‹ Décadence et chute du systême de finances de l'AngleterreChapitre 2 sur 5 · AU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AU PEUPLE FRANÇAIS

Jæ VOUS ojfre un petit ouvrage sur la Décadence et la cliûte da système de finance de l’Angleterre , dans lequel j^ai expliqué et mis au grand jour les finances de votre -principal ennemi ^ le gouvernement anglais. Si fiai quelque talent pour juger des circonstances ^ et par elles , des évènemens probables , ce gouvernement machiavélique est près de sa J^n.

Comme les finances de la France ne reposent pas sur cette hâse imaginaire qu^on appelle crédit , et qui supporte seule celles de VAn-^ gleterre ^ comme elles ont une hypothèque réelle et solide dans les domaines nationauæ ^ représentés par les mandats ^ j^ai regardé comme inutile , ici , d^en rien dire.

Ce rûestpas sur im papier y comme mormcAe , mais sur un papier y comme la représentation de la propriété nationale existante , que la France se confie. Cette propriété augmentera tous les jours en valeur^ aussitôt après la paix ^

qui ne peut être éloignée, sivotre gouvernement soutient son énergie ; et ce serait faire tort à la République , que d'en précipiter Id vente. Les Etats- Unis de V Amérique ont beaucoup perdu pour avoir trop hâté celle de leurs domaines. Ijes terres qui on y a vendues pendant la guerre , ont été revendues par les premiers acheteurs à vingt fois le prix qu'elles avaient d'abord coûté.

La France a maintenant la perspective du succès le plus complet. De huit ennemis qu'elle eut d'abord à combattre , à peine en reste-t-il deux , l’Autriche et l’Angleterre. L'Autriche a reçu des subsides de l'Angleterre jusqu'à ce que l’ Angleterre ait été épuisée , e t maintenant celle-ci va émettre un papier-monnaie , pour l'hypothèque duquel elle n'a pas de biens nationaux : l'ouvrage qui suit vous fera connaître l'état d'insolvabilité de son souvernçment .

7 Floréal , an ÏV. 1

Tkomas PAINE.

Thomas PAINE, au conseil des Cinq Cents , et à celui des Deux Cents Cinquante.

Je VOUS présente un petit ouvruge intitule Isl Décadence et la Chûte du système de finance d’Angleterre, lequel fai expliqué et mis au grand

jour les finances devotreprincipal ennemi , le gouverne-

ment Anglais. Si fai quelque talent pour juger des circonstances , et par elles , des événemens probables , ce gouvernement machiavélique est près de sa fin.

Les circonstances dans lesquelles il est à ce moment ^ sont aussi curieuses que critiques ; et elles différent entièrement de celles où il a jamais pu se trouver. Deux ennemis intérieurs et formidables , qui ne se sont montrés durant aucune guerre précédente y le pressent auj ourdi kui de toutes parts. L un est le grand et progressif changement de l" opinion y qui se répand dans toute l'Angleterre , à l'égard du système héréditaire du gouvernement ; et ce système est bien plus tombé dans Copinion du peuple de ce pays , depuis quatre ans y quil n était tombe en France, durant Us quatre années qui précédèrent la révolution fran^

Çdî^t, L autre est la décauvertc faüe enjin par ïc public , que le système de finance par emprunts ou à rente , à intérêts constitués ( funding-system ) , la seule ressource du gouvernement Anglais pour trou^ ver Us secours d'argent dont il a sans cesse besoin ^ nest autre chose quune fraude gouvernementale.

Dans les guerres précédentes , le gouvernement gleterre était soutenu par la superstition du pays pour une chose qm n a d existence que le nom , quil appdle constitution, et par sa crédulité dans son système de finance. O est de ces deux erreurs populaires quil tira toute sa force , et maintenant quelles sé dissipent , ses ressources sont taries. Quand le gouvernement Anglais , ce monstre^ produit par f aveuglement national et {oppression maritime \ sera renversé , le monde sera délivre d un ennemi commun , et les deux nations , la France et l' Angleterre , peuvent compter sur une fraternité réciproquê^^ et sur une paix durable.

Thomas PAINE.

Tmomjè PJINE 5 to the Council of Jivc Hundred and to ths CouncU of Ancients (*).

CiTIZENS,

J présent you with a small work intitled the Décline and Fall of the english System of finance ^ in wliich I hâve explaincd and exposed the nances of your principal enemy , the govern-’ ment of England. If I hâve any capacity in judging of circumstanccs , and from thencc of probable events , the fall of that govcrïiracnt is very nearly at hand.

The condition in which the governmcnt of England finds itself at this moment, is curiousand criiical , and different to any thing it ever expeïtenced before. Itis now pressed by iwo internai and formidable opponents that never appeared during any former war. The one is , ihe great and

( * ) Pour donner aux journalistes la facilité d’insérer dans leurs feuilles qui circulent dans l’étranger et' peuvent aller en Angleterre ^ la lettre originale de Thomas Paine au Corps Législatif de France , l’on a cru devoir l’insérer ici.

ptogressive change (>f opinion that is spreading iuelf throughout Éngland with respect to ihe hereditarys ystem of govemment. — That System has fallen more in the opinion of the people of that country within the last four years, than it fell in France during the last fouryears piîeceding the french révolution. The other is , that the fundingsystem of finance , on which the governmcnt cf England dépends for pecuniary aid,is nowexplaining itself to be no other than a governmental fraud.

Jn former wars the govemment of England was supported by the superstition of the country with respect to a nominal non-existing thing which it called a constitution ; and by the credulity of the country as to the funding- System of finance* It was from those two popular dclusions that the govemment of England derived ail its strengih, and they are now deserting her standard. When this moîïsîer of national fraud and maritime oppression , the govemment of England , shall be overthrown , the world will be freed froin a common enemy , and the two nations may count upon fraternity and a lasting peace.

Thomas PAINE.

JSÉCADENCÊ Ë'T chute

Objet dëV auteur dans cetté discussion.

Rie Ni dît'Ori 4 tfe^t pîtis ccftaîh qvte la mort^ et rien de plus inceitain que le moment ôà cllé arrive. Cependant îl est facile de limiter le tems qu^'on ne pourra franchir , et dans l’espace duquel il faudra mourir. Pour cela , îl n’est pas besoin d’être doué d’aucun esprit de prophétie < ni de pressentir les événemcni : il suffit d’observer les lois de l’existence humaine. De même , si un système de finance décèle dans sa marche des signés de décadence , sa dissolution finale est certaine ^ et l’on peut en calculer l’époque par scs symptômes.

Ceux qui jusqu’à présent ont écrit sur le système anglais de finance ( the funding System ) , le système à rentes , à intérêts constitués (ï) , ont été uhiformé-^ ment affectés de l’idée de sa chute peur un tems ou

pour un autre* Ils n’ont pourtant donné aucun fait 5 il^s ont avancé cette idée , comme une prédiction , oti simplement comme une opinion , convaincus que la durée perpétuelle d’un pareil système est d’une naturelle impossibilité. C’est ainsi qu’en ont parlé le docteur Price , et Smith, dans son ouvrage sur la richesse des nations. Le progrès, dit celui-ci, des énormes dettes qui surchargent à ce moment et qui dans ieür cours ruineront très -pr oh ablement toutes les grandes nations de l’Europe ( il devait dire les gouvernemens ) , a été à-peu-près uniforme. Mais cette manière générale de parler , quoiqu’elle eut pu faire quelque impression , ne portait -avec elle aucune conviction.

Mon intention n’est pas de faire le prophète : mais je moîitrerai , par des données déjà connues , par des symptômes et des faits déjà publiquement produits , que le système anglais de finance par emprunts , fundins - système , ne durera pas la vie de M. Pitt , en lui supposant la vie d’un homme. Je laisse aux autres de prédire combien la chute de ce système peut être plus prochaine.

Systèmes de finance d\Ângletèrre^d^ AméHque et de France.

Qjre les financiers diversifient , comme ils voudront, leurs systèmes de crédit, ceux-ci ne sont tous que des systèmes divers de papier-monnaie.

Î^Toüs avons deux célèbres expériences du papier» monnaie ; l’une laite en Amérique , et l’autre en France. Dans les deux , tout le capital fut émis : ce capital fut appellé argent continental , en Amérirque; assignats , en France ; et il fut entièrement jeté dans la circulation : ce qui la surchargea d’une quantité de: papier si énorme et si disproportionnée à là population comme à la quantité d’objets auxquels on pouvait l’employer , que le marché en fut saturé, et la valeur s’en déprécia. Cinq à six ans suffirent à ces expériences. L’or et l’argent eussent éprouvé le mêrne sort, si l’or et l’argent répandus dans la même abondance, étaient également retenus dans un pays, comme l’est toujours de papier-monnaie, parce qu’il ne peut avoir de circulation au-dehors : et pour raisonner sur une plus grande échelle , la même chose arrns^rait au monde entier , si le monde entier pouvait être rassasié d’or et d’argent , comme l’Amérique et la France l’ont été de papier (2).

Le système de finance suivi par l’Angleterre dilFère de celui d’Amérique et de France, en ce que le capital y est caché ; c’est-à-dire , qu’il n’y paraît point en circulation. Si l’on émettait en assignats ou billets Is capital entier de la dette nationale d’Angleterre , qui monte actuellement à près de quatre cents millions de livres sterling (3j , et si cette somme énorme était mise en circulation , à l’exemple de l'Amérique et de la France , les assignats ou billets anglais , comme il est arrivé à ceux de ces deux pays , baisseraient, se déprécieraient ; et cela d’autant nrieux que leur quantité

ieraît plus disproportionnée avec la populâtîôtï < qu’il n’arriva, en Amérique ni en France : une livre sterling nominale ne vaudrait pas un denier.

Mais bien qu’en cachant son capital , le système Anglais se préserve de la soudaine destruction qui est arrivée à celui d’Amérique et de France , il s’approche néanmoins de la même destinée , et il y arrivera aussi certainement , quoique par un progrès plus lent. Toute la différence git dans le dégré de vitesse , avec lequel chacun des deux systèmes court à sa mort : cette différence , pour parler précisément est comme vingt est à un; c’est* à* dire que le système anglais , celui d’emprunter sur le capital au lieu de l’émettre , a en lui même vingt fois plus de vie , que celui adopté par l’Amérique et la France : mais à la fin de cett^i limite, il arrivera, comme eux, au même tombeau que tous les papiers-monnaie.

La proportion que j’établis de vingt à un , n’est autre chose que la différence entre le capital et l’intérêt à 5 p^. Vingt fois rinteret , à ce taux, égale le capital. L’accumulation du papier-monnaie , en Angleterre , est en proportion de l’accumulation de l’intérêt à chaque emprunt : et conséquemment le progrès de la dissolution de son système est vingt fois plus lent que si le capital était émis en circulation , immédiatement; chaque vingt ans , dans le système Anglais , équivaut à une année dans celui de France ou d’Amérique,

Ayant ainsi déterminé de vingt à un la proportion

lîe la durée des deux systèmes ^ celui d'cmpruntci sur le fond , et celai d’émettre le fond sans emprunter ; j’examinerai maintenant les symptômes de décadence voisins delà dissolution ,que le système Anglaisa, déjà donnes; et je les comparerai avec ceux semblables du Systlme d’Améjrique et de France.

S^ymptô mes de décadence du système anglais

( Fundin g System ) (i).

L’Angleterre commença son système de financ# par emprunts { the funding System) , il y a cent ans. Depuis, elle a eu six guerres à supporter , en comprenant celle qui finit en 1Ç97 et qui compte pour la première.

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