Carrière. Mygiène et Morale, Nîmes
sorte de croque-mitaine perspicace qui a deviné ses aspirations, le surveille, partant, qu’il est de bonne guerre de tromper.
Et la dissimulation commence.
Au reste, quel peut être le poids normal des excitations à la vertu présentées par un père qui souvent ne prend nul souci de cacher même dans sa famille les gaillardes occupations qui emplissent ses loisirs ?
Non, là n'est pas la voie! Bien au contraire, il faut rendre ce désagréable enseignenent attachant. Chaque famille devrait posséder (je ne parle évidemment ici que d’une certaine société, le reste s’éduquant surtout par contact, par imitation), chaque famille, dis-je, devrait posséder son livre élémentaire d'anatomie, de physiologie humaines, œuvre de texte et de gravures simples frappant aisément l'esprit des humbles, de l'enfant.
Qu'on n’aille point surtout, sur ces quelques mots, croire que je suis chaud partisan de ces vagues compendia de. médecine plus ou moins végétale et domestique, où l’anatomie et ses lois sont condensées en schémas incompréhensibles, véritables caricatures de la nature. Loin de là ! j'estime au contraire que rien n’est plus dangereux, plus pernicieux que cette littérature pseudo-scientifique qui induit en erreur le profane qui s’en délecte et laisse croire à l’ignorant qu'il peut se passer de tout conseil et en sait autant,sinon davantage, que le médecin.
Ce livre simple et sensé, de plan homogène, décrivant sans interpréter, ce livre qui doit offrir ce caractère
presque paradoxal de n'être ni bourré de termes techni-
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ques pour demeurer compréhensible, ni criblé de locutions vulgaires ou triviales afin de rester une œuvre vraiment scientifique et non un vade-mecum de rebouteux, ce livre est encore à faire.
Celui qui entreprendra et mènera à bien un tel ouvrage, pourra certes se targuer d’avoir fait plus pour l'humanité que les auteurs réunis de transcendantes et monumentales élucubrations réduites aujourd’hui à garnir des rayons poussièreux où elles ne gardent droit de domicile qu'autant que leur reliure reste présentable.
À ce livre, la place en vue de la bibliothèque familiale sera tout indiquée. Pas de portes verrouillées, il faut que la mère et l'enfant puissent lire, que dès son plus jeune âge celui-ci voie de ses yeux de petit animal vivace et curieux ces organes dont son corps, cette admirable République, :est constitué.
Pas de sotte dissimulation, pas de pudeurs ineptes : la vue de la nature et de ce qu’elle produit n’a jamais détourné du droit chemin un être normal.
CLÉANTHE, stoïcien, disait que /a vertu consiste à suivre la nature ; parole admirable que bien peu d’hommes jusqu'ici ont suivie, suivent ou suivront. La perfectibilité même de l'être humain n’a-t-elle pas pour élément essentiel son intense curiosité, ce sentiment qui le pousse à chercher pour savoir, et d’où toute sa fortune est sortie.
Dès lors, pourquoi s’effaroucher des questions de l’enfant ? Elles sont parfois, on ne peut le contester, assez embarrassantes ; notre devoir sera alors non pas de
mentir, ce dont cel homme en puissance s'apercevra un
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jour à notre confusion ; moins encore devrons-nous nous fâcher, fulminer contre ce petit drôle, ce morveux, qu’on privera de dessert en punition de son insolence !
Balivernes d’un autre âge, que tout cela ! Non, répondons franchement, simplement ; appelons à notre aide. le savoir et donnons à cet entendement embryonnaire des explications qui soient à sa portée et qui, bien comprises, seront pour l’avenir un petit dépôt scientifique facile à accroître sans grand effort.
J'ajouterai que je ne répudierai point pour cela l’enseignement du lycée, mais je lui conserverai surtout un rôle négatif, en ce sens que : après avoir montré le péril, il devra montrer que le remède n’est le plus souvent qu’un palliatif et que dans nombre de cas, l’existencé de l’individu atteint reste éternellement menacée de complications contre lesquelles la science ne peut rien encore, Ou à peu près.
Il faut que l’on avertisse le june homme des multiples dangers qui le guettent ; il faut qu’il sache, dès qu'il est d’âge à pouvoir craindre ses attaques, que Je gonocoque plus encore peut-être que le tréponème, une fois entré dans la place en reste maître et que, selon le mot du Professeur FORGUE, « .… qui a eu naguère maille à partir avec lui, reste suspect ». ;
Il faut que l'on s’attache à extirper de l'esprit cette obstinée croyance aux procédés mystérieux qui allèchent par la voie de la publicité la plus éhontée, la plus contraire au bon renom de noire corporation, tant de pauvres hères auxquels on présente des applications épi-
ques ou saugrenues de l’antisepsie et de l'électricité,
np comme une électrocution radicale du germe pathogène. On observera sans doute que trop de franchise, trop de vérité brutale pousseraient nombre de malades au désespoir. Or, tout l’art du médecin n'est-il pas souvent de mentir, de promettre contre toute espérance la guérison ? Pour ma part, je pense que l’espoir est si fortement ancré au cœur de l’homme, que ce déni de santé possible laissera sceptique le malade tout en donnant à réfléchir à celui qui ne l’est pas encore ; l’un n’y perdra rien, l’autre, en revanche, y gagnera. Si, comme le veut la Sagesse des Nations, la crainte du gendarme est le commencement de la sagesse, peutêtre aura-t-on quelque chance de voir devenir plus circonspects une foule de gens qui n’ont jusqu'ici risqué allègrement la contagion sous toutes ses formes que parce qu’on la leur a toujours représentée comme aisément guérissable. | Ceux-là ne devront la conservation de la santé qu’à la terreur de la maladie tout comme d’autres la devront au simple respect de soi-même et d'autrui : pour être moins noble en son principe, le résultat n’en sera pas
moins acquis.
Ingrata misero vita ducenda est, in hoc Novis ul usque suppetlas dolorihus.
Horace. Canidiæ responsio.
Dans ce programme d’éducation, quelle place a-t-on faite à la jeune tille ? Quel chemin avons-nous fait, ou plutôt laissé parcourir à la femme depuis le jour où l’auteur de l’Espril des Lois écrivait : « Les filles, que l’on ne conduit que par le mariage aux plaisirs et à la liberté, qui ont un esprit qui n'ose penser, un cœur.qui n'ose sentir, des Jeax qui n'osent voir, des oreilles qui n'osent entendre, qui ne se présentent que pour se MOntrer stupides, condamnées sans relâche à des bagatel- Les et à des préceptes, sont assez portées au martage»(l).
En essayant de protéger l'adolescence, M. le Professeur Fournier s’est montré clinicien expérimenté et père avisé, mais père d’une lignée mâle seulement, car dans son remarquable article sur ce sujet, il n’accorde pas un mot, il ne tourne pas un regard vers la jeune fille qui sera la femme de demain et qui, elle aussi, est pourtant bien un être intéressant, ne fût-ce que par son charme physique, et en dehors de toute vertu morale.