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mentable. De ceux qui furent en pleine activité, victimes d’une de ces catastrophes industrielles, beaucoup n'osent envisager sans terreur les jours qui leur restent à couler et ils abrègent d'eux-mêmes le calvaire que leur réservaient ces pseudo-guérisons, miracles de la thérapeutique moderne.
Quant aux autres, les monstres congénitaux, ces amputés, ces culs-de-jatte, ces malformés qui exhibent à tous nos carrefours leurs plaies, leurs balafres, leurs ulcères, leurs moignons plus ou moins coniques, leur anatomie tératologique, ils constituent une sorte de cour des miracles vivant sans fatigue de l’apitoiement des âmes charitables, et je me demande qui donc, en dehors des anatomo-pathologistes dont ils montent les collections, pourrait regretter leur disparition.
Ce rétablissement de la sélection naturelle dans l’espèce humaine par l'élimination impitoyable des nonvaleurs et des individus dangereux, a soulevé déjà à plusieurs reprises de vives protestations.
Pour ce qui touche à la syphilis le professeur BrovwaRr- DEL disait déjà, il y a bien longtemps : « Vous sommes loin de l’époque à laquelle le syphilitique était considéré comme un pestiféré auquel tout le monde Jaisait mauvais visage, et auquel le mariage était interdit.
Vous savez tous, combien est considérable le nombre des individus atteints de syphilis, et Je pense que ce serait une grande calamité si le mariage devait leur être formellement interdit. Nous nous dépeuplons, les statis-
tiques le montrent; que serait-ce si toute une catégorie
aussi nombreuse d'individus était vouée à jamais au célibat (1)! »
Ces quelques lignes ne sont point l’œuvre d’un homme, elles ne traduisent pas une opinion personnelle, elles reflètent l’état d'esprit de toute une société qui vit dans le chimérique effroi d’une disparition prochaine et s’évertue à reculer cet événement fâcheux par les mesures les plus abracadabrantes.
Dans son livre du mariage, Brouardel dit encore, parlant de l’épilepsie cette fois : « Souvenez-vous... de la triste existence du ménage dans lequel l'un des conjoints est épileptique, et dites-vous bien qu'il ne faut pas, comme médecin et comme homme, que vous concouriez en quoi que ce soit à la fondation d’une famille dont la destinée ultérieure sera aussi pénible. »
Je ne vois pas bien à quelle occasion l’épileptique homme ou femme, serait en but à une mesure d’exception, d'autant que de l’avis même de nombreux auteurs, l'épilepsie outre qu'elle n'a absolument rien de contagieux, n’est pas fatalement transmise en sa forme absolue aux descendants. Certains n’ont-iis pas été jusqu’à en faire une vulgaire infection en aucune façon transmissible par hérédité.
Or, peut-on en dire autant des affections vénériennes? Est-il rien dans la pathologie, qui malgré tous les traitements préventifs ou curatifs ordinaires ou d’exception, même les plus nouveaux et les moins contrôlés, ait une plus certaine influence sur la descendance des
malades ?