‹ Déchéance Sociale et ÉducationChapitre 16 sur 28 · Decuamere. Diclionnaire · texte numérisé non relu

Decuamere. Diclionnaire

sais

l'intérêt général. Lorsque les intérêts particuliers seront en conflit, il sera toujours temps d’avoir recours à la loi pour les départager. DECHAMBRE émet en outre celte hypothèse que la libre disposition des secrets d'ordre médical pourrait être une arme redoutable entre les mains d’un médicastre perfide. Quelque large que soit l’accueil fait à toutes les nations par nos facultés, quelque facilité qu’ait tout venant de s'y installer sans contrôle je pense que rares sont les médecins recélant en leur cœur de tels sentiments ; du reste, si nous suivons l’auteur dans la voie des hypothèses malveillantes,quelle riche moisson ne sommes-nous point appelés à y faire avec un bien minime effort.

Qui nous empêche de croire que le législateur en forçant le médecin à se taire, n’ait pas voulu simplement, loin de songer au bien public, s'assurer par menace d'un silence à la faveur duquel il pourrait lui-même commettre en toute sécurité, sous la protection deslois, des actes délictueux ou pis encore. :

BROUARDEL dit avoir réussi un jour à faire rompre un mariage déjà conclu en éveillant des préoccupations d’ordre financier dans l'esprit du père de la jeune fille. Je ne suis pas seul, j'imagine, à croire ce moyen bien précaire aujourd’hui. Sans le repousser, j’y vois plutôt une sorte d’ultime concession à n'employer qu'en dernier lieu,un pis aller retardant de quelques instants l'entrée en scène des moyens d'action décisifs ; les fiancés modernes ayant pour la plupart plus d’une corde à leur arc, sauraient bien à n’en pas douter, en jouer assez habilement pour anéantir les craintes d’un beau-

ŒUST =

père qui n'aurait pas d'autre grief à leur exposer, et la jeune filleelle-mème, la plus directement intéressée dans l'affaire, plaiderait elle-mêmeune cause dont elle ne verrait que les beaux côtés, les autres lui étant soigneusement cachés.

On peut donc estimer, d’accord avec nombre de médecins qui ont légué à la postérité une renommée pure et durable, que les objections faites au bulletin de santé sont plus théoriques que pratiques et qu’en tous les cas il ne peut léser que les intérêts de qui veut tromper, c’est-à-dire d’un malhonnèête homme.

Que ceux qui ne pourront le produire s’accouplent entre eux, à cela nul inconvénient ; les autres de leur côté, ceux que l’ont peut considérer comme intacts en tireront l'avantage immense de ne pas perdre dans une union malheureuse ce trésor si recherché, si mal gardé, la santé.

Cette théorie qui met hors la loi des gens coupables seulement d’être malades paraîtra sans doute excessive. Elle se verra certainement adresser les mêmes reproches qu’on adressa déjà à l’un des plusillustres philosophes des temps modernes, H. SPencer lorsqu'il déclarait voir dans la charité etla piété non des vertus, mais une faiblesse ne servant qu'à perpétuer la race de ceux qui en profitent.

Barbare doctrine, dira-t-on ; pourquoi ne pas tuer les infirmes pendant que vous y êtes ?

A cela, l'expérience de tous les jours pourrait répondre que ce serait rendre le plus signalé des services à

ces pauvres diables réduits pour toujours à une vie la-

Page 1