COUPS DE GARDE TURC
IVaprcs une eau-forte Je François Flamcng.
sauce présente, il songe à sa vigueur passée, qu'il ne retrouvera qu’un instant, par un effort suprême, pour la vengeance et pour la destruction.
Le Josue arrêtant le soleil et le Christ au prétoire montrent avec plus d’éclat encore peut-être les aptitudes de Decamps pour la peinture de style. Le Josue est une très vaste composition, malheureusement inachevée. Ou en possède cependant un grand carton qui la complété et
LES ARTISTES CELEBRES
permet de la juger. La nuit qui tombe a suspendu la bataille et arreté pour un moment le carnage. La mêlée a été terrible; l’armée des sept rois amorrhéens est battue, mais elle n’est pas détruite. Josué, les mains étendues, se tourne vers le soleil, qui descend derrière les murs de Gabaon. Toute la scène est éclairée d’une lumière effrayante, sinistre, dans laquelle se meuvent en tous sens des groupes de combattants. Les trompettes qui se trouvent en arrière de Josué, et qui rallient les soldats pour un dernier effort, sont du plus grand style. A gauche, sur le devant, un jeune homme qui lève les bras vers le soleil est admirable de' mouvement et de tournure. Cette lutte a quelque chose de gigantesque, d’acharné, qui ne rappelle pas les batailles bien ordonnées de Vernet. Il faut y chercher ce que Decamps a voulu y mettre, — le mouvement, l’énergie, la couleur, la vie en un mot.
Le Christ au prétoire est, je crois, le plus complet des grands ouvrages de Decamps. Il a voulu aborder une fois cette figure presque impossible du Christ, et il a choisi avec discernement la scène qui permettait le mieux le développement de ses qualités énergiques. Ce n’est pas le Christ miséricordieux qui relève Madeleine, ni le Christ accablé et succombant de la montagne des Oliviers, ni le Christ mystique de la Cène : c’est le juste insulté, raillé, maltraité par les pharisiens et par les soldats. Decamps appartient à cette famille de peintres dont Rembrandt est le chef, qui cherchent moins la pureté des lignes, la beauté des formes, l’expression des traits, que la vérité, la force de la pantomime et du geste, et qui trouvent dans le maniement habile du clair-obscur des effets pathétiques qui parlent puissamment à l’imagination. C’est à ce point de vue que le Christ au prétoire est une œuvre excellente, qui restera comme une des meilleures de notre temps.
Les compositions nombreuses et de toute sorte qui ont rempli la plus grande partie de la vie de Decamps ne déparent pas son œuvre, mais ces dernières le couronnent : elles y mettent un sceau de grandeur et lui donnent une importance qui lui manquerait, si elles n’existaient pas. Rien ne vaut que par la pensée. Ici la tonne ne sert plus qu’à la montrer. De maîtresse qu’elle était, elle est devenue servante. C’est son lot; il faut le lui laisser. Je comparerais volontiers celles des compositions de Decamps où le métier domine à ces merveilleuses et fantastiques ébauches de la création primitive, où la matière est presque tout et qu’une vie obscure anime à peine : plus elles sont près de la nature