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Tout au plus le distingué syphiligraphe accorde-t-it, dans une autre partie de son œuvre, qu'il serait nécessaire d’instruire un peu la jeune fiancée la veille du mariâge ; c'est vraiment un peu tard !
Montrer à nos fils quel danger peut résulter du commerce des prostituées, quels que soient leur tarif et leur rang social, fort bien : personne n'ira prétendre que ce soit les dégoûter de la femme à jamais.
Mais les fils de nos voisins seront nos gendres, peutètre, et alors pourquoi ne pas montrer à nos filles le péril qui peut naître d’une union légale ou libre, avec un homme taré dans son physique ou son moral.
Je ne crois pas qu’on puisse davantage accuser cette idée de pousser les jeunes vierges au célibat à vie. Mariez-vous, mesdemoiselles, mais ne vous mariez qu'après avoir fait votre choix parmi vos soupirants. Or, choisir n’est pas si aisé que vous le pensez en général, savoir Choisir est un art et une science tout ensemble, et l’apprentissage en est long.
Contrairement à quelques possédés qui se démènent et veulent à toute force voir la nation française se livrer à une homérique fécondation, quels qu’en dussent être les résultats, j’admets volontiers qu'une éducation de la femme similaire à celle du jeune homme, s'impose.
Avant tout, qu’il me soit permis de relater une bien triste histoire que j’emprunte à l’œuvre du regretté Professeur BROUARDEL et qui, pour une bonne part, m’a déterminé à fixer mon sujet de thèse.
Si la médecine légale comporte parfois, surtout dans
la partie qui touche à la vie conjugale, des scènes vau-
devillesques capables de dérider l’austère Thémis elle. même, On y trouve par ailleurs des épisodes navrants. Jugez-en plutôt ; je cite textuellement.
« Une jeune fille, nièce d’un pharmacien, fut mariée à un hobereau de province, homme de belles manières mais de mœurs déplorables. Ce triste personnage donna à sa femme, dès la première nuit des noces, la syphilis, la blennorragie et des pedieuli pubis. Cette femme devint enceinte ; grâce aux soins continuels dont elle était entourée elle mena sa grossesse à terme, mais donna naissance à un pauvre être syphilitique héréditaire, débile, difficile à élever qui, vers l’âge de quatre ou cinq ans, fut atteint d’un mal de Pott sous-cervical. Quelques années plus tard, le mari frappé d’hémiplégie syphilitique, devint impotent, gâteux. Enfin, la pauvre femme, victime bien innocente de tant de malheurs, mourut d’accidents hépatiques dus, bien probablement, à l’in- fection qu'elle avait subie (1). »
La loi, la bienveillante loi, qualifie cette conduite du mari : injure grave.
En vérité, siles étymologies grecques ontconservé quel que valeur, c’est là un euphémisme dans toute la force du terme. L’assassinat de cette pauvre créature, la vie de misère qui lui fut imposée durant plusieurs années, la mise au monde prévue d’un malheureux enfant voué en cas de survie aux horreurs éternelles du sanatorium et de l’appareil plâtré, trois crimes : injure grave !
On n’est pas plus aimable
1, Brouarbe. Le Mariage.
Voilà donc, Ô jeunes filles, l’appui que vous pouvez attendre de la loi, de la loi que rédige l’homme, qui s’en est adjugé le monopole, vous réservant celui de « payer les pois cassés ».
Dans une pareille détresse, n’y eût-il qu’un coupable, le mari ? Ou bien la longue lignée des ascendants de la jeune femme ne peuvent-ils être considérés comme des acteurs plus ou moins éloignés qui auraient préparé ce drame où l’ignominie et la mort se touchent de si près.
C’est ici le moment dé reprendre notre examen : la jeune fille est-elle armée actuellement dans la lutte pour la vie, d’une façon qui corresponde aux exigences modernes ? L’insiruit-on, ne serait-ce qu'à mots couverts, des embûches où elle périra corps et âme à la première faute, j’entends la première étourderie qui lui fera accepter un mari et perdre du même coup, le même jour, sous l’égide du mariage et sous l’œil charmé de tous ceux qui lui portaient intérêt, avec ses chères illusions, tout espoir de santé et de bonheur à jamais.
Les nombreux ouvrages de psycho-sociologie où l’on envisage le rôle et la situation de la femme dans la. Société, se chargent de nous renseigner à cet égard.
L’instruction complète, sans lacunes, est en général admise pour la jeune fille, sur tous les objets qui de- | vraient entre tous ne la point tenter ; on ne conteste pas ses aspirations, on ne nie pas ses infortunes, quelques-uns même vont jusqu’à admettre sa quasi égalité intellectuelle à l’homme ; mais pour ce qui est de son
rôle futur véritable, rôle de femme et d’épouse qui
SE nécessite tant d’intelligente abnégation, tant d'initiative réfléchie, le mutisme le plus rigoureux est la consigne.
On veut qu’elle aille dans la vie selon le progrès, on sourit avec condescendance à des écarts d'imagination qui la font se dresser en rivale de l’homme, sinon en ennemie véritable ; on ne fait nul cas de cette si profonde réflexion d’une des femmes les plus remarquables du siècle dernier, M" pe SrTAEL, qui écrit dans son livre sur l'Allemagne : « On a raison d’exclure les femmes des affaires politiques et civiles ; rien n'est plus opposé à leur vocation naturelle que tout ce qui leur donnerail des rapports de rivalité avec les hommes, et la gloire elle-même ne saurait être pour une femme qu’un deuil éclatant du bonheur (1). »
On l’abandonne à la garde de son intuition, de sa seule pudeur, on se fie entièrement à cette loi qu'exprimait MONTESQUIEU, à savoir que « {a nature ayant mis des deux côtés des désirs, elle a placé dans l’un la témérité et dans l’autre la honte ».
La jeune fille que l’on tient toujours pour un enfant, doit savoir se garder toute seule. On laisse passer entre ses mains (et cela, dans les milieux les plus instruits), le roman banal au thème éternel et vulgaire et, après avoir laissé s’éveiller son instinctive curiosité au mot d'amour cent fois ressassé hors de propos, on lui dissimule le mécanisme réel de ce sentiment, de cette fonction physiologique plutôt. |
Dans ce roman, l’héroïne se donne ; dans la réalité