hématome, qui obstrue presque complètement le début du trajet, particulièrement volumineux dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Mais le fait particulier de cette coupe colorée à l’'hématéine-éosine, est l’existence de fibres intriquées, don-
tre, PEAR
hant l’impression d’un petit peloton, situé en plein hématome. Ces fibres se présentent sous divers aspects. Les unes sont disposées horizontalement. Elles ont sensiblement 1/50 de millimètre ; les autres sont coupées
Fig. 6. Observation IT.
Orifice d'entrée dans la peau d’une balle de browning, 7 mm. 65. Coupe perpendiculaire à l’axe du trajet de la balle. Remarquer dans la partie inférieure et gauche les fibres d’étoffe entraînées par le projectile.
obliquement ; d’autres enfin apparaissent par leur tranche, sous forme de petites taches rondes.
La couleur de ces fibres est uniforme, violet noir. Il n’est pas douteux qu’il s’agit de fibres d’étoffe, impossible d’ailleurs à caractériser. Ces particules n'avaient
pas été remarquées au cours de l’autopsie, en raison vraisemblablement de leur peu d’abondance.
L'importance médicale de la présence de fibres d’étofles ou de débris de vêtements dans les plaies par armes à feu est incontestable. Au point de vue pratique, chez des blessés, il n’est pas douteux que comme tous les corps étrangers ce sont des sources d'infection. Notre intention n’est point d’v insister.
Au point de vue médico-légal, il faut retenir de ces faits que la présence de débris de vêtements doit être à peu près courante dans les orifices d'entrée et la première partie du trajet, lorsque le projectile a préalablement traversé des vêtements. Mais en raison du petit calibre des armes actuellement employées et surtout de la forme pointue ou cylindro-conique des balles, la quantité de vêtements entraînés est très minime. On les retrouve facilement dans une cible artificielle, lisse, sèche, facile à briser et à examiner. — On comprend que la présence de quelques fibres ou même de quelques fibrilles imbibées par la sérosité des tissus soit difficile à déceler dans des plaies sanglantes. Leur recherche cependant ne nous paraît pas vaine, puisque‘dans certains cas elle peut-être la preuve d’une entrée qui pourrait être contondue avec un orifice de sortie, et puisque par ailleurs, s'ilen existe des fragments importants, leur nature pourra en être précisée. L'examen microscopique à ce point de vue pourra donner des renseigne-
SRI EE
ments ; nous avons pu dans un cas caractériser (observalion 1), avec toute la précision possible, des fibres de coton dans un trajet. Mais, nous insistons sur ce fait: . que dans plusieurs coupes d’oritices d'entrée protégées par les vêtements, nous n'avons pas trouvé {race de débris d’étofie. En effet lorsqu'ils sont peu aboudants, la coupe peut passer à côté des fibres, et il faut des examens particulièrement attentifs pour les trouver.
Fig. 7. (BaALTHAZzARD). Observation IV.
À : balle trouvée dans le cœur de la femme G. La trame est celle d’un corsage en pilou.
B : Trame identique obtenue en tirant expérimentalement sur la même étoffe.
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Un autre point intéressant encore en médecine légale, est l'identification du tissu par l'empreinte laissée sur la balle en plomb par la première étoffe traversée. V. BaLTHAZARD en a montré l’importance. Nous voudrions seulement ici rappeler une observation qu'il a bien voulu nous confier et qui montre l’intérêt médico-légal de cette empreinte, pour le mécanisme de laquelle nous pensons avoir apporté une contribution (Fig. 7).
SARRAUTE
Observation 4. — (due à l’obligeance de M. le P? BaL- = THAZARD). — La femme G reçoit dans la région du
CŒUT un COUP mortel d’un revolver pull- -dogg (balle « dé
plomb nu de 8 mm). Elle est étendue, déshabillée, sur son lit ; mais on découvre un corsage en pilou aban- € donné dans sa chambre. A l autopsie on trouve près du cœur une balle en plomb portant une empreinte de vêtement. En faisant un tir expérimental avec une balle identique sur le corsage en pilou, on observe - que les” empreintes de la balle trouvée dans le cadavre et celle. de la balle de l'expérience sont. les mêmes. Le COrpS était donc revêtu du corsage en pilou lorsque le coup de feu a été tiré. Il a été déshabillé après la mort.
Les photographies de balles que nous présentons sont.
absolument caractéristiques à ce point de vue.