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CHAPITRE II

Influence de l’ôrient sur le talent de Decamps. — Son sentiment de la couleur, de la lumière, du clair-obscur. — Ses architectures, ses terrains, ses ciels. — Tableaux de genre divers : le Bûcheron, le Chercheur de truffes, les Matelots espagnols jouant aux cartes, les Joueurs de boule, le Jeu du tonneau, Y Irrogne et sa femme , Don Quichotte, le Marche de Marseille, le Ba^ar turc, l'Enfant jouant avec une tortue, la Sortie de l’école, le Passage du gué, la Patrouille à Smyrne.

En arrivant à la partie la plus importante de l’œuvre de Decamps, il convient d’aller au-devant d’une objection que pourrait soulever la classification adoptée dans cette étude. Cette classification est loin d’être d’une exactitude rigoureuse, mais elle est pourtant naturelle, et, en n’y regardant pas de trop près, elle suit même assez bien l’ordre îles temps. Je sais que Decamps a fait dès sa jeunesse de bons tableaux, que d’une autre part il n’a abandonné ni le fusain, ni le pastel, et qu’il a peint des singes jusqu’à la fin de sa vie. Il est certain pourtant que son talent s’est élargi et élevé avec l’àge et les études, et que si, après avoir marqué la place et la valeur relative de scs dessins, de ses lithographies, de ses caricatures, de ses travestissements, on s’occupe d’abord de ses tableaux où l’architecture domine, puis de scs ouvrages de genre proprement dit, pour passer au paysage, qui révèle tout son talent, enfin à ses tableaux île caractère et de style, on ne manquera ni à la logique ni à la vérité.

Les nombreux ouvrages de Decamps où l'architecture tient une place

LES ARTISTES CÉLÈBRES

importante paraissent être avant tout d’ingénieux prétextes pour montrer les ressources d’une palette magique, qui parvient à saisir, à fixer, par des prodiges d’habileté, les modifications les plus délicates de la lumière. Ce mot d’architecture ne doit d’ailleurs pas être pris dans son sens ordinaire. L’architecture n’est pas là pour sa beauté, comme dans les vues de Canaletto, ou dans les paysages de Claude Lorrain; elle n’y est pas non plus pour servir de théâtre à l’action, comme c’est le cas dans les peintures décoratives de l’école vénitienne, et en particulier dans celles de Paul Véronèse. C’est la muraille, grande, nue, muette, projetant son ombre mystérieuse sur les portions du tableau vivement et franchement éclairées. L’ombre portée, héritage des peintres espagnols, pierre angulaire de la doctrine de Decamps, joue là tout son rôle. L’harmonie n’est pas détruite parles contrastes les plus violents; l’œil passe presque sans transition, et sans être blessé, de la lumière la plus ardente, la plus éclatante, à des ombres intenses, transparentes et profondes. Les figures se détachent dans les demi-teintes par des tours de force de science et d’adresse. Ici le sujet importe peu à Decamps : une rue de village en Italie, une cour de ferme en France, un porche d’église avec une mendiante, quelques animaux sur un fumier, un intérieur de boutique à Smyrne ou à Beyrouth, tout lui sert à poursuivre cette lumière, ce protée, dans ses infinies modifications.

Mais c’est bien l’Orient qui a été l’une des sources les plus fécondes de l’inspiration de Decamps. C’est dans les pays où régnent la lumière et les grandes ombres qu’il faut aller pour trouver ces pittoresques murailles dont il a ti ré un si admirable parti, ces belles surfaces discrètes à peine percées de quelques ouvertures rongées, égratignées, rapiécées de partout, marbrées de plâtres blancs et de briques rouges, dorées et mordorées comme les arbres sous le soleil des longs étés, qui font penser ÿ ce que dit Jean-Paul du cœur des jeunes filles : « Le cœur des jeunes filles ressemble à ces maisons espagnoles qui ont beaucoup de portes et peu de fenêtres ; il est plus facile d’y entrer que de regarder dedans. » Les maisons de l’Orient sont taciturnes et impénétrables comme le peuple qui les habite; rien ne transperce au dehors, rien n’apparaît des mystères du dedans. Chacun des petits trous noirs dont nous aurions fait des fenêtres ressemble à des yeux d’espions qui nous surveillent. C’est par l’architecture et par ce qui s’en rapproche le plus, par les terrains, que Decamps est paysagiste. Dans cet

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