‹ DecampsChapitre 10 sur 31 · PAYSAN ITALIEN ALLUMANT SA PIPE · texte numérisé non relu

PAYSAN ITALIEN ALLUMANT SA PIPE

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LES ARTISTES CELEBRES

munes dont ils ne sauraient s’écarter. La scène doit être vivante; il faut que les personnages se meuvent, agissent, expriment des émotions, des sentiments, des passions; mais il faut en même temps que ces mouvements s’accordent entre eux, que, tout en conservant leur vivacité et leur accent particulier, ils concourent à l’effet général, et ne nuisent ni à la perfection des lignes et des groupes, ni à la beauté des attitudes et des expressions. L’harmonie dans le mouvement est une des plus grandes difficultés de la peinture. C’est le triomphe de Rubens, c’est aussi celui de Géricault.

Le Passage du gué représente une troupe de cavaliers armés traversant une rivière. Sur le premier plan, les chevaux hésitent et se cabrent; les cavaliers, fermes et droits sur leurs selles, les excitent et les soutiennent de la main et du talon. Hommes et bêtes sont parfaitement dans l’action. Au deuxième plan, les chevaux gravissent la berge; les pieds de devant déjà sur la rive, ils s’écartent et font un dernier effort. Les cavaliers, bien en selle, semblent les alléger par un mouvement plein de justesse et d’intelligence. Cette composition est une des meilleures de Decamps. On peut reprocher au burnous du premier cavalier un ton trop sombre et trop uniforme; mais les personnages, les animaux, les eaux, le ciel, sont traités de main de maître, et l’impression définitive est poétique et excellente.

Dans la Patrouille à Smyrne, un pacha placide et obèse, vêtu de rose et monté sur un maigre cheval, galope dans une rue de Smyrne, suivi de piétons armés qui ressemblent autant à des brigands qu’à des soldats. Il y a dans cette course haletante, effrénée, dans le cliquetis des armes qui étincellent, dans les gestes expressifs et violents de ces drôles, dans le bruit de leurs pieds nus sur les dalles, dans leurs cris, une ardeur, une furia qui font perdre la tête. Quelques femmes, attirées par le tumulte, se penchent aux étroites fenêtres, et donnent à la scène un dernier trait de vérité. Ce tableau, qui a été fait avec beaucoup de soin, n’est cependant pas d’un aspect agréable. Il y a trop de détails, la couleur est heurtée, les figures se détachent trop durement sur les fonds clairs, et je ne sais pourquoi le mouvement, qui va jusqu’à la frénésie, tout en frappant avec force, ne fait pas une impression franche ni complète. C’est à la fois violent et fatigué. Titien, qui n’était pas, quoi qu’on en pense, un peintre spontané, qui reprenait à plusieurs fois, et à de longs intervalles, ses tableaux, en arrêtait dès

G E SCAEADE.

une lithographie originale de Ilecamps, publiée par Gihaut frères, en tSeg.

l’origine la composition et l’action. Mais il savait ne pas étouffer sous le travail la fraîcheur de sa première pensée, de telle sorte que ses ouvrages les plus achevés ont quelque chose de viril, d’arrêté, de complet qu’ils doivent à sa science, et ils gardent néanmoins le charme, la fraîcheur et la vivacité de la première impression.

Decamps n’est pas seulement un peintre de genre; il est aussi paysagiste, et même peintre de style. Ce sont ces derniers aspects de son talent qui nous permettront de préciser ses plus hautes qualités et son influence sur un grand nombre d’artistes contemporains.

CROQUIS

D'après une lithographie originale de Decamps.

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