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Que diraient ces mêmes propagandistes, aujourd’hui que la science a élargi notre horizon en l’assombrissant par surcroit et y a indiqué comme autant d’écueils les formes ignorées de la syphilis, la gonococcie et ses invraisemblables séquelles, les tuberculoses méconnues, les diathèses transmissibles comme le diabète, les affections mal déterminées comme le cancer, les intoxications héréditaires comme l’alcoolisme, les tares nerveuses, les psychoses, les vésanies innombrables et également héréditaires le plus souvent, comme l’épilepsie, la chorée, l'hystérie, l’aliénation mentale. J’en passe et des meilleures.
La clinique nous donne à entendre que rien n’est aisé comme de tomber de Charybde en Scylla, mais elle ne nous donne aucun moyen d'éviter les deux.
Si, il y a quelque vingt ans, il était déjà, pour un homme ou une femme avertis, prudent de se renseigner sur son ou sa future, ses antécédents personnels, héréditaires et collatéraux, que dire aujourd’hui que la débauche, le stupre, la prostitution, l'alcoolisme, l’inversion sexuelle, sont devenus d’un usage si courant qu’on se demande si ce n’est pas là vraiment le droit chemin et que les plus honnêtes familles hésitent à crier trop fort au scandale, dans la crainte d’y voir un jour leur nom traîné par un de leurs membres.
Les risques augmentent chaque jour de part et d’autre ; les garanties pour être efficaces, doivent donc éten. | dre leur cercle d'action proportionnellement.
Aujourd’hui nous COnnaïssOns, non pas hélas à fond,
mais du moins,un peu moins mal qu'autrefois, les tris-
tes héritages, les atavismes abominables, les tares latenses mais sûres qui nous sont dévolus de par la faute ou le malheur de nos ancêtres. Quelques-unes de ces tares même, nous avons appris à les dépister chez un individu d'apparence normale en observant ses collatéraux.
Nous reconnaissons l'exactitude de cette formule de LEGRAIN : père buveur, fils convulsivant, et nous savons comme sa portée peut être étendue en pathologie. Certains détails, des banalités cliniques sur lesquelles le profane passe aisément, tumeurs adénoïdes, blépharites et amygdalites à répétition, impétigo, etc., etc., nous apparaissent comme de lumineuses traductions de l’état de santé des ascendants : la tuberculose doit giter par là, sous l’un de ses innombrables et coutumiers dégui- sements.
Évidemment, pour qui est prévenu, quelques visites dans la famille, l’observation discrète mais attentive de certains faits et attitudes, de quelques mots malheureux qui échappent toujours au moment où on ne les attend pas, voilà pour l’observateur ou l’observatrice de notre art, d'instruction professionnelle solide, plus d'éléments qu’il n’en faut pour se faire une opinion et effectuer, soit pour son propre compte soit pour celui de son enfant, une retraite prudente et bien menée.
Mais les autres, ceux qui ne savent pas ! Tout le monde n’est pas médecin ! Quel élément de renseignement pour eux qui ont aussi, vous me l’accorderez, le droit à la vie et à la santé ? Je n’en vois qu'un, c’est ce
fameux bulletin de santé qui, en premier lieu et avant
LR
toute chose, constitue un viol éhonté du secret professionnel.
Ah ! nous y voilà donc!
Le secret professionnel est la pierre d’achoppement du certificat de santé, comme il est la pierre de touche de la valeur morale du médecin. Que de luttes, que de discussions sur ce sujet ? Quel chaos doit secouer la conscience du praticien pris dans ce dilemne : trahir le secret, le dépôt sacré d’un malade qui vous a confessé ses erreurs, ses tares, son désespoir et, hélas, parfois ses projets, ou bien rester muet et laisser commettre un véritable attentat à la vie, à l’avenir d’un autre ètre qui, lui, ne sait rien, va inconscient au-devant du danger, et y périt alors qu'un mot de vous pourrait le sauver | |
Ainsi qu’il arrive pour toutes les questions vitales, celle-ci a été résolue dans deux sens opposés.
Des juristes, des médecins, une loi encore en vigueur vous ordonnent de vous taire: « Vous devez, dit BrouAR- DEL,le secret médical absolu à tous Les malades que vous soignez (1). » ;
- Ainsi donc, dans le cas de syphilis qui nous occupe particulièrement, on examine avec soin la nourrice qui doit allaiter un enfant. Est-elle suspecte, vous interdisez formellement son emploi. Si même vous n'avez rien vu d’anormal et que le nourrisson contracte l’affection, vous pouvez être accusé d’impéritie et rendu juridiquement responsable, au grand dam de votre réputation.