‹ Décadence et chute du systême de finances de l'AngleterreChapitre 3 sur 5 · La guerre d’Amérique , qui commença en 177 S · texte numérisé non relu

La guerre d’Amérique , qui commença en 177 S

' 6. La guerre actuelle qui a commencé en i7g3.

La dette nationale à la fin de la guerre terminé® «rr r§97 , était de 20 wllioas l^sterling ; aujourd’fiui

elle approche de 400 mîlHons. Si entre ces deux extrêmes de 21 millions et 400 millions sterling, lesquels embrassent les dépenses de toutes les guerres supportées dans cette période, il y a une raison progressive y qui donne le montant de la dette à la fin de chaque guerre , aussi exactement que le fait lui même , cette raison déterminera , de la même manière, le montant de la dette après les guerres futures , et fixera Tépoque dans laquelle le système par emprunt expirera parla banqueroute du . gouvernement ; car cette raison dont je parle , aura été établie par la nature des choses.

Jiisqu’aprescnt onn’apoint eu l'idée de l’existence ou même cle la possibilité de ce moyen de résoudre un problème de cette espèce; savoir, de déterminer, sans connaissance du fait , quelle a été la dépense de quelqu’une des guerres précédentes , ou quelle sera celle d’aucune guerre à venir : et cependant ce moyen existe bien réellement par une raison progressive , que je vais démontrer.

Elle n’est point arithmétiquement progressive comme les nombres 2 , 3 , 4, 5 , 6 , 7 . 8, 9; ni géomé^ trique, comme ceux, 2, 4, 8, 16, 32, '64, 128, 2 56 : mais elle est dans les séries faites avec l’addition de la moitié du nombre précédent, comme 8, iî,

Toute personne peut voir que le second nombre 12 est produit du précédent 8. et de la moitié de 8 ; que le troisième nombre 18 est de même produit du

nombre précédent 12 et de la moitié de 12 , et ainsi du reste. Chacun peut également voir avec quelle rapidité les sommes croissent à mesure quv- la proportion s’élève. La difFérence entre les deux premiers nombres n’est que de quatre ; mais la diliérence entre les dèux derniers est de 45 : et l’on peut de-ià juger avec quelle immense rapidité la dette nalio nale s’est accrue et croîtra jusqu’à ce qu’elle excède le calcul ordinaire et se perde en chifFreS;^

J’en viens à appliquer cette proportion comme une règle pour déterminer tous les cas.

Je commence par la guerre qui finit en 1697 , à laquelle commença le système par emprunts. La dépense de cette guerre fut de 21 millions et - sterling. Pour trouver la dépense de la guerre suivante , celle de 1702 , j’ajoute à 21 millions -• la moitié de cette somme , 10 millions | ; ce qui fait 82 millions pour la dépense de cette guerre. Ces S2 millions ^ ajoutés à la dette précédente de si millions \ élève la dette nationale à 53 millions- i Or Srnitli dans son chapitre des dêttes puhluiues , dit que la dette naiionaîs s’élèva à cette époque a 5 à millions sterling.

Je continue et je cherche la dépense de la guerre suivante, celle de 1739, en ajoutant comme dans ce cas, la moitié à la dépense de la guene précédente. Cette dépense ,j° trouvée être de 32 millions sterling , négligeant les fractions ; dites 32 millions et la moitié id tcJnt 48 millions pour là dépensé de cette guerre.

Je ïrouyç ?près îa dépense de la guerre de ajoutant , selon ma règle la moitié à celle-là. Je l’ai trouvée de 48 million?; la moitié est *45 ce qui fait 7 s million* sterling , pour la dépense de cette guerre ; et eiFectivement Smith ; Ghap. des dates publiques ) dit que la dépense de la guerre de 17 56 fut de 7 3 million*

Venons ensuite à la guerre d’Amérique , celle de ?775 ; nous trouverons sa dépense en suivant la

eme réglé. La dépensé de la guerre précédente avait .ete de 7 2 millions, ajoutant la moitié 36, nous trouverons 108 millions sterling, pour les dépenses de cette guerre ; dan? la dernière édition de son ouyrage , Smith du que la dépense de la guerre d’Amérique cDaïf fxcédé 1 00 millions.

Nous trouverons maintenant la dépense de la guerre actuelle , supposé qu’elle dure le même tems que celles qui ont précédé et que le système d’emprunt ne ctève pas ayant sa fin. La dépense de la guerre précédente a été de 108 millions , la moidé est 64 ; ao8 -f- 54 =: 163 millions sterling, pour cette dépense, ïi paraît môme qu’elle ira au-delà , si le système se comerve. Car les emprunts de l’année dernière et de la présenté, sont de 23 millions chaque, ce qui excède la proportion des emprunts faits dans le* guerres précédentes. Ce ne sera point par la difiplté de se procurer des emprunts, que le système croulera ; bien au contraire ; c’est la facilité même ^ pîc laquelle les emprums sont rempli* , qui ^sccilère

l’évènement. Lei emprunts sont tous des transactions de papier; et c’est leur excès qui amène avec une vitesse accélérée , cette dépréciation progressive du papier-monnaie constitué , qui ^ a la En, dissoudra le système par emprunts ou à rentes » à intérêts perpétuels.

Je vais donner maintenant la dépense des guerres futures; et je ne le fais que pour montrer Vimpossibiiité de la durée du système de finance par emprunU cî la certitude de sa dissolution.

La dépense de la guerre qui suivra la présente , d'après la règle qui a servi à fixer au juste celle des guerres qui ont précédé sera de 24^ millions sler, Ccîlc de la seconde 364

Celle de la troisième , ^46

Celle de la quatrième , 819

Celle de la cinquième* 1228

3«oo millions Ster.

qui seulement à 4 p~ exigeraient une taxe de la somme nominale de 12S millions ster. , pour payer rimérêt annuel, outre l’intérêt de la dette actuelle et les dépenses du gouvernement , qui ne sont point comprises dans ce compte. Est- il un homme si fou pu si stupide de supposer que ce système puisse durer?

^uaad l’eus la prerntère, fois l’idée de chercher

quelque proportion qui servît de règle et de mesure a tous les cas du système à rentes perpétuelles constituées , de manière à marquer les dilFérens degrés de son approclie vers sa dissolution , je ne me flattais pas, d’en trouver une aussi ' satisfaisante -, et qui résolût aussi exactement tous les problênles. Ce qui me conduisit à cette idée , ce fut simplement d’observer que ce système par emprunts était dans un état continuel de progression , et que tout .ce qui était progressif, était susceptible au moins de cjuelque règle générale de mesure , dontj'appiication pouvait se faire sans erreurs considérables. Mais qui eût jamais supposé , que la chute de systèmes , d’opinions de finance , pût être mesurée par une règle en apparence atissi vraie, que celle des corps^. Je n’ai pas plus fait la proportion que suit la chûte du Eystême de finance de TAngleterre , que Newton n’a fait celle de la gravitation. Je l’ai seulenient découverte et expliqué la manière de l’appliquer.

Pour mettre sous un seul point de vue l’accélératîon rapide du système par emprunts vers sa dis- ^ solution , et pour montrer la folie de ceux qui croyent aveuglement à sa durée ou qui donnent perfidement cette croyance aux autres , j’exposerai dans la table suivante , la dépense de chacune des six premières guerres depuis le commencement de ce système , telle que la donne la règle proportionnelle que j’ai trouvée, et la dépense d’après cette même règle, de six guerres qui suivraient.

444 millions st. 5042 millions st.

iWWil— mnwiiiii I ■■i.p I. ■— —

(*) La dépense réelle de la guerre de 1*739 , ne s’éleva pas à la somme dônnée par la :£ègî.e proportionnelle. Mais comme la nature des clioses ^ quand on la comprime j revient à elle-même par un nouvel effort , ainsi qu’un courant d’eau qui emporte l’obstacle qui l’a arrêté quelques instans iLen fut de même de cette guerre et de celle qui suivit ( ij56 ) , prises ensemble. Car la dépense de celle-ci remit les clioses au niveau de la proportion , comme si elle n’avait pas été suspendue : circonstance qui prouve beaucoup mieux sa vérité , n’y avait

pas eu cette interruption. La guerre de 1739 fut languissante 5 lès efforts furent au-dessous de la valeur de l’argent à cette époque. La raison proportionnelle donne en effet l’échelle de la dépréciation de l’argent , produite par le système d’emprunts .* ou ce qui revient au même , c’est l’éclielle de l’accroissement du papier. Toute quantité additionnelle 5 eu billets de banque ou autrement, diminue la valeur 5 sinon la valeur nominale de la quantité qui eu existait.

( Ejq continuation. )

Symptômes de décadence du système anglais^

Ceux qui savent la puissance avec laquelle une progression , même petite , qui s’étend , augmente dans une longue série , ne s’étonneront de rien dans cette table. Ceux qui ne connoissent point cette nature des choses , pourront être tentés de la nier; mais leur opinion d’une part, ni la mienne d’une autre , ne feront rien à l’évènerncnt. Je montre la marche naturelle du système de finance par emprunts , jusques à sa dissolution irrémédiable. Supposant que le gouvernement actuel d’Angleterre continue comme il a été depuis qu’il a pris ce système y je ne donnerais pas un pour cent des fonds , à payer dans vingt ans. Je ne dis point cela par prédiction , je produis le calcul qui fonde mon oph nion : et est bien intéressé à le connaître , quiconque a quelque chose à faire avec les fonds publics d’An-^ gleterre , ou est dans le cas de laisser à sa postéruç du bien qui en dépende.

Peut-être viendra-t il à quelqu’un de demander, puisque le gouvernement ou les ministres ne suivent aucune raison , en faisant des emprunts, ou contractait des dcttçs , et puisque personne n’eiit dessç^.

et ne songea jamais d'y en mettre ^ comment îl arrive qu’il y en ait une ? Je réponds que cette raison est fondée sur la nécessité des choses , et je vais l'expliquer.

Il arrivera toujours que le prix du travail ou du produit du travail , quelqu’il soit, se réglera sur la quantité de numéraire d’un pays, en admettant que les choses y aient leur cours naturel. Avant qu’ont eût découvert le système des finances par emprunt , il n’y avait point d'autre numéraire que l’or et l’argent. Comme la nature est avare de ces métaux , et n’eii cède qu’une quantité régulière tous les ans par les travaux des mines, les prix différens des choses étaient proportionnés à la quantité de numéraire à cette époque, et ils restaient stationnaires au point de n’éprouver qu'une petite variation tous les cinquante ou soixante ans.

Quand • ce système de finance s’introduisit , on accrédita en même temps un moyen de remplacer l’or et l’argent. Ce moyen fut le papier, et sa quantité s’accrut comme celle de l’intérêt croissant p2ï les emprunts accumulés. L’apparition d’une nouvelle espèce de numéraire additionnelle ne tarda pas à rompre !a valeur relative que le numéraire et les choses qu’on achète avec lui , avaient auparavant. Tout monta de prix , mais le renchérissement fut lent et peu considérable au commencement , comme la différence , ch unités , entre les deux premiers itombrcs de la sérié 8 et li comparés avec les deux

d«rniers nombres 90 et i35. II était néanmoins snffifiant pour se faire fortement sentir, dans une opération considérable. Quand donc le gouvernement s’engageant dans une guerre nouvelle , demandait un nouvel emprunt , il était obligé de le faire plus considérable que le premier , pour balancer le prix auquel les choses étaient montées : et comme ce nouvel emprunt augmentait la quantité du papier dans la proportion de son intérêt, ’il élevait encare le prix des choses. Le premier emprunt qu’on faisait après , était encore plus . considérable pour équivaloir à ce dernier surenchérissement : et tout cela de la même manière , quoique dans un autre degré , que chaque nouvelle émission du numéraire continental d’Amérique ou des assignats en France était plus forte que la précédente émission , pour faire face à l’augmentation des prix,, jusqu’à ce qu’il ne fut plus possible de soutenir le combat. C’est en cela, qu’est fondée la nécessité dont j’ai parlé. Cette nécessité va avec une vitesse accélérée , et la raison ou règle proportionnelle que j’ai établie , est la mesure de cette vitesse, ou pour parler. un langage technique convenable au sujet , c’est la mesure de la dépréciation croissante du papier monnaie d’emprunt , qu’il impossible de prévenir , taiit que la quantité de ce papier et des billets de banque vont toujours se multipliant, Comment expliquer autrement la différence de la dépense de deux guerres , dont l’une coûte 21 millions st. , et l’autre 160.

On ne peut en donner pour raison des efforts et

des exploits extraordinaires. La guerre qui ne coûta que 21 millions st. fut la guerre des confédérés, nommée dans Thistoire la Grande Alliance formée de TAngleterre , de l’Autriche et de la Hollande au tems dé Guillaume lîl , contre Louis XIV , et dans laquelle les confédérés furent victorieux. La confédération d’aujourd’hui est bien plus considérable ; l’Angleterre , l’Autriche , la Prusse , l’Empire , l’Espagne , la Hollande , Naples et la Sardaigne , huit puissances contre la République Française ! et la République Française , seule contre tous , les a battus i mais revenons à mon sujet.

On dit en Angleterre que la valeur du papier s© maintient égale à celle de l’or et de l’argetit , mais le fait n’est pas bien expliqué , car la vérité est que le papier a fait descendre l’or et l’argent à son niveau. Ea effet , l’or et l’argent ne peuvent rien acheter à aussi bas prix qu’ils le feraient, s’il n’y avait point de papier en circulation , et qu’ils le font même dans toute autre partie de l’Europe où le papier est inconnu. C’est une nouvelle question de savoir combien durera encore ce niveau du papier et de l’argent; il expose tous les jours le système à une mort subite , et ce danger est indépendant de la mort naturelle qui l’xattend , s’il l’évite.

Je considère le système de finance par emprunts de l’Angleterre comme étant maintenant arrivé aux vingt dernières années de son existence. N’y eût-il que la dépense effroyable de la première guerre, qui

Coûtera maintenant i6o millions st. valeur nùmnàUi et qui n’aurait coûté, au commencement du système ï que «I millions; n’y eût-il que l’emprunt fait pour une seule aainée ( en y comprenant l’emprunt de l’empereur) doit être nominalement plus grand que la dépense entière d'une seule guerre ; cela suffirait pour montrer à quel degré de dépréciation le système est arrivé. Sa dépréciation est dans la proportion de huit à un , comparant la valeur de son numéraire actuel avec ce qu'il était, lorsqu’il commença î et c’est précisément l’état où se trouvèrent les assignats delà France, il y a un an ( Mars ,179^)1 comparés avec l’or et l’argent. Aussi est-ce pour cela que je dis que le système anglais est entré dans ses vingt dernières années de vie , d’aprèi la comparaison faite plus haut de vingt ans de la durée de ce système à une année du système d’Amérique et de France.

Supposant toujours que la présente guerre se termine comme les précédentes , et qu’elle ne produise aucune révolution ©u réforme en Angleterre , on doit prévoir qu’il surviendra une guerre nouvelle dans i’cspacc des vingt ans dont je parle. Il n’est, en effet jamais arrivé que vingt ans se soient passés sans guerre, et cela particulièrement depuis que le gouvernement an-* gîais s’est mêlé dans la politique de l’Empire, et s est montré disposé à insulter Tunivers , à opprimer avec sa marine le monde commerçant. Cette guerre prochaine élevera la dette nationale à bien près de sept cent millions st. dont l’intérêt à 4 pour cent montera à vingt-huit million» st. , outre les taxes pour le»

dépenses

dépenses du gouvernement , qui croîtront alors dans la même proportion, et éîeveront les impôts au moins à quarante millions st. Une autre guerre qui commencera seulement après celle-là, les portera promptement à cinquante ; car c’est dans les dernières vingt années du système par emprunts, que les grandes crises doivent s’y faire sentir , comme il est arrivé à la dernière année des systèmes d’Amérique et de France sans emprunts.

Causes de la décadence du système de finance ^ de d Angleterre^

Je viens de dire que le papier, en Angleterre , a Sait descendre la valeur de l’or et de l’argent à s'on niveau, et qu’en dépréciant ainsi l’or et l’argent, le papier s’est donné l’apparence de se soutenir. La meme chose et la même méprise eut lieu en Amérique et en France , pendant même un tems assez considérable , après le commencement de leur système de papier- monnaie ; et la dépréciation réelle du papier fut long-tems cachée sous cette méprise.

C était le tems où en Amérique tout devenait cher'. lor et l’argent alors ne pouvaient pas acheter à plus bas prix que le papier; c’est pourquoi on n’appelait pas cela dépréciation. L’idée de cherté prit la place de celle de dépréciation , et ç’a été k même chose

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