‹ Décadence de la monarchieChapitre 9 sur 37 · HO · texte numérisé non relu

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et boQ lii après souper. Sur une pareille base l'accord était bientôt fait et le marché conclu.

Le diable tirait une cédule de son portefeuille et la donnait à signer au récipiendaire. Le récipiendaire signait, sinon il faisait un crochet au bas de la minute, un crochet et non une croix selon la coutume, car la croix avait le don de mettre le diable en fuite.

Voilé le traité signé.

En foi de quoi le diable apposait sa griffe sur Tépaule du signataire; Tépiderme séchait au contact. On pouvait y enfoncer la pointe d'une épée, l'épée résonnait comme sur une peau de tambour.

Après celte dernière formalité, le postulant possédait irrévocablement son brevet de sorcier. Le diable lui donnait un onguent de sa façon pour graisser le manche de balai qui devait le porter au prochain rendez-vous.

Ce rendez-vous était le sabbat. Quand venait le jour, ou plutôt la nuit dusabbat, un bruit de trompette passait dans Tair d'un pôle à l'autre de la planète. Le diable sonnait en ce moment le boute-selle de son armée.

A ce signal, sorciers et sorcières sentaient un vent froid les soulever par le sommet de la tête, et tous ensemble, de tous les points de Thorizon, enfourchant leur manche de balai, prenaient leur volée dans l'espace.

Souvent, au beau temps de la crédulité, vers l'heure de minuit, le berger couché dans son manteau

k la belle étoile, entendait japper son chien et passer au-dessus de sa tête comme le long gémissement de la rafale dans la feuille sèche de la futaie, G!élait la cavalcade du sabbat qui galopait en ce moment k toute bride sur le brouillard delà vallée. De temps à autre, pour éperonner sa monture, le sorcier murmurait! voix basse : Bâton noiry bâton blanc, et h ce mot, le manche de balai doublait de vitesse.

Il arrivait parfois qu'une pluie battante surprenait une caravane en chemin, mais le chef de la bande prononçait la formule : Haut le coude Quillet et Taverse allait tomber d'un autre côté. Quand par hasard un traînard ralentissait son vol, un diable arrivait par derrière qui te fouettait à coup de queue pour le forcer à rejoindre la colonne. L'armée diabolique arri* vait ainsi en ordre au sabbat.

Satan l'attendait sur son trône, la barbe en fourche, la corne haute et son royal manteau de bouc négligemment jeté sur répaule. Il faisait un signe et chaque sorcier venait respectueusement baiser la joue rétrospective de Sa Majesté, après quoi il allait prendre place à une immense table couverte de plats de crapauds, de vipères, d'enfants à la sauce piquante, d^entre-côtes de cheval à la mandragore.

Hais vipères ou crapauds, tous les services représentaient des fictions. Les sorciers ne mangeaient que du vent en réalité. Et à ce propos, un grave magistrat du dix-septième siècle, qui avait brûlé mille sorciers pour son compte dans le pays Basque, fait grave-

ment cette remarque : oc D'où je vois, dît-il, que Satan ji est toujours trompeur, puisqu'il repaît les siens de 9 vent comme s^ils étaient des caméléons. »

Sitôt que le coq chantait, Tarmée du sabbat enfourchait de nouveau son manche à balai et regagnait son domicile. Elle y rapportait une multitude de talents dont le diable lui avait communiqué la recette*

Il fabriquait d'un mot une épidémie, il dirigeait la foudre au bout de sa baguette, ii brouillait la serrure de façon à défier Tart du servurier, il transportait un champ de blé d'un côté à Tautre de la rivière; il écoulait le lait de la vache dans le pis de la vache voisine, il mettait le feu avec un pot cassé, il pondait une douzaine d'œufs h la dérobée et de sa ponte composait une drogue à ensorceler tout un village, enGn il prenait une peau de loup et sous le nom de loup^ garou il courait la forêt, etc., etc.

Louis XIV cependant supposa, dans un moment de septicisme, que la volupté aérienne d'embrasser un bouc à l'envers, ne constituait pas une tentation telle* ment irrésistible queThumanité tout entière allait entrer dans la confrérie secrète de la sorcellerie ; il résolut de commuer en simple bannissement la peine du feu, portée jusqu'alors contre Vaffîdé du démon. Le parlement de Rouen, immobile sur la jurisprudence établie, crut devoir envoyer au roi la consultation suivante, chef-d'œuvre de jurisprudence. La législation, le précédent, tout y est relaté :

« Votre Majesté, sire, est bien informée qu'il n'y a

y> point de crime si oppose à Dieu que celui de soi*tU » lége, qui détruit les fondeiuents de la religion et lire }> après soit d'étranges abominations...

y> C'a été le sentiment général de toutes les nations » de les condamner au supplice, et tous les anciens en y> ont été d'avis. La loi des douze tables, qui a été » le principe de la loi romaine, ordonne la même pu* » nition...

» Tous les arrêts du parlement, rendus suivant et T> conformément à cette ancienne jurisprudence du » royaume, rapportés par Imbert dans sa pratique ju- » diciaire... contre les nommés Rousseau et Piley, » pour maléfices et adoration du démon au sabbat, j» sous la figure du bouc, confessés par les accusés...

D D'après toutes ces considérations, sire, les ofQy> ciers de votre parlement espèrent de la justice de » Votre Majesté qu'elle aura agréable que n'ayant rien » fait que de conforme à la jurisprudence universelle y> du royaume et pour le bien de ses sujets, dont auy> cun ne peut se dire à couvert des maléfices, elle D voudra bien souffrir l'exécution des arrêts en la 3> forme qu'ils ont été rendus. y>

La magistrature voulait absolument brûler les sor« ciers, la royauté aimait mieux les renvoyer.., à leur élément natureh

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